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Il decennio orribile delle Due Sicilie (1850-1860)

Una serie di cinque testi, di cui tre antiborbbonici, che ben rappresentano come il Regno delle Due Sicilie nel decennio 1850-1860 fosse sotto attacco da parte di Inglesi e Francesi. Pressioni di ogni genere, a partire dal dossier fabbricato da Gladstone con l'aiuto di Giacomo Filippo Lacaita da Manduria (lo stesso Lacaita che avrebbe poi fatto da segretario al Gladstone nell'affare delle Isole Ionie nel 1858 e nel 1860 avrebbe impedito che un accordo anglo-francese impedisse il passaggio di Garibaldi in Calabria) si susseguono fino  a culminare nella organizzazzione della spedizione garibaldina.

Un testo che descrive la Napoli italiana.

Zenone di Elea – Marzo 2014

LE ROI DE NAPLES

ET L'IND�PENDANCE ITALIENNE

PARIS

E. DENTU, LIBRAIRE-EDITEUR

GALERIE D’ORL�ANS, 13, PALAIS-ROYAL

1859

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La paix est faite. Et une paix tout � fait inattendue: car, la veille de sa signature, 10 juillet, l’empereur Napol�on, en annon�ant aux troupes son d�part pour Paris, disait: �D�s que l’heure du combat aura sonn�, vous me reverrez au milieu de vous pour partager vos dangers.�— Aujourd’hui, les bases du trait� de Villafranca sont connues. Une partie des esp�rances des Italiens est ajourn�e. C’est le moment de demander compte � chacun de leurs princes de ce qu’ils ont fait pour aidera la d�livrance de la patrie commune. Une grande responsabilit� p�se particuli�rement sur le roi de Naples, puisqu’il n’a rien fait pour la cause nationale. Sa tradition de famille permettait peu d'esp�rer qu’il se d�clar�t contre l’Autriche. Il n’en a pas m�me t�moign� le d�sir, et il a justement encouru le ressentiment de l’Italie en m�me temps que la m�contentement de la France, puisqu’on peut lui reprocher de n’avoir point jet� dans la balance ses cent vingt b�timents de guerre et son arm�e de cent mille hommes.

Si maintenant le jeune roi n’essaie pas au plus vite de racheter sa faute envers la patrie par un gouvernement vraiment lib�ral, il est �vident qu’il ne pourra r�gner.

Pour des motifs myst�rieux, la V�n�tie, malgr� l’admiration qu’a excit�e sa d�fense d� y a dix ans, malgr� les derni�res victoires des Franco-Sardes, est laiss�e � l’empereur d’Autriche, tout en devenant partie int�grante de la Conf�d�ration italienne. C’est une raison de plus pour les autres membres de cette Conf�d�ration de se montrer Italiens et lib�raux et de ne point se laisser dominer par l’influence autrichienne; sans quoi l’Autriche se trouverait plus forte apr�s ses d�faites qu’elle ne l’�tait avant la campagne. Si les anciens trait�s secrets de l’Autriche avec les princes italiens leur interdisait tout r�gime qui ne concord�t point avec celui qu’elle adoptait pour ses provinces italiennes, il faut maintenant que ce soit le contraire qui arrive. Et s’il y a des princes qui oublient ce devoir, c’est aux populations � le leur rappeler et � y tenir la main. Tous les �tats de la P�ninsule doivent tendre � des institutions nationales et constitutionnelles.

Il avait �t� beaucoup promis aux Italiens au nom de la  France.

L’histoire dira si les r�sultats sont en proportion des efforts et des sacrifices, et appr�ciera quelles raisons d’ordre sup�rieur. ont ‘pu arr�ter le vainqueur au milieu de son triomphe. — Quoi qu’il en soit, les Italiens ne doivent rien n�gliger pour d�velopper le peu qu’ils viennent d’obtenir, pour h�ter par leur concorde leur compl�te d�livrance; et par l’uniformit� de leurs lois, pr�parer l’unit� de la patrie italienne.

L’Angleterre a fait beaucoup de mal � l’Italie par sa neutralit�! Mais si, fid�le � ses rancunes et �gar�e par ses peurs, elle a contrecarr� la politique de la France vis-�-vis de l’Autriche, rendu possible une coalition, et a �t� ainsi la cause premi�re de la paix qui nous est faite avec des r�sultats incomplets et des restrictions regrettables, il faut n�anmoins esp�rer que, dans les questions secondaires, l’Angleterre s’unira loyalement � la France pour que les Deux-Siciles, par exemple, soient dot�es d’un r�gime conforme � la civilisation moderne.

Les pages qui suivent ont �t� �crites et imprim�es au bruit du canon de Solferino, alors que l’ind�pendance de l’Italie enti�re ne faisait de doute pour personne, et que l’on s’indignait seulement que tout le sud de l’Italie rest�t spectateur inerte d’une telle lutte. Si certains passages sont devenus sans application actuelle, le plus grand nombre n’en renferment pas moins des v�rit�s pratiques et un enseignement d’une utilit� permanente.

Quand on n’a pas obtenu tout ce que l’on d�sirait, il ne faut pourtant jamais perdre espoir, mais redoubler d’efforts et de sacrifices. Les d�ceptions qui engendrent la d�sesp�rance sont mortelles pour les peuples comme pour les individus. Si la France n’a pas tenu tout ce qui avait �t� promis, il viendra un temps o� elle tiendra m�me ce qui n'a pas �t� promis.

12 juillet 1859

LE ROI DE NAPLES ET L'IND�PENDANCE ITALIENNE           64

http:www.eleaml.org – Dicembre 2013

LE ROI DE NAPLES

ET

L'IND�PENDANCE ITALIENNE

Au moment o� la France et le Pi�mont font tant d’efforts pour expulser d’Italie les Autrichiens, oh les duch�s se prononcent pour la cause nationale, et o� l’enthousiasme gagne de proche en proche les villes de l’Italie centrale, ou se pr�occupe de Naples, on se demande si cette importante partie de la P�ninsule ne prendra donc point part � la guerre de l’ind�pendance italienne.

Il �tait impossible de rien esp�rer tant que vivait S. M. le roi Ferdinand II de Bourbon; car il approuvait la domination de l’Autriche et sa politique. Son regne fut une, v�ritable calamit� pour l’Italie: il a donn�, de nos jours, l’image d’un tyran de l’antiquit�; bien des faits de sa vie n’ont d’analogues que dans celle de Denys de Syracuse. Aussi souleva-t-il contre lui la conscience publique. L’opinion europ�enne le d�non�a; un membre du Parlement britannique l’accusa; le Congr�s de Paris le fl�trit. Rebelle aux avertissements de la France et de l’Angleterre, il obligea ces deux gouvernements � rompre toutes relations diplomatiques avec lui; de sorte que, depuis plus de deux ans, il vivait sons le coup d’une esp�ce d’excommunication politique.

Et voil� pourquoi la mort du roi Ferdinand II a �t� accueillie comme un immense soulagement. Un journal semi-officiel, en l’annon�ant, ajoutait: �On ne peut nier que la mort de ce prince ne soit un grave �v�nement dans les circonstances actuelles, et de nature m�me � assurer la d�faite de l’influence autrichienne � Naples, au profit de l’ind�pendance italienne.� (Patrie, 24 mai 1859.)

A quelques jours de distance, l’Autriche a fait trois pertes qui sont pour elle trois mauvais pr�sages: la mort du roi Ferdinand venait d’�tre pr�c�d�e, le 20 mai, par celle du ban des Croates, Jellachich, qui avait d�fendu l’Autriche contre les Hongrois en 1848; elle fut suivie, le 11 juin, de celle du prince de Metternich, qui avait sauv� l’Autriche contre Napol�on.

Le roi de Naples a pu apprendre, dans sa longue agonie, que les petits souverains d’Italie �taient en fuite, que l’arm�e franco-italienne �tait entr�e en campagne contre l’Autriche, que tout Italien combattait ou br�lait de combattre pour l’ind�pendance nationale. Ferdinand Il est mort au bruit de la victoire de Montebello (arriv�e deux jours auparavant, 20 mai), et le joyeux canon de Magenta (11 juin) a salu� ses fun�railles. Tandis que le nouveau roi, Fran�ois Il, notifiait son av�nement au tr�ne, S. M. l’Empereur adressait de Milan son appel aux Italiens.

Proclamation de l’Empereur au peuple italien.

Italiens,

�La fortune de la guerre nous conduisant aujourd’hui dans la capitale de la Lombardie, je viens vous dire pourquoi j'y suis.

�Lorsque l‘Autriche attaqua injustement le Pi�mont, je r�solus de soutenir mon alli� le roi de Sardaigne: l’honneur et les int�r�ts de la France m'en faisaient un devoir.

�Vos ennemis, qui sont les miens, ont tent� de diminuer a sympathie universelle qu‘il y avait en Europe pour votre cause, en faisant croire que je ne faisais la guerre que par ambition personnelle ou pour agrandir le territoire de la France.

�S’il y a des hommes. qui ne comprennent pas leur �poque, je ne suis pas du nombre.

�Dans l’�tat �clair� de l’opinion publique, ou est plus grand aujourd’hui par l’influence morale qu’on exerce que par des conqu�tes st�rie; et cette influence morale, je la recherche avec orgueil en contribuant � rendre libre une des plus belles parties de l’Europe.

�Votre accueil m‘a d�j� prouv� que vous m'avez compris.

�Je ne viens pas ici avec un syst�me pr�con�u pour d�poss�der les souverains ni pour vous imposer ma volont�; mon arm�e ne s'occupera que de deux choses: combattre vos ennemis et maintenir l’ordre int�rieur; elle ne mettra aucun obstacle � la libre manifestation de vos vœux l�gitimes.

�La Providence favorise quelquefois les peuples, comme les individus, en leur donnant l’occasion de grandir tout � coup; mais c’est � la condition qu'ils sachent en profiter. Profitez donc de la fortune qui s’offre � vous! �Votre d�sir d'ind�pendance si longtemps exprim�, si souvent d��u, se r�alisera si vous vous en montrez dignes. Unissez-vous donc dans un seul but, l’affranchissement de votre pays.

�Organisez-vous militairement. Volez sons les drapeaux du roi Victor-Emmanuel. qui vous a d�j� si noblement montr� la voie de l’honneur.

�Souvenez-vous que, sans discipline, il n‘y a pas d’arm�e; et, anim�s du feu sacr� de la patrie, ne soyez aujourd’hui que soldats; demain, vous serez citoyens libres d’un grand pays.

�Fait au quartier imp�rial de Milan, 8 juin.

�NAPOL�ON�

L'Empereur s'adresse a tous les Italiens. Il ne veut point leur imposer sa volont�, mais il ne souffrira pas que leur volont� nationale soit �touff�e. Il ne vient point renverser les tr�nes, mais il ne se charge pas de restaurer ceux qui s’�croulent sous le poids de l’indignation g�n�rale. L’heure d�cisive de l’ind�pendance italienne est arriv�e. Quand les Fran�ais sont g�n�reusement accourus verser leur sang pour cette grande cause, nul Italien ne peut y faire d�faut sans forfaire � l’honneur, nul prince italien ne peut s’abstenir sans renier tout patriotisme, sans se, d�noncer comme ennemi de la patrie italienne, sans se condamner soi-m�me et se suicider. -— C’est pourquoi tous les yeux se tournent vers le sud de la P�ninsule.

Le royaume des Deux-Siciles est le plus consid�rable de l’Italie; il aune population de 8,600,000 �mes. Il renferme la plus grande ville de l’Italie, Naples, qui a 416,000 habitants. Sa fronti�re est form�e pour les 11/12es de c�tes; par cons�quent, il est, de tous les �tats de la P�ninsule, le plus � l’abri d’une invasion autrichienne.

D’apr�s la statistique officielle, le chiffre de l’arm�e des Deux-Siciles est de 94,505 hommes (c’est-�-dire 74,457 d’infanterie, 7,805 d’artillerie, 3,700 de gendarmerie et 8,543 de cavalerie); et la marine comprend 122 b�timents de guerre (c’est-�-dire 15 navires � voiles, qui sont: 2 vaisseaux, 2 fr�gates de 60 canons, 3 fr�gates de 40 canons, 1 corvette, 5 bricks, 1 cutter, 1 bombarde, — et 107 navires � vapeur, qui sont: 12 fr�gates, 4 corvettes, 4 bricks, 4 go�lettes, 69 bombardes, 14 bateaux de port); et, en outre, la marine marchande compte 8,874 b�timents de toute grandeur. A voir une telle flotte et une telle ann�e, on ne saurait comprendre qu’elles restassent inactives. Pourquoi donc auraient-elles �t� cr��es? Et si elles ne servent point � l’affranchissement de la patrie, � quoi serviront-elles? Est-ce que les Napolitains et les Siciliens ne sont pas Italiens? Est-ce que l’Autriche n’est pas l’ennemie de l’Italie. Et si on ne l’�crase pas maintenant, quand l’�crasera-t-on? O� et quand esp�rer une meilleure occasion‘? Les Franco-Sardes battent ses arm�es. Mais est-il donc � craindre qu’il y ait trop de monde pour la frapper, ou qu’on la frappe trop fort? Quiconque n’est pas contre l’Autriche est pour elle. Le gouvernement des Deux-Siciles pourrait beaucoup pour l’ind�pendance nationale. Il est tenu � d’autant plus de sacrifices qu’il a plus de torts � r�parer envers la patrie italienne. Mais que fera-t-il? Le prince h�r�ditaire, Fran�ois-Marie-L�opold, duc de Calabre, qui monte sur le tr�ne sous le nom de Fran�ois II, est un jeune homme de vingt-trois ans, n� le 16 janvier 1836, de la reine Christine, premi�re femme du feu roi Ferdinand II et fille de feu Victor-Emmanuel 1er, roi de Sardaigne.

Il perdit sa m�re quinze jours apr�s sa naissance. L’ann�e suivante, son p�re �pousa une archiduchesse d’Autriche qui lui donna cinq fr�res et trois sœurs. �lev� sous le brutal despotisme de son p�re et l’autorit�. haineuse de sa belle-m�re qui r�vait la couronne pour son premier-n�, le comte de Trani (de deux ann�es seulement plus jeune que le prince royal), il a grandi dans la d�fiance et le silence. On ne sait ce qu’il pense. On disait qu’ayant souffert de l’Autriche il serait dispos� � agir contre elle et � se montrer lib�ral.

Son p�re lui-m�me, le roi Ferdinand Il, avait commenc� son r�gne en se montrant lib�ral et ami-Autrichien. Il n’avait alors que vingt ans. Il fut salu� par d’unanimes applaudissements des deux c�t�s du phare de Messine. Le jour de son av�nement au tr�ne, 8 novembre 1830, il avait d�clar� dans sa proclamation: �Qu’il ferait tous ses efforts pour cicatriser les plaies qui, depuis quelques ann�es, affligeaient le royaume.� Les valets qui avaient trafiqu� des affaires publiques furent chass�s du palais, des ministres corrompus furent mis en accusation; un lieutenant-g�n�ral de la Sicile, Hugo delle Favare, m�lange sinistre de Verr�s et de Borgia, fut enlev� par des gendarmes; un proc�s politique qui mena�ait la vie de quelques personnes en Sicile fut d�chir� par ses ordres; une diminution de peine fut accord�e aux condamn�s politiques; ou retrancha en grande partie le faste et les d�penses de la cour. Le roi s’occupait beaucoup de l’arm�e. On disait qu’il se pr�parait � venger les m�saventures militaires de l’arm�e napolitaine en 1821, � lui faire prendre sa revanche contre les Autrichiens; d’autant plus qu’il avait rappel� au service quelques officiers napolitains de l’arm�e de Murat, et qu’il �tait plein de pr�venance pour le ministre de Sardaigne.

Mais on ne tarda pas a voir que les soins donn�s l’arm�e n’�taient pas une pr�occupation de guerre nationale, mais un d�sir de se garder contre son peuple; que son �conomie n’�tait qu’avarice et peut-�tre m�me une pr�caution pour les mauvais jours.

Sa cl�mence dura juste au— tant que sa peur de la R�volution de juillet 1830. On disait d’abord: Attendons; le roi a de bonnes intentions et le progr�s viendra. Plus tard, on dit que les �v�nements ne permettaient aucun changement. La v�rit� est que les promesses du roi n’�taient qu’un calcul pour tromper l’impatience de son peuple; d�s le premier jour, il avait eu une haine instinctive de la libert�, un attachement raisonn� pour l’Autriche. On en trouve la preuve dans la lettre confidentielle qu’il �crivait � Louis-Philippe, qui le f�licitait de son av�nement au tr�ne, et dont voici de curieux fragments: �Je voudrais bien m’approcher tout � fait de la France de Votre Majest�, qui ne peut �tre que mod�r�e et loyale; mais je suis li� par les trait�s et parles alliances pr�c�dentes, auxquelles il faut rester fid�le d’autant plus que, dans les jours malheureux de ma famille, ce sont elles qui nous sont venues en aide. Pour m’approcher de la France de Votre Majest�, si elle peut jamais �tre un principe, il faudrait renverser la loi fondamentale qui constitue la base de notre gouvernement, et m’engouffrer dans cette politique de jacobins pour laquelle mon peuple s’est montr� f�lon plus d’une fois � la maison de ses rois., La libert� est fatale � la famille des Bourbons; et 'moi, je suis d�cid� � �viter � tout prix le sort de Louis XVI et de Charles X. Mon peuple ob�it � la force et se courbe; mais malheur s’il se redresse sous les impulsions de ces r�ves qui sont si beaux dans les sermons des philosophes, mais impossibles en pratique... J’avouerai avec franchise � Votre Majest� qu’en tout ce qui con cerne la paix ou le maintien du syst�me politique en Italie, j’incline aux id�es qu’une vieille exp�rience a montr�es au prince de Metternich efficaces et salutaires. Mon peuple  n’a pas besoin de penser: je me charge du soin de son bien-�tre et de sa dignit�...

Nous ne sommes pas de ce si�cle. Les Bourbons sont vieux, et, s‘ils voulaient se calquer sur le patron des dynasties nouvelles, ils seraient ridicules. Nous ferons comme les Habsbourgs. Que la fortune nous trahisse, nous ne nous trahirons jamais. —— Malgr� cela, que Votre Majest� compte sur mes plus vives sympathies et sur les souhaits les plus sinc�res que je lui fais de r�ussir � ma�triser ce peuple ingouvernable qui fait de la France le fl�au de l’Europe...� Et Ferdinand Il a r�gn� conform�ment � ce programme. Mais qu’a-t-il recueilli d’une telle politique? D�s avant 1848, les Italiens l’appelaient le N�ron catholique. Le bombardement des villes de son double royaume lui a depuis m�rit� le surnom de Bombardatore: l’Europe a ratifi� le jugement de son peuple, et il est connu dans le monde sous le nom de il ne Bomba, c’est-�-dire le roi Bombe.

Souvent, on est port� � jeter un voile sur les mauvais actes de ceux pour qui la justice �ternelle a commenc�. C’est une grande erreur. D’abord, parce qu’on ne dotaux morts que la v�rit�, et ensuite parce que le premier devoir des vivants est d’�tudier les fautes des morts, pour les d�tester et les r�parer.

Le nouveau roi de Naples comprend-il le v�ritable �tat des choses? Sent-il ce qu’il doit � son peuple et � l’Italie? A-t-il r�fl�chi � quelles conditions il lui sera possible de r�gner? il est permis d’en douter, quand on lit, dans la proclamation qui fut affich�e � Naples, aussit�t apr�s la mort du roi Ferdinand II, le lundi matin 23 mai:

�Fran�ois II, etc.,

�Par le malheureux �v�nement de la mort de notre auguste et bien aim� p�re, Ferdinand II, Dieu nous appelle � occuper le tr�ne de nos augustes anc�tres; adorant profond�ment ses imp�n�trables jugements, nous nous confions avec fermet� et implorons sa mis�ricorde pour nous accorder aide sp�ciale, constante assistance pour accomplir les nouveaux devoirs qu’il nous impose, d’autant plus graves et difficiles que nous succ�dons � un grand et pieux monarque, dont les h�ro�ques vertus et les m�rites sublimes ne seront jamais assez c�l�br�s.

�Aid� de la protection du Tout Puissant, nous pourrons maintenir �nergiquement le respect d� � notre religion, l’observance des lois, l’administration droite et impartiale de la justice, la prosp�rit� de l’�tat parce qu’ainsi, selon les ordres de la Providence, le bien-�tre de nos heureux sujets reste assur�.

�Et voulant que l"exp�dition des affaires publiques ne soit pas retard�e: u Nous avons r�solu de d�cr�ter que toutes les autorit�s du royaume des Deux-Siciles restent dans leurs fonctions.

�Caserte, 22 mai 1859.

�FRAN�OIS.�

Cette proclamation a produit partout une p�nible impression. On s’�tonna de n’y trouver aucune promesse de r�forme, aucun mot sur la guerre de l’Ind�pendance. Quelques-uns essay�rent d’y voir un exc�s de diplomatie, le plus grand nombre y sentit l’absence d’un bon d�sir. Une certaine r�serve �tait assur�ment command�e au roi en parlant de son p�re. Mais quelle confiance veut-on qu’aient les peuples, quand ils voient le successeur vanter comme �grand et pieux monarque� celui dont ils ont tant souffert? Que veut-on que pensent la France et l’Angleterre, quand elles voient attribuer � �des m�rites sublimes,� les actes qui avaient si justement encouru leur r�probation? Comment n’�tre point frapp� de stupeur en entendant c�l�brer �les h�ro�ques vertus� d’un roi qui n’a jamais vers� que le sang de ses sujets! Si le nouveau roi admire le r�gne de Ferdinand Il, voudrait-il donc. marcher sur ses traces? Reste � savoir si ce serait possible, si on le tol�rerait. Il n’est pas probable que ceux qui arrachent la Haute-Italie au despotisme autrichien, soient dispos�s � laisser le sud de l’Italie a la merci des Suisses du roi de Naples.

Il ne sera pas inopportun d’examiner sommairement,  comment r�gna Ferdinand II, de rappeler quels furent ses instruments de r�gne.

En Sicile, comme � Naples, tous vœux l�gitimes de progr�s furent �touff�s dans le sang des populations. Il y eul, en 1837, les proscriptions de Catane et de Syracuse; en 1847, les fusillades de Reggio et de Messine; en 1848, la mitraillade et le pillage de Naples, le 15 mai, et en septembre le bombardement de Messine. Mais ces massacres agirent peu sur l’opinion des gouvernements qui n’y virent qu’une r�pression de mouvements r�volutionnaires.

Il parut � Londres, en 1851, un �crit intitul�: Deux lettres au comte d’Aberdeen sur les pers�cutions d’�tat du gouvernement napolitain, par le tr�s-honorable W. -E. Gladstone, membre du Parlement britannique. Cet �crit fit d’autant plus de bruit, que c’�tait un d�put� de l’Universit� d’Oxford � la Chambre des communes, un ancien coll�gue de lord Aberdeen dans le minist�re de sir Robert Peel, un des membres les plus influents et les plus consid�r�s du parti conservateur, qui, apr�s un s�jour de plusieurs mois � Naples, d�non�ait le gouvernement de Ferdinand II � l’indignation et au m�pris de l’Europe.

�Ce n’est pas une s�v�rit� accidentelle que je vais d�crire, dit-il, c’est la violation incessante, syst�matique, pr�m�dit�e des lois.... C’est la pers�cution en masse de tout ce qui, dans la nation, vit, se ment et forme le principal ressort du progr�s pratique et du perfectionnement. C’est l’audacieuse profanation de la religion qui, sous le double stimulant de la peur et de la vengeance, s’allie avec le pouvoir gouvernemental pour violer toute loi morale. C’est la prostitution compl�te de la magistrature, dont on a fait le r�cipient d�grad� des machinations les plus viles et les plus grossi�res, ourdies avec opini�tret� et pr�m�ditation par les conseillers imm�diats de la couronne.. C’est un sauvage et l�che syst�me de tortures morales et physiques; c’est, comme je l’ai entendu dire avec v�rit�, la n�gation de Dieu �rig�e en syst�me de gouvernement...

�Les proc�d�s actuels du gouvernement de Naples � l’�gard des coupables politiques r�els ou suppos�s, sont un outrage � la religion, � la civilisation, � l’humanit�, � la pudeur... L’opinion g�n�rale est que le nombre des prisonniers pour offenses politiques, dans le royaume des Deux-Siciles, est de quinze, vingt ou trente mille. Le gouvernement a �t� tout moyen de se procurer des informations exactes � ce sujet... Des hommes sont arr�t�s, non pas parce qu’ils ont commis ou qu’ils sont soup�onn�s d’avoir commis une offense, mais parce qu’on juge convenable de s’assurer ou de se d�barrasser d’eux, et il faudra, par cons�quent, trouver ou fabriquer une accusation contre eux... Dans les pays o� la justice est respect�e, on punit les actes, mais il est r�put� injuste de punir les pens�es; � Naples, les pens�es sont contourn�es pour les rendre 'punissables. Je parle ici de ce que je sais avoir eu lien; je n’ai rien invent� ni exag�r�...

�J 0 trial terai particuli�rement l’afl'aire de Charles Po�rio. Son p�re �tait un avocat distingu�; il �tait lui-m�me un gentilhomme honorable, accompli, un orateur �loquent, un homme d’un caract�re respectable et exempt de tout bl�me... Il �tait strictement constitutionnel... Je puis dire, apr�s avoir examin� presque compl�tement son affaire, que la condamnation d’un tel homme pour trahison est aussi juste et conforme aux lois de la v�rit�, de la justice, de la d�cence, de la franchise et du bon sens, que le serait dans notre pays une pareille condamnation contre aucun de nos hommes d’�tat les mieux connus, lord John Russel, lord Lansdowne, sir James Graham et vous-m�me... Comme homme public, il en est � peine de plus �lev�s que Po�rio, et parmi les noms que je viens de citer comme les plus chers � l’Angleterre, il en est � peine, il n’en est peut-�tre ‘pas qui soit aussi cher que l’est celui de Po�rio � ses com patriotes napolitains... Charles Po�rio �tait un des ministres de la couronne sous la Constitution, il avait aussi une des positions les plus pr��minentes dans le Parlement napolitain...

Po�rio paraissait avoir l’enti�re confiance du roi. Sa d�mission, quand il l’offrit, fut d’abord refus�e, et, apr�s son acceptation, on lui demandait encore son avis... Le juge Domenic-Antonio Navarro �tait le pr�sident de la cour... On m’a dit, et je le crois, qu’il ne fait pas myst�re de son opinion, qui est que toute personne accus�e par le gouvernement du roi doit �tre d�clar�e coupable... Po�rio fut condamn� � vingt-quatre ans de fers... En f�vrier dernier (1851), Po�rio �tait emprisonn� au bague de Nisida, pr�s du Lazaret... Les prisonniers �taient encha�n�s deux � deux... Ces cha�nes ne sont d�tach�es ni le jour ni la nuit pour aucun motif... Mon attention s’est particuli�rement port�e sur l’affaire de Po�rio, non parce que j’avais les meilleures raisons de croire qu’elle pr�sentait plus de cruaut�s et de sc�l�ratesses que les autres, mais parce que j’�tais en mesure de la suivre un peu mieux dans ses d�tails. Crimine ab uno disce omnes.

�Il me semble qu’on en a assez dit pour d�montrer qu’il y a les plus fortes raisons de croire que, sous le voile du myst�re dont se couvrent les actions du gouvernement napolitain, il y a de gigantesques horreurs, faisant d’un pouvoir plac� dans les soci�t�s humaines pour maintenir l’ordre et la paix, pour d�fendre l’innocence et punir le crime, le grand infracteur de la loi, le malfaiteur du pays, le premier oppresseur, l’ennemi mortel de la libert� et de l’intelligence, l’actif fomentateur et instigateur de la plus vile corruption parmi le peuple.�

Le document dont quelques extraits pr�c�dent avait �t� remis � lord Aberdeen le 7 avril 1851; il ne fut publi� que le 11 juillet suivant. M. Gladstone a expliqu� lui-m�me que son travail �tait d’une nature confidentielle, dans le but qu’une haute influence amen�t quelque am�lioration dans l’�tat des malheureux Napolitains; et que ce n’est que  quand il eut perdu cet espoir qu’il le porta � la barre de l’opinion publique. Il produisit une grande sensation.

R�pondant � une interpellation qui lui fut adress�e � la s�ance de la Chambre des communes du 8 ao�t, par sir de Lacy Evans, � l’effet d’indiquer les d�marches que le secr�taire d’�tat des affaires �trang�res aurait cru devoir faire pour diminuer les rigueurs d�plorables exerc�es dans le royaume de Naples, lord Palmerston dit au milieu des applaudissements: �Pensant que l’opinion publique de l’Europe doit �tre le meilleur agent pour r�gulariser les choses, j’ai cru devoir envoyer des exemplaires de la brochure de M. Gladstone � nos ministres pr�s les diff�rentes cours du continent, afin de les mettre � m�me de savoir ce qui se passe � Naples, et dans l’espoir que cette lecture sera le moyen le plus efficace de d�terminer la puissante influence de l’opinion publique � s’employer pour assurer l’objet que nous avons tous en vue.� L’obstacle vint surtout de l’Autriche, ‘non qu’elle p�ch�t par ignorance, mais parce qu’un tel r�gime avait son approbation. A Vienne, le prince de Sehwarzenberg r�pondit au repr�sentant de l’Angleterre �qu’il savait parfaitement ce qui se passait � Naples, et qu’il n’avait rien � apprendre � ce sujet de lord Palmerston.� Les ge�liers du Spielberg n’avaient, en effet, rien � apprendre sur les horreurs du maschio d’Ischia.

Le prince de Castelcicala, ambassadeur du roi de Naples � Londres, ayant envoy� � lord Palmerston quinze exemplaires du pamphlet de M. Macfarlane en r�ponse aux lettres de M. Gladstone, en re�ut le 18 ao�t, la note suivante: �J’ai eu l’honneur de recevoir votre lettre du 9 de ce mois. Elle �tait accompagn�e d’un pamphlet intitul�: Le gouvernement napolitain et M. Gladstone, dont vous me priez de faire remettre des copies aux ambassadeurs de Sa Majest� la reine aupr�s des diff�rentes cours de l’Europe. Je dois vous r�pondre que je me crois oblig� de refuser toute participation � faciliter la circulation d’un document  qui, d'apr�s moi, ne fait honneur, ni � son auteur, ni au gouvernement qu’il-s’applique � d�fendre, ni enfin au. parti politique dont il se fait le champion...

Je me vois forc� de d�clarer que les lettres de M. Gladstone � lord Aberdeen pr�sentent le triste tableau d‘un syst�me d’ill�galit�, d’injustice et de cruaut� tel, qu’on ne croirait pas qu’il p�t �tre exerc� de nos jours dans une contr�e europ�enne. Les renseignements que j’ai obtenus de diverses sources m’ont amen� � ‘cette conclusion, que le publiciste anglais n’a nullement exag�r� les maux qu’il d�peint... M. Gladstone parait avoir eu pour but d’appeler amicalement l’attention publique sur des abus qui, s’ils devaient durer plus longtemps, renverseraient n�cessairement le fondement du gouvernement napolitain et ouvriraient la voie � ces explosions violentes qui �clatent t�t ou ‘tard quand l’injustice se prolonge et s’aggrave. Le gouvernement napolitain se trompe, au reste, s’il pense qu’un tissu d’assertions sans fondement et de d�mentis hasard�s, m�l�s � de grossi�res attaques et � des lieux-communs sur les partis politiques, lui rendra un service. En terminant, je ferai remarquer que, dans les publications de M. Macfarlane, sont contenus des aveux directs et indirects qui, contre son intention, confirment‘ plut�t qu’ils ne d�truisent cette conviction.� Le gouvernement napolitain fit‘ r�pondre officiellement � M. Gladstone, par une brochure intitul�e: Rassegna degli errori e delle fallacie. publicate dal signor Gladstone, c’est-�-dire Revue des erreurs et des mensonges publi�s par M. Gladstone, qui fut de suite, � Paris, reproduite et comment�e par l’Univers (23 septembre 1851 et jours suivants). Parmi les singuliers reproches formul�s contre l’honorable d�put� d’Oxford, nous citerons celui-ci: �M. Gladstone, pendant son s�jour � Naples, a eu soin de ne voir aucun ministre, aucun homme consid�rable pas m�me t�moign�, comme le font d’ordinaire les �trangers de distinction, le d�sir de voir le roi; mais eu revanche, il a pass� tout son temps, � ce que dit lord Palmerston, parmi les d�tenus dans les prisons, parmi les gal�w riens dans les bagues...

Il a pris ses renseignements aupr�s des d�tenus et des condamn�s, au lieu de les demander aux personnes qui auraient pu lui donner des notions certaines sur les pays; par cons�quent, il n’a pu que reproduire les plaintes de ces mis�rables, rev�tues de toutes les formes de leur langage passionn�.� — Mais, parmi ces mis�rables, il y avait des grands seigneurs, d’anciens ministres, d’anciens d�put�s et d’anciens magistrats. �tait-ce, d’ailleurs, � la cour de Naples qu’il �tait possible d’apprendre ce qui se passait dans les prisons du roi? Pense-ton que ce soit dans des visites faites en compagnie de personnages officiels que l’on puisse s’enqu�rir de la v�rit�? Outre que la d�licatesse commande d’�viter; autant qu’on le peut, de voir les hommes publics de qui l’on pr�voit qu’on aura du mal � dire, l’apologiste maladroit de Sa Majest� sicilienne se plaignait que M. Gladstone n’e�t point cit� ses autorit�s. E�t-il voulu que de nouvelles victimes fussent d�sign�es aux vengeances royales?

Un Anglais, mort aujourd’hui, du nom d’Henry Lushington, ex-secr�taire du gouvernement de Malte, se donna la peine d’aller � Naples pour v�rifier les assertions de M. Gladstone et les d�n�gations de la Rassegna. Il publia, dans l’automne de 1851, une brochure intitul�e: Detailed. E�pasure of the Apology, etc.

De ce nouvel examen ressortait la pleine confirmation des reproches adress�s au gouvernement napolitain.

Si nous sommes revenu sur les lettres de M. Gladstone et sur les discours de lord Palmerston, c’est que leur r�cent retour aux affaires, l'un comme chancelier de l’�chiquier, l’autre comme premier ministre, donne une grande importance � leurs opinions dans la question napolitaine.

Il ne sera pas inutile non plus de rappeler certaines appr�ciations de la presse anglaise:

�Le Bourbon de Naples, disait le Times, en d�cembre 1853, se pla�t � insulter successivement les �tats-Unis, la France et la Grande-Bretagne. Une de ces puissances, avec deux vaisseaux de ligne, renverrait le roi de son tr�ne aussi facilement qu’un domestique enl�ve une toile d’araign�e avec son balai. Et cependant un mois ne s’�coule jamais sans que nous n’entendions parler de quelque insulte faite par ce mis�rable souverain � quelque sujet de la France, de l’Angleterre on de l’Am�rique.�

Au mois de juillet 1854, le Times disait encore, � propos de vexations inflig�es aux voyageurs anglais et fran�ais: �Il s’agit de savoir jusqu’� quel point on permettra qu’un des plus faibles monarques d’Europe, qui conserve son tr�ne par pure tol�rance, nargue ainsi les grandes puissances et l’opinion publique de l’Europe. Quand nous aurons r�gl� les affaires d’Orient, il serait bien temps que les flottes combin�es lissent une visite � Naples avant de rentrer chez elles.�

Pendant la guerre d’Orient, une circulaire de la police napolitaine ordonnait d’arr�ter toutes les personnes qui sympathisaient avec la France et l’Angleterre, et que, selon la police, on reconnaissait � leurs barbes et � leurs chapeaux � larges bords. Et la police ne s’en tint pas l�. Une autre circulaire, non moins burlesque mais plus odieuse, les soumettait � la peine de la bastonnade. �Dans plus d’une occasion, le gouvernement de Naples a montr� son hostilit� envers l’Angleterre et la France en interdisant l’exportation d’articles que sa neutralit� n’exigeait pas de prohiber,� a dit lord Palmerstou � la Chambre des communes, dans la s�ance du 7 ao�t 1855. En effet, le gouvernement napolitain avait d�fendu l’exportation des grains, malgr� l’abondance des derni�res r�coltes, retirant ainsi � la France et � l’Angleterre un moyen facile d‘approvisionnements pour leurs arm�es de Crim�e.

�Le 15 ao�t 1855, le b�timent de la marine imp�riale la Gorgone, en rel�che dans le port de Messine, y c�l�bra  la t�te  de l’Empereur. Le commandant militaire de la place, bien qu’averti par le vice-consul de France et par M. l’intendant civil de Messine, s’abstint de se conformer � l’usage suivi entre nations amies, et n’arbora pas le pavillon napolitain.� Le Moniteur, en faisant conna�tre cet incident, ajoutait que sur la plainte du gouvernement fran�ais, le gouvernement napolitain avait donn� l’assurance que de tels faits ne se renouvelleraient plus. A la m�me �poque, un des principaux attach�s de la l�gation anglaise � Naples, �tait publiquement insult� par le ministre de la police. C’est a cette occasion que le Times publia l’article suivant: �La France garde aujourd’hui l’Alg�rie en compensation de l’affront fait � un agent consulaire, et qui n’�tait pas plus sanglant que celui qu’a re�u l’autre jour, d’un vil agent de police, un employ� anglais. La France, n’a pas �t�, en maintes occasions, plus courtoisement trait�e que nous. N’y e�t-il pas encore d’autres motifs, il conviendrait assur�ment que les deux grandes nations du monde missent, par un simple effort de leur volont�, un terme � tant d’horribles maux dont ce monarque � demi insens� et sa police accablent tant de milliers, pour ne pas dire tant de millions de nos semblables. Quand les croiseurs fran�ais et anglais vont et viennent dans la M�diterran�e, y aurait-il grand mal � ce qu’ils entrassent dans la baie, y restassent quelques heures et missent un peu les choses en ‘bon ordre?... C’est une question que de savoir si la France et l’Angleterre ne trahissent pas leur haute mission, quand elles souffrent que la population sans d�fense des Deux-Siciles g�misse sous le poids de ces intol�rables barbaries. Que le roi de Naples garde ses �tats et les gouverne comme il l’entend; s’il peut le faire sans outrager constamment l’humanit�, nous n’avons nulle envie de nous m�ler des affaires d’Italie. Toutefois, l’indignation pourra un jour �tre plus forte que la politique. Si les sujets du roi Bomba sont jamais assez forts pour prendre en main l’affaire, il n’est personne dans l’Europe occidentale qui ne leur souhait�t un bon succ�s.�

Apr�s le Congr�s de Paris, le Times du 27 juin 1856 disait: �C’est un reproche � faire � la France et � l’Angleterre, que deux puissances pareilles ne puissent ou ne veuillent mettre un terme par la force � des abominations telles que celles qui d�shonorent chaque jour et � toute heure les magnifiques rivages de la haie de Naples. Tous les hommes qui n’ont pas appris � appr�cier les r�ticences de la diplomatie se demandent comment une demi-douzaine de b�timents de transport ramenant de Crim�e des troupes fran�aises et anglaises, avec le m�me nombre de vaisseaux de guerre, ne vont pas jeter l’ancre pour quelques heures en face du palais du roi et remettre dans le droit chemin ce qui en est compl�tement sorti.� Peu de temps auparavant, en r�ponse � des insultes faites � l’Angleterre, le Times s’�criait: �Nous esp�rons apprendre bient�t que la l�gation anglaise � Naples a fait conna�tre le v�ritable �tat des choses. Si nous n’avons pas eu une satisfaction r�elle, il nous la faut, d�t une conflagration g�n�rale des �tats napolitains en �tre la cons�quence.�

Or, une conflagration des �tats napolitains e�t forc�ment entra�n� une conflagration de toute l’Italie. On ne pouvait toucher � un lieutenant de l’Autriche sans que l’Autriche l’assist�t. La neutralit� actuelle de l’Angleterre et les paroles r�centes de lord Palmerston sur la n�cessit� qu’il y ait une Autriche forte (discours aux �lecteurs de Tiverton, avril 1859), font voir combien il �tait probable que l’Angleterre, apr�s avoir irr�vocablement brouill� la France avec l’Autriche en l’engageant dans le conflit napolitain, l’e�t promptement laiss�e seule. alors que la France ne se trouvait pas suffisamment pr�te pour une grande lutte. Ce n’est point sur la question napolitaine, mais sur la question italienne, que devait �clater la guerre, non pour des r�formes int�rieures, mais pour l’ind�pendance nationale. Mais la question de l’ind�pendance italienne ne pouvait �tre soulev�e avant que ne fut fini le premier acte de la question d’Orient.

Il avait �t� dit dans le Congr�s de Paris: �Qu’on devait, sans nul doute, reconna�tre en principe qu’aucun gouvernement n’a le droit d’intervenir dans les affaires int�rieures des autres �tats; mais qu’il �tait des cas o� l’exception � cette r�gle devenait �galement un droit et un devoir; que le gouvernement napolitain semblait avoir conf�r� ce droit et impos� ce devoir � l’Europe...� (Paroles du premier pl�nipotentiaire de la Chaude-Bretagne, lord Clarendon, � la s�ance du 8 avril 1856. ) Il fut arr�t� que des d�marches seraient faites pour obtenir du roi de Naples l’am�lioration de son syst�me de gouvernement. La d�cision du Congr�s fut aigrement critiqu�e par les d�fenseurs du r�gime napolitain. Ils disaient, par exemple, que traduire le roi de Naples � la barre de l’opinion europ�enne pour lui imposer des actes de cl�mence, c’est lui en enlever tout le m�rite s’il les accorde, et l�gitimer d’avance la s�dition s’il les refuse. Mais que faire avec des princes qui, si on leur adresse des repr�sentations, disent: Nous ne pouvons c�der � la violence morale; et qui, laiss�s � eux-m�mes, ne font rien. Une intervention diplomatique eut lieu � Naples de la part de la France et de l’Angleterre.

Le roi de Naples n’en continua pas moins son syst�me.

Il y eut toujours autant de prisonniers, autant de proscrits, autant de biens sous le s�questre, autant de jugements iniques, autant de traitements barbares inflig�s aux prisonniers politiques. Ainsi, par exemple, le capitaine Acuti, ancien commandant du bague de Procida, dans sa d�position devant la cour criminelle de Naples, avoua avoir fait administrer en un seul jour deux mille sept cents coups de b�ton � cinquante-quatre condamn�s, en vertu des ordres du g�n�ral Palumbo, inspecteur en chef des bagues du royaume.

A la Chambre des lords, dans la s�ance du 12 juillet 1856, lord Clarendon, ministre des affaires �trang�res du Royaume-Uni, pronon�ait ces paroles:

�Je souhaiterais pouvoir dire que le r�sultat de nos communications avec le roi de Naples a �t� satisfaisant. Je ne le puis, car il est impossible que deux gouvernements se trouvent plus en d�saccord que le gouvernement de Sa Majest� et le gouvernement du roi de Naples. Nous avons �tabli nos raisons de croire que l’�tat de choses existant � Naples �tait dangereux pour la stabilit� du tr�ne et aussi pour la tranquillit� de l’Europe. Nous avons particuli�rement insist� sur les dangers qui mena�aient le roi et sur la n�cessit� d’une meilleure administration de la justice. Nous avons accus� l’inconv�nient, pour ne pas dire le danger, d’une politique fond�e sur une injuste pers�cution, et par. dessus tout nous avons montr� combien il �tait essentiel que les sujets du roi trouvassent aupr�s du gouvernement des garanties de s�curit� pour leurs personnes et leurs propri�t�s. Je me bornerai � dire de la r�ponse du gouvernement napolitain, qu’il �tait impossible qu’elle f�t moins satisfaisante.�

Dans les premiers jours d’ao�t 1856, le charg� d’affaires anglais � Naples, M. Petre, �crivait � lord Clarendon que les proc�s politiques allaient reprendre leur cours. �Quel que soit le r�sultat de ces proc�s, disait-il, ils nous ont r�v�l� des sc�nes de subornation, de parjure, de cruaut� qui, je crois, n’ont point �t� surpass�es, m�me-dans les annales judiciaires de ce pays.� Et il ajoutait, le 5 septembre, �que le nom de la royaut� �tait souill� par le contact des d�tails les plus d�go�tants du ch�timent des condamn�s.� Le 6 octobre, M. Petre annon�a que le proc�s Mignona, commenc� le 3 septembre, �tait arriv� � sa fin le 2 octobre. La cour avait d�clar� qu’il n’y avait pas eu de conspiration mais seulement projet de conspiration. En cons�quence, trois accus�s furent condamn�s � douze  ann�es de' fer comme r�cidivistes; l’avocat Mignona � l’exil perp�tuel du royaume, et un pr�tre a deux ann�es de prison pour n’avoir pas r�v�l� le projet de conspiration dont il avait eu connaissance.

Le 10 octobre, lord Clarendon, par d�p�che � M. Petre, op�rait la rupture des relations diplomatiques avec Naples en ces termes: �Le gouvernement de Sa Majest�, d’accord avec le gouvernement de Sa Majest� l"Empereur des Fran�ais, a pens� que des relations diplomatiques ne pouvaient pas �tre maintenues plus longtemps avec un gouvernement qui repousse tous les avis amicaux et qui est d�termin� � pers�v�rer dans un syst�me condamn� par toutes les nations civilis�es. En cons�quence, � la r�ception de cette d�p�che, vous quitterez Naples avec les membres de la l�gation, laissant les archives � la garde du consul. de Sa Majest�. Des instructions semblables seront adress�es au ministre de France.� M. le baron Brenier fut, en effet, rappel� de Naples par d�p�che du comte Walewski, en date du 12 octobre.

Le 20 octobre 1856, le Moniteur publiait la note suivante:

�La paix conclue, la premi�re pr�occupation du Congr�s de Paris a �t� d’en assurer la dur�e. Dans ce but, les pl�nipotentiaires ont examin� les �l�ments de perturbation qui existaient encore en Europe... La cour de Naples seule a rejet� avec hauteur les conseils de la France et de l’Angleterre, quoique pr�sent�s sous la forme la plus amicale. Les mesures de rigueur et de compression �rig�es depuis longtemps en moyens d'administration par le gouvernement des Deux-Siciles, agitent l’Italie et compromettent l’ordre en Europe. convaincues des dangers d’une semblable situation, la France et l’Angleterre avaient esp�r� la conjurer par de sages avis donn�s en temps opportun; ces avis ont �t� m�connus. Le gouvernement des Deux-Siciles, fermant les yeux � l’�vidence, a voulu pers�v�rer dans une voie fatale. Le mauvais accueil fait a des observations l�gitimes, un doute injurieux jet� sur la puret� des intentions, un langage blessant oppos� � des conseils salutaires, et enfin des refus obstin�s, ne permettaient pas de maintenir plus longtemps les relations amicales. C�dant aux suggestions d‘une grande puissance, le cabinet de Naples a tent� d‘att�nuer l’effet produit par une premi�re r�ponse;

mais ce semblant de condescendance n’a �t� qu’une preuve de plus de sa r�solution de ne tenir aucun compte de la sollicitude de la France et de l’Angleterre pour les int�r�ts g�n�raux de l’Europe. L’h�sitation n’�tait plus permise: il a fallu rompre les relations diplomatiques avec une cour qui en avait elle-m�me si profond�ment alt�r� le caract�re...�

Lors de l’ouverture du Corps-L�gislatif, l’Empereur Napol�on III dit dans son discours du 16 f�vrier 1857: �Si un d�saccord regrettable s’est �lev� au sujet des affaires de Naples, il faut encore l’imputer � ce d�sir qui anime �galement le gouvernement de la reine Victoria et le mien en faveur de l’humanit� ‘et de la civilisation.� Le Morning-Post, organe de lord Palmerston, avait dit le 22 d�cembre pr�c�dent: �Le roi de Naples n’a fait qu’aller de mal en pis depuis son av�nement. La mesure de ses iniquit�s se remplit depuis un quart de si�cle; elle est pleine et m�me elle d�borde... Le roi croit pouvoir continuer � opprimer ses sujets et a d�fier le monde civilis�.� Et cela dura ainsi jusqu’� sa mort, 22 mai 1859.

A l’av�nemeut d’un nouveau roi, les relations diplomatiques devaient naturellement �tre reprises; et elles l’ont �t�. On ne pouvait, en effet, pr�juger les actes de Sa Majest� Fran�oisII, ni les condamner par avance. Mais elles ne peuvent subsister qu’� la condition que ces actes soient diff�rents de ceux de Ferdinand Il qui avaient motiv� la rupture.

En annon�ant la mort du roi de Naples, le Morning H�rald, organe du cabinet de lord Derby, disait le 24 mai: �Le successeur du roi de Naples a une bonne occasion d’accorder aux peuples des Deux Siciles ces privil�ges constitutionnels qu’on leur a si souvent promis... Qu’il place sa confiance en des hommes �prouv�s, et qu’il proclame la Constitution.�

Si les Tories eux-m�mes ont reconnu la n�cessit� d’une Constitution napolitaine, � plus forte raison doit-elle �tre r�clam�e par le nouveau cabinet qui vient d’�tre form� par lord Palmerston de Whigs et de lib�raux, et o� si�gent lord John Russell,

le constant promoteur de la r�forme parlementaire en Angleterre, ainsi que M. Gladstone qui a si fortement montr� combien l’absence de toute garantie constitutionnelle �tait pr�judiciable aux int�r�ts de l’Italie m�ridionale. On a beaucoup remarqu� l’entr�e de M. Gladstone au minist�re. Il avait vot� pour le cabinet Derby, la nuit m�me de sa chute (10 juin). Et pourtant il fut appel� � faire partie du cabinet qui l’a remplac�. La notori�t� qu’il s’est acquise dans les affaires de Naples n’a pas �t� �trang�re � ce choix, au moment o� l’Angleterre allait avoir � s’occuper de cette question. Cela fait naturellement penser que le cabinet de lord Palmerston essaiera de la r�soudre dans le sens des id�es que M. Gladstone a vulgaris�es.

Voici ce que M. Gladstone a �crit de la Constitution napolitaine: �La Constitution donn�e spontan�ment en janvier 1848, jur�e comme irr�vocable avec toutes les circonstances d’une solennit�, n’a �t� jusqu’� ce jour r�voqu�e ni l�galement ni m�me ostensiblement, quoique viol�e par le gouvernement dans presque tous ses actes... Entre autres dispositions, nous citerons les articles suivants: Art. 1Er . Le royaume des Deux-Siciles sera � l’avenir soumis � une monarchie limit�e, h�r�ditaire et constitutionnelle sous la forme repr�sentative. Art. 4. Le pouvoir l�gislatif r�side en la personne du roi et d’un Parlement national, compos� (le deux Chambres, 'l’une des pairs et l’autre des d�put�s. Art. 14. Les imp�ts d’aucune nature ne peuvent �tre d�cr�t�s, si ce n’est en vertu de la loi, ceux communaux compris. Art. 24. La libert� personnelle est garantie. Nul ne peut �tre arr�t�, si ce n’est en vertu d’un acte conforme � la loi, �man� d’une autorit� comp�tente. Dans le cas (l’arrestation pr�ventive, l’accus� doit �tre conduit devant l’autorit� comp�tente, au plus tard dans les vingt-quatre heures, et on doit lui faire conna�tre dans le m�me d�lai les causes de son arrestation.

— A l’�gard de l’article 1er, il n’existe ni Chambre des pairs ni Chambre des d�put�s. De l’article 1, toutes les taxes sont impos�es et per�ues par l’autorit� royale seule. De l’article 21:, les personnes �taient arr�t�es par centaines, quand j’�tais � Naples, un peu avant No�l, sans aucun mandat l�gal, sans le plus l�ger pr�texte de d�lits ou de quasid�lits; on ne les conduisait pas devant l’autorit� comp�tente dans les vingt-quatre heures, et m�me pas du tout; elles �taient s�questr�es de la mani�re la plus rigoureuse, sans en r�f�rer � aucune ‘cour et sans leur donner connaissance des motifs de leur arrestation. Tel est 'l’�tat des choses... La conduite actuelle du gouvernement se trouve en contradiction sur tous les points avec la loi fondamentale incontestable, � laquelle il porte constamment d�fi.�

Il en est r�sult� un arbitraire effr�n�. Les‘ finances �tant sans contr�le sont livr�es aux exactions, aux concussions et au gaspillage. Les charges en p�sent plus lourdement sur le peuple, et les travaux publics sont nuls. La justice est cens�e rendue conform�ment au Code Napol�on, import� � Naples par Murat et conserv� par la Restauration. Mais il est d�natur� par une s�rie de rescrits et de d�crets d’un esprit tout oppos�. Puis, outre les tribunaux sp�ciaux pour causes politiques, il y a des juridictions exceptionnelles distinctes pour les questions financi�res, administratives et eccl�siastiques. La bastonnade a �t� substitu�e pour certains d�lits aux peines prononc�es par le Code Napol�on; la torture, bien que non r�tablie par d�cret, est pratiqu�e par la gendarmerie et la police. La police compte de quatre-vingt—dix � cent mille agents dans un royaume de huit � neuf millions. Elle se recrute parmi les criminels, et elle se trouve investie d’un pouvoir presque sans bornes sur la personne et les biens de chacun. L’instruction publique est abandonn�e aux j�suites, auxiliaires complaisants de la police.

La censure de toute publication qui s’imprime dans le royaume ou vient de l’�tranger est exerc�e simultan�ment par la police et par les pr�tres; et, en g�n�ral, ils trouvent plus simple de supprimer les �crits que de les examiner. L’arm�e, r�gie par l’espionnage et par la terreur, renferme dans son sein, connue une esp�ce de citadelle, un corps de vingt mille Suisses. Les Suisses tiennent en respect l’arm�e; celle-ci, les classes instruites et la partie m�contente de la pl�be. Pour l’autre partie, les lazzaroni de Naples et les paysans des provinces continentales, il y a d’autres moyens de gouvernement: des r�compenses et des flatteries royales aux moines populaires, des superstitions grossi�res soigneusement entretenues, et au besoin la permission du pillage.

Le roi Ferdinand II a laiss� les Deux-Siciles dans une triste situation. Le mal y vient surtout de l’arbitraire. Comment un roi absolu y pourrait-il donc rem�dier? Il y faut le concours de la nation.

En Italie, chaque fois que l’�tablissement- d’institutions constitutionnelles est n�cessit� par la force des choses, on met en avant un projet de Consulte. Le prince d�clare alors vouloir s’entourer des lumi�res des hommes les plus consid�rables par leur talent et leur position, et sans l’avis desquels il ne donnera sa sanction � aucune lui. C’est ce que Ferdinand 1er fit en 1821. Formule qui signifie: Parons— nous contre l’orage. Plus tard, l’avis de la consulte devient simplement facultatif; c’est ce que Ferdinand 1er fit en 1824 Formule qui signifie: Le bon temps est revenu. La consulte est une sorte de conseil d’�tat qui est cens� donner son avis sur toutes les grandes questions, mais qu’on ne consulte pas m�me pour les petites. Les consultes sont donn�es pour pr�venir une victoire du peuple ou pour lui masquer sa d�faite. C’est une invention austro-papale qui a d�j� figur�, et on sait avec quel honneur, � Milan et � Rome. Il y a une consulte � Naples depuis dix ans. Mais qui en sait l’existence?

Elle offre, il est vrai, d’assez belles sin�cures � d’anciens serviteurs de la cour ou � des nobles sans consid�ration et sans fortune. En changera-ton les membres? Qu’esp�rer jamais de la r�union d’une vingtaine de courtisans choisis par le roi, amovibles et grassement pay�s?

D’o� la n�cessit� d’un Parlement national. Mais il faudrait de s�rieuses garanties.

Il est difficile que les Napolitains et les Siciliens fassent quelque fonds sur les promesses et les concessions constitutionnelles que leur accorderait un Bourbon de Naples.

�Le cœur est navr� de douleur, �crivait, il y a d�j� de longues ann�es, un proscrit italien, quand on songe combien peu nous a profit� l’exp�rience de nos p�res, � nous qui, en 1820, avons �t� assez oublieux du pass�, assez aveugles pour croire encore aux serments de ces m�mes Bourbons qui s’�taient d�j� parjur�s en 1799, parjur�s en 1812 et en 1815, parjur�s en Sicile comme � Naples, avant comme apr�s leur restauration sur le tr�ne.� Ferdinand 1er a �t� quatre fois parjure envers son peuple; son fils Fran�ois Ier l’a surpass� en fausset� et en trahison; son petit-fils Ferdinand Il. n’a pas �t� moins perfide.

Si Ferdinand II, apr�s dix-sept ans d’un r�gne absolu, octroya une constitution, c’est qu’une insurrection formidable avait �clat� en Sicile, que l’�motion populaire avait gagn� la province de Salerne, puis Naples. Le 29 janvier 1848, ou bombardait Messine par ordre du roi; le m�me jour, sur le refus du commandant du fort Saint-Elme, g�n�ral Roberti, de tirer � boulets rouges sur Naples, S. M. Ferdinand fit cette proclamation: �Ayant entendu le vœu g�n�ral de nos bien-aim�s sujets pour avoir des garanties et des institutions conformes � la civilisation moderne, nous  d�clarons que notre volont� est de condescendre aux d�sirs qui nous ont �t� manifest�s, en donnant une Constitution.�

Le 10 f�vrier il publia et jura la Constitution au milieu de l’all�gresse universelle. Apr�s la R�volution de Paris du 24 f�vrier, g�n�ralis�e en mars dans presque toute l’Europe, les insuffisances de la Constitution furent plus vivement senties. Le roi, par l’organe d’un nouveau minist�re, �tendit, le 5 avril, la loi �lectorale en r�servant � la repr�sentation nationale le d�veloppement de la Constitution.

Les �lections eurent lieu le 18 avril. Le 15, Liberatore, un des j�suites de Naples, avait dit dans un sermon: �Le souverain n’a montr� ni t�nacit� opini�tre, ni faiblesse pr�cipit�e, il a diff�r�, m�me r�sist� jusqu’� ce qu’il lui ait �t� d�montr� que le vœu �manait du d�sir universel du peuple et non de l’initiative isol�e d’un parti; il a daign� accorder avec joie lorsqu’il avait encore le pouvoir de r�sister. Aussi, il est �vident que sa d�termination n’est pas le r�sultat de la violence ni de la crainte, mais de sa volont� libre et pr�voyante.� L’�lection donna la majorit� aux lib�raux. Le roi en fut irrit�. ll ajourna la convocation du' Parlement du 1er au 15 mai. La veille de l’ouverture, il imagina d’imposer aux d�put�s cette bizarre formule de serment: �Je jure de professer et de faire professer la religion catholique, apostolique et romaine. Je jure fid�lit� au roi du royaume des Deux-Siciles. Je jure d’observer la Constitution octroy�e par le roi, le 10 f�vrier. �Le premier article n’�tait pas moins attentatoire au bon sens qu’� la libert� de conscience. Le second article impliquait une guerre fratricide avec la Sicile qui venait de secouer, le 13 avril, le joug bourbonien. Par le troisi�me, ou se f�t interdit de ‘modifier la Constitution. Il s’ensuivit une d�fiance, une irritation croissantes entre les d�put�s, les ministres, le roi, la garde nationale et le peuple: d’o� les barricades et les massacres du 15 mai. Le roi avait saisi avec empressement l’occasion de d�truire dans son germe la libert� napolitaine. Toutefois, il croyait encore la dissimulation n�cessaire. M�me apr�s les abominables exc�s de sa soldatesque et la violation de toutes les lois par lui-m�me, il disait dans sa proclamation du 24 mai:

�Ma volont� fixe et irr�vocable est de maintenir la Constitution du 10 f�vrier pure de la souillure de tous exc�s. Comme elle est seule compatible avec les besoins r�els et imm�diats de cette partie de l’Italie, elle sera l’arche sainte sur laquelle reposeront les destin�es de notre bien-aim� peuple et de notre couronne... Confiez-vous de toute l’abondance de vos cœurs � notre bonne-foi, � nos sentiments religieux et � notre serment sacr� et spontan�.� La Chambre des d�put�s fut cass�e avant m�me d’avoir si�g�, la garde nationale dissoute, la ville d�sarm�e. Les franchises �lectorales du 5 avril furent d�clar�es subver— sives et anarchiques. Un suffrage restreint fut d�cr�t�. Les coll�ges �lectoraux furent convoqu�s pour le 13 juin, au moment m�me o� commen�aient les emprisonnements et les proc�s. Le roi, en s’adressant � un corps �lectoral privil�gi�, pensait trouver une majorit� docile. Il e�t voulu tuer le constitutionnalisme par le jeu m�me des institutions constitutionnelles. Mais, � l’honneur des Napolitains, il ne put r�ussir dans ce projet pervers. Cette fois encore, l’�lection donna une majorit� lib�rale: �Il para�t, a dit l'honorable M. Gladstone, que le nombre des membres de la Chambre des d�put�s �tait au grand complet de 162, ils avaient �t� �lus par un scrutin qui avait donn� 117,000 votants. Le plus grand nombre de ces d�put�s qui se rendirent � Naples pour remplir leur mandat, fut de 140. Une majorit� absolue d’entre eux, ou 76, furent ou arr�t�s, ou exil�s, outre ceux qui furent priv�s des charges dont ils �taient pourvus. Ainsi, apr�s la formation r�guli�re de la Chambre repr�sentative populaire et sa suppression � la barbe de la Constitution, le gouvernement napolitain a mis le comble � son audace en jetant en prison ou en poussant dans l’exil, par le d�sir d’�chapper � la captivit�, la majorit� effective des repr�sentants du peuple.�

Cela parut pourtant naturel aux avocats du roi de Naples; on ' lisait, en effet, dans I’Univers du 5 septembre 1851: �Le produit des secondes �lections ne valait pas mieux que le premier, les d�put�s �lus ne repr�sentaient, en r�alit�, que le parti r�volutionnaire... Une dissolution devint encore n�cessaire.� La Constitution est rest�e ind�finiment suspendue. Le roi Ferdinand Il a confirm� ainsi cette parole qu’il avait dite au d�but de son r�gne, en parlant d’un monarque constitutionnel: �Les Bourbons de Naples ne sont pas du bois dont on fait des toupies.�

Le, petit cat�chisme, publi� � Naples en 1849, contenait ces phrases: �Demande: Si la monarchie absolue est l’œuvre de Dieu, qui donc a �tabli la Constitution? —— R�ponse: La Constitution, v�ritable r�bellion, ainsi que l’�v�nement l’a toujours d�montr�, ne saurait �tre, qu’une �manation de l’enfer, puisque la premi�re r�bellion fut conseill�e par le d�mon � nos premiers parents, en leur persuadant fausse ment qu’ils pouvaient �tre les �gaux de Dieu.�

On put appliquer � S. M. Ferdinand II avec v�rit�, ces paroles de Machiavel: �Jamais il ne songea � autre chose qu’� tromper ses peuples, et jamais l’occasion ne lui fit d�faut. Jamais homme n’eut plus d’effronterie, n’ai firma avec de plus grands serments et ne tint moins ce qu’il avait promis.� Il a voulu tromper, m�me apr�s sa mort, par l’organe de son fils � qui il conseilla de ruser avec les �v�nements, lui transmettant la tradition et le secret de la famille, qui a toujours consist� � r�sister, longtemps, a savoir c�der, � endormir les lib�raux par de belles‘ paroles, sauf � les �craser en temps opportun. Ainsi, le mardi 12 avril, lorsque le roi Ferdinand II ont re�u les derniers sacrements et qu’il pr�senta son fils ain� aux assistants, en leur disant:

�Voici votre roi,� il dit encore: �Mon fils, je te conseille de ne pas gouverner avec trop de rigueur, parce que les temps ne le permettent pas.�

Il ajouta pourtant: �Comme homme politique, je n’ai rien � me reprocher.� De telle sorte qu’il est mort dans l’imp�nitence finale.

Toutefois, il semble qu’il ait d�sesp�r� de l’avenir; car, quelques jours auparavant, une nuit qu’il �tait plus mal, voyant entrer les m�decins � minuit, il s’�mut violemment et dit: �Je suis donc fini!� Et il ajouta enlevant un bras: �Hanno vinto la causa! Ils ont gagn� leur cause.� L’Empereur Julien mourant, lui aussi, s’�tait �cri�: Tu vicisti Galilaee.

La cause de la libert� triomphe aujourd’hui dans la haute Italie. Elle doit triompher aussi � Naples et en Sicile. La libert� viendra-t-elle dans le sud de l’Italie par le nouveau roi de Naples, comme dans le nord de l’Italie par le roi de Pi�mont? Voil� la question. S. M. Fran�ois II rencontrera bien des obstacles dans les traditions de sa maison. Son p�re Ferdinand II, son grand-p�re Fran�ois 1er, son arri�re grand-p�re Ferdinand 1er, ont � eux trois r�gn� pr�s de quatre-vingt-dix ans. Et ce furent quatre-vingt-dix ann�es d’un despotisme continu. Le jeune roi aura-t-il l’�me assez �lev�e et la main assez ferme pour d�truire ce que ses p�res ont fait et inaugurer de lui-m�me dans les Deux-Siciles des jours nouveaux? Un mauvais g�nie n’a cess� de planer sur cette dynastie, celui de la reine Marie-Caroline d’Autriche qui, en �pousant Ferdinand I�’, rompit l’alliance de Naples avec la France et inocula � la monarchie napolitaine le virus autrichien. C’est de cette reine que l’Empereur Napol�on �crivait au roi Joseph, le 31 mai 1807: �Cette femme est le crime personnifi�.� Un �minent historien fran�ais l’a caract�ris�e comme il suit: �La reine Caroline d’Autriche, sœur de Marie-Antoinette tout Anglaise, �tant gouvern�e absolument gant irlandais, son ministre Acton,  Galloise, Emma Hamilton, qu’elle aimait �perdument. Au mus�e du Palais-Royal, malheureusement d�truit (en 1848), tout le monde a pu voir, dans un tr�s-beau buste italien, l’image de cette Messaline de Naples.

Tout observateur, � la premi�re vue, �tait oblig� de se dire: C’est la figure m�me du vice. Sur cette t�te sensuelle et basse, bouille de passions furieuses et de luxure effr�n�e, on pouvait hardiment jurer que l’histoire n’a pas menti.� (MICIIELET).

Cette reine, qui fut l’opprobre et le malheur de son peuple et demeura l’ennemie implacable de la France, eut pour fille Marie-Am�lie qui, en 1809, se maria � Lonis-Philippe d’Orl�ans, et fut dix-huit ans reine des Fran�ais. Le roi Fran�ois 1er, fils de Marie-Caroline, lui donna deux petites filles, dont l’une, Caroline, devint en 1816 duchesse de Herry, et dont l’autre, Marie-Christine, �pousa eu. 1829 le roi d’Espagne Ferdinand VII.

Si l’on s’�tonne que la France soit rest�e si longtemps sans rien faire pour les Deux-Siciles, ces parent�s et ces alliances l’expliquent suffisamment. C’�taient sur les deux tr�nes, m�mes int�r�ts, m�me politique. Comment le roi qui restaurait en France les cours pr�v�tales, e�t-il pu s’indigner de savoir qu’elles fonctionnaient � Naples‘? Comment les ministres qui pr�paraient l’exp�dition d’Espagne pour y pr�ter main-forte au roicontre son peuple et y d�truire la Constitution, eussent-ils pu trouver mauvais que l’Autriche aid�t le roi de Naples � se d�barrasser de la sienne en 1821? Toutefois, le mal �tait si grand, que M. de Chateaubriand �crivait de Borne, le 16 avril 1829, � M. le Ministre des affaires �trang�res: �Il est malheureusement trop vrai que le gouvernement des Deux-Siciles est tomb� au dernier degr� du m�pris. La mani�re dont la cour vit au milieu de ses gardes, toujours tremblante, toujours poursuivie par les fant�mes de la peur, n’offrant pour tout spectacle que des chasses ruineuses et des gibets, contribue de plus en plus dans ce pays i� avilir. mas la royaut�. Mais on prend pour des conspirations ce qui n’est que le malaise de tous, le produit du si�cle, la lutte de l’ancienne soci�t� avec la nouvelle, le combat de la d�cr�pitude des vieilles institutions contre l’�nergie des jeunes g�n�rations.�

Au mois de mai 1830, le roi Fran�ois 1er vint � Paris. Malgr� les cruaut�s qu’il avait ordonn�es, il n’en fut pas moins bien accueilli par la cour des Tuileries.

Au lendemain de la R�volution de Juillet, le g�n�ral Lafayette pressait le nouveau roide soutenir la cause de la libert� italienne. Quant � Naples, Louis-Philippe r�pondit.

�Qu’il d�sirait beaucoup voir les Deux-Siciles sous un r�gime constitutionnel; mais que tout ce qu’il pouvait faire, c’�tait d’envoyer au roi Fran�ois, son beau-fr�re, un m�moire on serait expos�e la mani�re dont il pourrait donner une Constitution aux Deux-Siciles. en �vitant. jusqu’� la plus l�g�re commotion.� C’�tait une v�ritable d�rision: bient�t il s’y joignit l’odieux. Les Italiens, tromp�s par le faux lib�ralisme du duc d’Orl�ans et les sympathies menteuses du roi-citoyen. avaient confi� � Louis-Philippe, en. 1830 et 1831, leur projet de r�unir l’Italie tout enti�re sous la royaut� du duc de Mod�ne, dont un des fils aurait �pous� une des filles du roi, des Fran�ais. Louis Philippe y applaudit d’abord par la n�cessit� de m�nager les hommes de la r�volution dont il avait encore besoin et aussi par le d�sir de se r�server un profit possible. Il. ne tarda pas � trouver plus prudent d’avertir‘ le prince de Metternich, ce qui lui procurait l’avantage imm�diat d’un. service rendu tenta la fois � l’Autriche et � son parent le roi des Deux� Siciles. Il ne se pr�occupa jamais a Naples. que d’int�r�ts de famille. En 1844 il obtint pour son fils, le duc d’Aumale, la main de Marie Caroline, petite-fille de la reine Marie— Caroline et fille. d'une archiduchesse d’Autriche et du prince de Salerne, lui-m�me fr�re de Marie-Am�lie, oncle de, Ferdinand II.

La fatale influence de Louis-Philippe sur les affaires de Naples ne cessa pas avec son r�gne. L’amiral Baudin, de qui la pr�sence dans les eaux de Naples fut si d�cisive le 15 mai 1848, ne s’�tait ralli� � la R�publique que pour continuer les traditions orl�anistes: il s’y conduisit non connue un repr�sentant de la R�publique, mais comme un ‘serviteur du roi d�chu, sans autre souci que de pr�server le tr�ne du neveu de son ancien ma�tre.

On trouve, � ce sujet, de curieux d�tails dans l’opuscule du prince-amiral de Joinville, sur l’escadre de la M�diterran�e. �Le roi Louis-Philippe avait cess� de r�gner... Un nouveau chef, l’amiral Baudin, fut aussit�t envoy� � l’escadre... Sans perdre un instant, il se d�cida � l’arracher au spectacle et � la contagion des saturnales r�volutionnaires... A peine venait-elle d’arriver aux �les d’Hy�res, que l’ordre lui fut donn� de se rendre sur les c�tes d’Italie, pour y appuyer la politique de la France... Il se peut qu’elle ait quelquefois exerc� son influence d’une mani�re peu conforme aux vues du gouvernement dont �manaient les ordres qu’elle recevait. En des temps r�guliers, cette conduite e�t �t� bl�mable... A Livourne, o� r�gnait d�s lors une d�magogie ignoble et turbulente, nos officiers eurent � subir la honte d’�tre confondus avec les vainqueurs de F�vrier... L’escadre fit voile vers Naples... L’autorit� du roi y �tait en p�ril... L’escadre fran�aise avait reparu dans les eaux de Naples avec les m�mes �quipages, les m�mes officiers, et j’ajoute avec le m�me esprit que huit mois auparavant... Le 15 mai, l’amiral Baudin n’avait qu’� faire un geste, et le tr�ne du roi Ferdinand volait en �clats. Ce geste, il refusa de le faire. Pour r�sister aux sommations imp�rieuses de l’agent de la R�publique, il avait derri�re lui l’opinion de l’escadre... L’escadre ne bougea pas; elle ne br�la pas une amorce, ne d�barqua pas un homme, et son immobilit� fut pour les troupes napolitaines une tacite assistance qui releva leur courage et les aida �‘ triompher de l’insurrection. Spectacle �trange, en apparence, que celui qui fut donn� alors! Le tr�ne du roi le moins populaire de l’Europe venait d’�tre raffermi par le concours moral de l’escadre de la‘ R�publique fran�aise!� C’est ainsi que le 15 mai 1848, le roi Ferdinand il put disperser le Parlement napolitain, faire mitrailler sa capitale par ses Suisses et la livrer au pillage de ses lazzaroni, sous les yeux de la flotte fran�aise!

Et pourtant, le d�put� Joseph Napol�on Ricciardi avait �t� � bord du Friedland supplier l’amiral d’intervenir, en lui disant: �Il d�pend de vous de sauver, non-seulement nos libert�s, mais la cause de l’Italie tout enti�re. Car Ferdinand, une fois vainqueur, retirera � la guerre de l’ind�pendance les secours que l’ascendant de l’opinion publique l’avait seul forc� de lui accorder. �L’amiral d�clarait ne pouvoir intervenir dans leurs affaires int�rieures. C’est en vain qu’on lui objectait que Naples �tait sous le joug de mercenaires �trangers. C’est en vain que l’�nergique repr�sentant de la R�publique, M. Edmond Levraud, insista toute une heure durant. Du pont du Friedland on entendait la fusillade; mais le l�che abandon fut consomm�. Le lendemain, Ferdinand Il �tait redevenu roi absolu; il rappelait son arm�e des rives du P�, sa flotte des eaux de Venise; l’ind�pendance italienne avait perdu un renfort, la politique fran�aise un appui, l'Autriche avait regagn� son vieil alli�.

Peu de mois apr�s, l’escadre fran�aise fit en Sicile ce qu’elle avait fait � Naples. Le g�n�ral Filangieri put librement passer sous ses yeux, avec son arm�e, pour aller �craser les Siciliens. Messine fut soumise par lui � un bombardement de quatre jours (du 3 au 7 septembre 1848). Les vaisseaux fran�ais assist�rent impassibles aux plus’ �pouvantables sc�nes de destruction, qu’un seul mot du commandant fran�ais de la division navale e�t. pu l'aire cesser. La noble et courageuse conduite de notre consul, M. le comte de Maricourt, sauva seule l’honneur de la France dans ces tristes jours. M. le prince-amiral de Joinville loue l’attitude que l’escadre tint alors. �Le dilemme, dit-il, avait �t� celui-ci: rendre la Sicile au roi Ferdinand ou la jeter aux bras de l’Angleterre.� Ce qui n’est que couvrir un mauvais acte d’une raison pitoyable. Car il �tait assur�ment plus simple de laisser la Sicile � elle-m�me.

Dans le fait, la Sicile fut rejet�e sons le joug du Bourbon de Naples, qui ne voulait pas de l’ind�pendance nationale, et emp�ch�e de s’unir, comme elle l’avait vot�, au Pi�mont, qui combattait pour l’affranchissement de la patrie italienne. La France y perdit plus que l’Angleterre.

En lisant les phrases de M. de Joinville sur la marine, on se rappelle involontairement que c’est la grand’ m�re de ce ‘prince-amiral, la reine Caroline, qui, au 'dire m�me de Nelson, en ravitaillant la flotte anglaise, malgr� la neutralit� jur�e ‘� la France, rendit possible la bataille d’Aboukir et la destruction de la flotte fran�aise. �Je vous �cris avec une joie inexprimable, disait-elle alors dans sa d�p�che au marquis de Circello, son ambassadeur � Londres... Cet an�antissement de la flotte r�gicide est l’ouvrage de l’intr�pidit� de l’amiral anglais... Vous eussiez �t� touch� de voir mes enfants, me serrant dans leurs bras, m’exprimer, par leurs larmes et leurs caresses, toute la joie qu’ils �taient en �tat de ressentir d’une telle nouvelle... Bonaparte, il faut l’esp�rer, p�rira avec son arm�e... b L’esprit de cette famille a toujours �t� funeste � la libert� des peuples. N’est-ce pas l’orl�anisme dont l’influence occulte s’opposait � la guerre actuelle, et qui maintenant essaye de l’exploiter � son profit? Ne voit-on pas en effet, dans les rangs pi�montais, le petit duc de Chartres en qu�te d’un Jemmapes ou d’un Valmy. Demain, les r�clam�s orl�anistes en feront un h�ros, dans l’espoir de tromper de nouveau la France sur l’�go�sme de cette famille, et de lui faciliter ainsi les voies d’un retour, si jamais nos fautes nous attiraient de Dieu ce dur ch�timent  d’�tre remis dans leur honteuse d�pendance. Tout ce que nous tenions � constater ici, c’est que tant que dura le r�gne ou l’influence de l’orl�anisme, il n’y eut, pour les Deux-Siciles comme pour l’Italie enti�re, aucune ind�pendance, aucune libert� possibles.

Si des liens de parent� et des instincts communs unissent les d’Orl�ans aux Bourbons de Naples, il y a entre ‘ces Bourbons et les Napol�ons le sang d’un roi-de la famille imp�riale. Car c’est Ferdinand 1er qui ordonna l’ex�cution du malheureux roi Joachim 1er au Pizzo, en ces termes: �Art. 1Er. Le g�n�ral Murat sera traduit devant une commission militaire dont les membres seront nomm�s par notre ministre de la guerre. — Art. 2. Il ne sera accord� au condamn� qu’une demi-heure pour recevoir les secours de la religion. (Sign� FERDINAND).� C’�tait ordonner non de le juger, mais de le tuer. En effet, il fut fusill� le 13 octobre 1815. Le roi de Naples s’est glorifi� de ce meurtre, mais les habitants se repentent d’avoir livr� Murat. Le g�n�ral P�p� rapporte, dans ses M�moires, que les Pizzitains, lorsqu’ils voyagent dans le royaume, ou seulement dans la Calabre, cachent, quand ils le peuvent, le nom de leur terre natale. ll ajoute que quelques jours apr�s l’ex�cution de Murat, la t�te fut s�par�e du corps et envoy�e dans un vase de verre rempli d’esprit-de-vin � Naples o� elle fut conserv�e dans le palais. Il ne fallut rien moins que la vue de la t�te de sa victime pour gu�rir la peur du roi Ferdinand: � la nouvelle de l’arrestation de Murat et tout en signant son arr�t de mort, il s’�tait pr�par� � la fuite, craignant que ses g�n�raux ne ramenassent le captif en triomphe: tant il se sentait ex�cr�.

En 1848, les Napolitains et les Siciliens esp�r�rent beaucoup de la R�publique fran�aise. Mais ceux qui l’ont gouvern�e �taient des sectateurs de l’orl�anisme. C’est pourquoi ils n'ont fait que continuer sous un autre nom le r�gne de Louis-Philippe et tromper la confiance des  peuples. En voyant un Napol�on appel� � la Pr�sidence, puis � l’Empire, les Napolitains et les Siciliens se reprirent � esp�rer, ne pouvant se persuader, quels que fussent les retards apport�s, que tant de forfaits resteraient impunis.

Les Napolitains se souviennent comment l’empereur Napol�on Ier savait d�jouer les intrigues et punir les trahisons. D�j� au commencement de ce si�cle, les perfidies de la cour napolitaine �taient sans nombre, mais Napol�on 1er n’en �tait point dupe. Aussi, en 1805, lorsque la reine Caroline l’envoya complimenter � Milan, dans le temps qu’il mettait sur sa t�te la couronne de fer, il apostropha ainsi l’ambassadeur: �Dites � votre reine que je connais ses intrigues contre la France, et qu’elle sera maudite par ses enfants: car je saurai punir ses trahisons; et � elle et � sa famille je laisserai � peine l’espace n�cessaire pour contenir leur tombe.� La cour de Naples n’en eut pas moins, peu apr�s, la duplicit� de conclure � la fois un trait� d’alliance avec l’Autriche en m�me temps qu’un trait� de neutralit� avec la France. A peine les Fran�ais avaient-ils �vacu� le royaume, - que la cour accueillait dans les ports de Naples et de Castellamare onze mille Russes, deux mille Mont�n�grins et six mille Anglais (19 nov. 1805). C’est pourquoi, au lendemain d’Austerlitz, le 376 Bulletin de la Grande-Arm�e contenait ces lignes: �Le g�n�ral Saint-Cyr marche � grandes‘ journ�es sur Naples, pour punir les trahisons de la reine et pr�cipiter du tr�ne cette femme criminelle qui, avec tant d’impudeur, a viol� tout ce qui est sacr� parmi les hommes. On a voulu interc�der pour elle aupr�s de l’Empereur, il a r�pondu: Les hostilit�s dussent elles recommencer et la nation soutenir une guerre de trente ans, une si atroce perfidie ne peut �tre pardonn�e.

La reine de Naples a cess� de r�gner; ce dernier crime a rempli sa destin�e.�

Et de son camp imp�rial de Schoenbrunn, le 6 nivose au XIV (27 d�cembre 1805), l’Empereur disait � l’arm�e:

�Soldats: Depuis dix ans, j’ai tout fait pour sauver le roi de Naples; il a tout fait pour se perdre... Pardonnerons-nous une quatri�me fois? Nous fierons-nous une quatri�me fois � une cour sans foi, sans honneur, sans raison? Non! non! La dynastie de Naples a cess� de r�gner... Soldats, marchez... Montrez au monde de quelle mani�re nous punissons les parjures. Ne tardez pas � m’apprendre que le plus beau pays de la terre est affranchi du joug des hommes les plus perfides.�

A la suite de cette proclamation foudroyante, l’arm�e fran�aise marcha sur Naples et y entra le 1l: f�vrier 1806. La reine Caroline �tait en fuite: �Le sceptre de plomb de cette moderne Athalie, disait le Moniteur du 25 f�vrier, vient d’�tre bris� sans retour. L’Europe enti�re verra avec satisfaction expuls�e du tr�ne une reine qui a tant abus� de la souveraine puissance, dont tous les pas ont �t� marqu�s par des r�volutions, des parjures et du sang.�

Les Napolitains se rappellent les bienfaits que la France leur apporta. �La ville est dans l’ivresse, �crivait, de Naples, le roi Joseph � Napol�on, le 15 juillet 1806. Pour la concevoir, il faut conna�tre les atrocit�s qui ont �t� commises il y a sept ans, celles qui avaient �t� command�es par la reine au moment de notre entr�e ici, celles dont elle se flatte encore aujourd’hui � son passage par cette ville, (car elle convient qu’elle ne peut pas y rester longtemps). Il faut conna�tre cette furie, pour se faire une id�e de la v�rit� de l’histoire de M�d�e. Un fils du duc de Cassano a �t� r�ti, et ses lambeaux partag�s parmi les anthropophages, il y a sept ans. Aujourd’hui on l’avait invit� � un autre festin de ses autres enfants qui sont � mon service. Aussi, la frayeur des riches propri�taires, des cittadini, est port�e � l’extr�me.� La bont� et les lumi�res du roi Joseph faisaient un contraste frappant avec la cruaut� et l’obscurantisme de l’ancienne cour. Les Napolitains, en se sentant aim�s, s’�taient pris � l’aimer eux-m�mes. Son administration si honn�te et si morale, m�ritait vraiment les �loges que, bien des ann�es‘ apr�s, lui donnait le g�n�ral Lamarque, lorsqu’il �crivait au roi Joseph, exil�:

�Vous avez r�ellement �t�, � Naples, le philosophe sur le tr�ne que Platon d�sirait pour le bonheur de l’humanit�. Je me. souviens de vos voyages o� vous pr�chiez aux grands l’amour du peuple; au peuple, le respect des lois; aux pr�tres, la tol�rance; aux militaires, l’ordre et la mod�ration. Sous. votre r�gne, trop court pour une nation qui vous a tant regrett�, la f�odalit� fut d�truite, le brigandage a disparu, le syst�me des imp�ts fut chang�, l’ordre dans les finances �tabli, l’administration cr��e, les grands et le’ peuple r�concili�s, des routes ouvertes sur tous les points, la capitale embellie, l’arm�e et la marine r�organis�es, les Anglais chass�s de tout le royaume... Vos M�moires seront une le�on pour les rois.� (Paris, 27 mars 1824)

L’empereur Napol�on III eut � r�sister � bien des instances qui lui furent faites pour qu’il permit le r�tablissement de la dynastie de Joachim Murat sur le tr�ne de Naples, et aux demandes des Napolitains qui se rappellent ce que le beau-fr�re de Napol�on a fait pour r�veiller l’ardeur militaire des Italiens, le mouvement qu’il a imprim� � leur civilisation, l’appel qu’il leur adressa lorsque, jouant sa couronne de Naples pour tenter l’expulsion des Autrichiens et la r�alisation de l’unit� italienne, il lan�a sa proclamation de Rimini (30 mars 1815).

�Italiens! vous �tes appel�s par la Providence � constituer une grande nation ind�pendante. Des Alpes � l’Etna, qu’un seul cri s’�l�ve: L’ind�pendance de l’Italie l A‘ quel titre les peuples �trangers pr�tendent-ils vous �ter l’ind�pendance, qui est le droit le plus sacr� d’un peuple? C’est donc en vain que la nature vous a donn� la barri�re des Alpes? Disparaisse de votre sol toute trace de domination �trang�re!... Chaque nation doit se restreindre dans les limites que la nature lui a trac�es. La mer et les Alpes, voil� vos fronti�res.

Quatre-vingt mille Italiens de Naples, conduits par leur roi, sont en marche; ils ont jur� de ne poser les armes qu’apr�s la d�livrance de l’Italie... Italiens des autres provinces, levez-vous dans la pl�nitude de vos forces! Que par votre appui notre g�n�reux dessein s’accomplisse! Italiens! unissez-vous. Lorsque l'ind�pendance aura �t� conquise par votre courage, un gouvernement de votre choix, une repr�sentation vraiment nationale, une constitution digne de ce si�cle, garantiront votre libert� et votre prosp�rit�.�

Le Moniteur du 7 octobre 1855 contenait la d�claration suivante: �Le gouvernement de l’Empereur a vu avec un profond regret la publication d’une lettre au sujet des affaires de Naples, qui tendrait � faire croire que la politique de L’Empereur, au lieu d’�tre franche et loyale comme elle l’a toujours �t� vis-�-vis des gouvernements �trangers, pourrait favoriser sous main certaines pr�tentions. Le gouvernement les d�savoue hautement, sous quelque forme qu’elles se produisent.� Ce qui �tait conforme � cette dict�e testamentaire de Napol�on du 17 avril 1821: K Le souvenir des tr�nes que j’ai �lev�s dans l’int�r�t (le ma politique g�n�rale doit �tre �cart�. En 1815, j’avais d�j� exig� de mes fr�res qu’ils oubliassent leurs royaut�s et qu’ils ne prissent que le titre de princes fran�ais. Mon fils doit suivre cet exemple; car le contraire exciterait de justes alarmes.� D’ailleurs, si au commencement de ce si�cle la pr�sence d’un prince napol�onien � Naples put servir � naturaliser‘ en Italie les id�es qu’avait l'ait �clore en France la R�volution, aujourd’hui une restauration muratiste, loin d’�tre un progr�s, serait un retard pour l’unit� italienne. Mais si la France ne r�tablit pas la dynastie de Murat, ce n’est pas une raison pour qu’elle tol�re � Naples les actes du gouvernement.

�Il n’y a de l�gitime sur la terre que les ‘gouvernements avou�s par les nations; les nations les cr�ent et les d�truisent selon leurs besoins; les ‘nations seules ont des droits; les individus, les familles particuli�res, ont seulement des devoirs � remplir,� �crivait le roi Joseph dans sa lettre � Messieurs de la Chambre des D�put�s de France. (New York, 18 octobre 1830. )

Et il ajoutait dans‘ sa lettre � Napol�on II: �Ce fut la guerre qui �leva sur les tr�nes de l’Europe les princes de sa famille; mais ce ne fut pas pour leur donner des tr�nes que Napol�on fit la guerre: c’�taient des positions militaires occup�es pendant la lutte g�n�rale que les oligarchies avaient d�cid� de ne finir que par l’abaissement de la France. Il fallait ou laisser envahir les pays conquis par le syst�me r�publicain auquel ils n’�taient pas pr�par�s, ou les faire gouverner par des hommes dont le d�vouement � la France et � sa personne �tait le plus assur�. O� pouvait-il trouver plus de garantie que dans ses fr�res, ‘que la nature ainsi que les bienfaits qu’ils devaient � la nation avaient destin�s � partager sa mauvaise comme sa bonne fortune, l’une et l’autre ins�parables de celle de la France? Aujourd’hui le temps a port� ses fruits; les nations sont plus �clair�es sur leurs int�r�ts, elles savent bien que la nation la plus heureuse est celle o� un plus grand nombre d’hommes jouit de plus de bonheur, o� elle ob�it � un magistrat supr�me qu’elle aime, et qui lui-m�me n’a pas le funeste pouvoir d’abuser de la vie, des propri�t�s, de la libert� des peuples qu’il repr�sente uniquement pour conserver les droits qu’ils lui ont confi�s. Telles �taient les opinions, et surtout l’instinct de votre p�re.� (Point Breeze, 15 f�vrier 1832. ) La dynastie bourbonienne a creus� un ab�me entre elle et son peuple des Deux-Siciles. Cet ab�me pourra-t-il �tre combl�? Une r�conciliation est-elle encore possible? Tout ce que nous savons, c’est que c’est seulement le prompt et sinc�re accomplissement des quatre points suivants qui la pourrait faciliter:

1er Amnistie compl�te.

2� Gouvernement constitutionnel.

3� Renvoi des Suisses.

4� Guerre � l’Autriche.

Le premier signe auquel les peuples peuvent reconna�tre que le nouveau roi est dispos� � r�gner selon les principes de la libert�, c’est l‘amnistie accord�e � tous ceux qui, sous le r�gne pr�c�dent, ont souffert pour la cause de la libert�. Comment croire au r�tablissement d’une Constitution, si ceux qui ont lutt� pour cette Constitution restent en prison ou en exil! Comment croire que le roi veuille s’affranchir de la tutelle autrichienne, si ceux qui ont �t� condamn�s pour leur hostilit� contre l’Autriche restent sous le poids de leur condamnation? Comment croire � ses sentiments italiens, si ceux qui ont pris, il y a dix ans, une part si glorieuse � l’h�ro�que d�fense de Venise, demeurent proscrits?

On attendait anxieusement les premiers d�crets du jeune roi. Ils ont paru le 16 juin. A la nouvelle t�l�graphique de l’amnistie, la presse fran�aise applaudit. Mais le texte qui nous arrive cause un d�sappointement g�n�ral. Le d�cret porte: �Il est fait gr�ce de la peine qu’il leur reste � subir aux condamn�s aux fers, � la r�clusion, � la rel�gation et � l’emprisonnement pour les d�lits politiques commis dans les ann�es 1848 et 1849, non compris dans les d�crets du '27 d�cembre 1858 et du 18 mars 1859, selon les listes existant au minist�re de gr�ce et de justice.� Ce qui signifie que ceux qui ont �t� condamn�s depuis 1849 restent exclus de l’amnistie. Or, il y en a un tr�s-grand nombre. Et la foule de ceux qui depuis plusieurs ann�es attendent dans les cachots leur jugement, l’attendront encore. L’amnistie ne s'�tend pas � ceux qui ont �t� compris dans les d�crets rendus dans les derniers mois de sa vie par le feu roi, et qui consistaient � commuer la d�tention en d�portation. De telle sorte que l’ancien ministre, M. Charles Po�rio, l’ami de M. Gladstone, actuellement chancelier de l’�chiquier, et qui, d�port� en Am�rique, est parvenu a se r�fugier en Angleterre, ne pourrait aujourd’hui rentrer � Naples que pour y reprendre la cha�ne du Monte-Sarchio.

L’amnistie ne s’�tend qu’aux condamn�s pour faits politiques de 1848 et 28119. Or, depuis dix ann�es, de tous ceux-l� les uns sont morts, d’autres ont fait leur temps. A quoi donc se r�duit le bienfait royal? Bien plus, comme l’amnistie ne s’applique qu’aux cas de condamnation aux fers, � la r�clusion, � la rel�gation et � l’emprisonnement, ceux qui ont �t� condamn�s � mort par contumace, et ceux qui sont frapp�s de l’exil demeurent par l� m�me exclus. De telle sorte que le g�n�ral Ulloa, par exemple, aujourd’hui g�n�ral en chef de l’arm�e toscane, et honor� de la confiance des deux souverains, S. M. _le roi de Sardaigne et S. M. l’empereur des Fran�ais, ne pourrait rentrer � Naples que pour y �tre jet� au bagne.— Voil� ce qu’on appelle l’amnistie du nouveau roi de Naples.

Des milliers de citoyens �taient port�s sur des listes de suspects, astreints a la plus rigoureuse surveillance de la police, �loign�s de toute carri�re lib�rale. Croit-on que les listes de suspects soient abolies? Non. On leur promet seulement que la police leur sera moins s�v�re.

Ce d�cret rendu sous le nouveau minist�re du prince de Satriano, Charles Filangieri, rappelle la proclamation qu’il adressait aux Siciliens en 1849, comme commandant en ‘chef de l’exp�dition. Apr�s avoir promis une amnistie g�n�rale, il excluait nomm�ment quarante-trois personnes des plus consid�rables du pays, et en chassait des milliers. il n’en disait pas moins: �Sa Majest� a puis� dans son cœur tr�s-saint, si�g� de toutes les vertus g�n�reuses et magnanimes, le dessein de combler les vœux des Siciliens en leur donnant pour son repr�sentant le plus pr�cieux joyau de sa couronne, son fils premier-n�.... Parler ici des m�rites de cet ange de roi actuel alors �g� de treize ans), ce serait ne rien apprendre � personne, car il n’est pas un coin de ce pays qui ne retentisse du bruit de ses vertus �minentes et splendides. Il unit � une sagacit� profonde la bont� que Dieu a scell�e de son sang dans l’�vangile...

Le roi, qui est une source in�puisable de cl�mence, d�lie les fers des prisonniers siciliens et. les renvoie tous sains et saufs dans leurs familles d�sol�es, � l’exception de quelques chefs...� (Proclamation de Palerme, 20 mai 1849).

Les nombreux proscrits siciliens de 1849 restent proscrits en 1859. Et pourtant le m�me prince de Satriano avait �crit le 7 mai 18/49, de Misilm�ri, � M. le consul de France: �Le lieutenant-colonel Nunziante, qui n’a pu rejoindre Sa Majest�, en ce moment a Velletri, est porteur de l’amnistie g�n�rale, et sans exception, que l’on attendait de la munificence royale. Puisse cet acte de g�n�rosit�, dont les exemples sont rares dans l’histoire de tous les temps, pr�server Palerme des terribles d�sastres dont elle est menac�e. Je vous serai tr�s recoinnaissant si vous voulez bien en donner communication, non-seulement � M. Rayneval, mais � tous les consuls r�sidant � Palerme.� Et l’ambassadeur de S. M. britannique, lord Temple, adressait le 16 septembre 1849, au gouvernement de Sa Majest� le roi de Naples, la note suivante: �Le peuple de Palerme ne s’est soumis aussi tranquillement � l’autorit� du roi de Naples que sur l‘assurance qui lui a �t� donn�e que le roi observerait fid�lement la promesse faite sur sa parole royale, qu’une amnistie g�n�rale serait accord�e � ses sujets siciliens. C’est pourquoi, consid�rant la part que les officiers anglais ont prise � cet accommodement pacifique, le gouvernement de S. M. Britannique croit de son devoir de manifester sa ferme esp�rance que la parole royale ne sera pas viol�e, et que l’amnistie sur la foi de laquelle les Palermitains ont fait leur soumission sera accord�e par le gouvernement du roi en Sicile.�

L’av�nement du nouveau roi semblait devoir �tre une �poque de r�paration. Si le d�cret d’amnistie partielle du 16 juin dernier n’�tait converti en d�cret d’amnistie g�n�rale, comment pourrait-on y voir autre chose qu’une insulte � la France et � l’Angleterre?

Les instructions donn�es par le comte de Malmesbury � lord Elliot, lors de la reprise des relations diplomatiques avec la cour de Naples, portaient: �Le gouvernement de Sa Majest� compte que la reprise des relations diplomatiques offrira au gouvernement napolitain une occasion de s’expliquer sur sa politique future, Sa Majest� pouvant entretenir l’espoir raisonnable que le commencement d’un nouveau r�gne sera inaugur� par un nouveau syst�me d’administration int�rieure. Vous direz confidentiellement que la teneur de la proclamation du roi, lors de son av�nement, et l’absence de toute allusion � l’amnistie pour d�lits politiques, et de la r�vocation d’un d�cret �man� du dernier roi, le 27 d�cembre pass�, pour le jugement par la loi martiale des personnes arr�t�es sur la vague accusation d’avoir attaqu� la s�ret� de l’�tat, ont produit un grand d�sappointement sur le gouvernement et le peuple de ce pays.�

Il faut dans les Deux-Siciles, un gouvernement constitutionnel. La nation ne peut plus y �tre pressur�e, tortur�e, mitraill�e au gr� des caprices d’un jeune homme ou des intrigues d’une camarilla. La royaut� a trop abus� du pouvoir absolu pour que la nation ne sente point la n�cessit� de contr�ler ses actes. Le peuple a vers� trop de fois son sang aux cris de: Vive la Constitution 1 pour qu’on puisse pr�tendre que ce ne soit pas le vœu g�n�ral de la nation. La Constitution est le premier pas pour le rel�vement des mœurs publiques: elle seule, aujourd’hui, peut tirer la noblesse de l’avilissement on l’a r�duite la toute-puissance royale, ouvrir � l’intelligence de la bourgeoisie une carri�re nouvelle, et arracher le peuple � l’abrutissement des superstitions. D’ailleurs, un �tat non constitutionnel en Italie sera bient�t une anomalie. Si, � la paix, il arrive que l’unit� ‘soit ajourn�e et qu’il y ait une conf�d�ration italienne, des �tats constitutionnels seuls en pourront faire partie.

Con�oit-on, en effet, ce que serait une r�union de princes absolus et de princes constitutionnels, les uns n’invoquant que leur bon plaisir, et les autres �tant des organes de la volont� g�n�rale. La France et l’Angleterre conseillent � Sa Majest� Fran�ois II le r�gime constitutionnel, derni�re planche de salut de cette dynastie. Les Bourbons de Naples, en effet, se condamneront sans retour en faisant moins que n’ont fait les Bourbons d’Espagne.

On essayera de donner le change � l’opinion-au moyen de pr�tendues r�formes d�cr�t�es par l’autorit� royale, � savoir: promesse d’�purations administratives et changements de fonctionnaires, modifications d’imp�ts, constructions de routes. Le grand progr�s aux yeux de certaines gens, c’est un r�seau de chemins de fer. Mais les Autrichiens n’en avaient-ils pas construit en Lombardo-V�n�tie, et les Lombards et les V�nitiens en �taient-ils plus heureux?

Il ne faut plus de Constitution que le roi donne aujourd’hui, puis retire demain. Toute Constitution qui n’est pas un contrat r�el entre le roi et le peuple est un leurre. Toute Constitution que le peuple n’a pas le pouvoir de maintenir lui est enlev�e. La Constitution de 1820 a �t� d�truite dans les Deux-Siciles par le roi � l’aide des Autrichiens. Les Autrichiens ont �t� ensuite remplac�s par une garde suisse, et la Constitution de 1848 a �t� d�truite par le roi � l’aide des Suisses. Ce sont les Suisses aussi qui ont aid� le roi de Naples � d�truire la Constitution sicilienne. �Je doute, �crivait le correspondant du Times (Naples, 26 septembre 1848), que sans les Suisses, les Napolitains eussent jamais pu prendre Messine.�

C’est une honte que les enfants d’un pays libre servent  � d�truire la libert� chez les autres. Le conseil national suisse l’avait compris, lorsque le 25 mai 1849 il fit le d�cret suivant:

�1� Les capitulations militaires sont d�clar�es incompatibles avec la dignit� et l’honneur de la Conf�d�ration. 2� Le conseil f�d�ral est invit� � ouvrir sans d�lai les n�gociations n�cessaires pour obtenir la r�siliation des capitulations militaires encore existantes, et � faire un rapport sur les r�sultats obtenus, ainsi qu’� soumettre � l’assembl�e f�d�rale des propositions y relatives. 3� Le conseil f�d�ral est en outre charg� de prononcer et de faire ex�cuter au nom de la Conf�d�ration, la suppression des capitulations, si les troupes suisses capitul�es devaient �tre employ�es pour intervenir dans un autre �tat ou, contre le principe du droit d’un peuple, � se constituer librement. le Tout recrutement pour service militaire �tranger est interdit dans toute l’�tendue de la Conf�d�ration.� 11 y manquait une sanction analogue � celle de l’article 21 du Code Napol�on: c Le Fran�ais qui, sans autorisation de l’Empereur, prendrait du service militaire chez l’�tranger ou s’affilierait � une corporation militaire �trang�re, perdra sa qualit� de Fran�ais.� La derni�re capitulation avec Naples a expir� le 15 juin 1859, et imm�diatement le gouvernement f�d�ral a fait injonction aux r�giments de Naples d’enlever de leurs drapeaux l’Ours, blason bernois. A la suite des atrocit�s commises ‘a P�rouse, le 20 juin, par les soldats du pape, le consul g�n�ral suisse � Turin, M. Geisser, en a de suite d�clin� la responsabilit� en �crivant: �Avec l’�tat pontifical, il n’existe aucune capitulation. L’�tat de Lucerne en avait fait une en 18%, mais elle fut abolie par le gouvernement cantonal. Ce ne sont pas des Suisses qui ont ravag� l’�pouse, mais un ramas d’hommes de toutes les nations qui n’ont de Suisse que l’habit rouge.� De telles protestations honorent la R�publique suisse. Mais elle ne doit pas s’en tenir l�. Elle aura sans doute � cœur de prendre promptement des mesures efficaces, en d�cr�tant que tous ceux qui entacheraient dor�navant le nom suisse en se louant ainsi � des despotes �trangers, perdront leur qualit� de Suisse, et ne pourront plus jamais remettre le pied sur le sol de la Conf�d�ration helv�tique, et en donnant � ceux qui sont dans ce cas l’ordre de rentrer dans leur patrie sous le plus bref d�lai.

Les mercenaires �trangers sont toujours un grand danger pour le gouvernement qui les emploie. S’ils lui servent pour un temps d’appui, toujours ils finissent par le perdre. Un gouvernement qui prend � son service des mercenaires �trangers, avoue par l� m�me que la nation le repousse, qu’il s’impose � elle et qu’il ner�gne que par la force: c’est une des causes les plus puissantes d’exasp�ration populaire. On se souvient comment la r�sistance des Suisses, au 10 ao�t, pr�cipita Louis XVI et sa famille dans la tour du Temple, comment le sang des Parisiens vers� sur les marches des Tuileries par les mains des Suisses, appela la terrible repr�saille du 21 janvier. Toujours, � la longue, un pouvoir assez antinational pour �tre oblig� de former sa garde de troupes �trang�res, est renvers�. D’autre part, celui qui entretient chez lui des Suisses pour contenir son peuple, perd le droit de dire qu’on ne doit point se m�ler de ses affaires int�rieures. Tout prince qui ne r�gne que par l’appui de l’�tranger, l�gitime par l� m�me l’intervention d’une autre puissance en faveur du peuple qu’il opprime. Donc les Suisses doivent �tre renvoy�s de Naples.

Les Suisses restant � Naples, que signifierait une Constitution qui pourrait demain �tre de nouveau d�truite par les Suisses? D’un c�t�, s’il est vrai de dire qu’une amnistie sans Constitution serait ridicule, puisque les exil�s en rentrant seraient sans s�curit�, de l’autre il faut convenir que la Constitution fonctionnerait malais�ment sans constitutionnels. Or, tous les personnages constitutionnels ont �t� emprisonn�s ou exil�s. D’o� la cons�quence que l’amnistie compl�te, la Constitution et le renvoi des Suisses, ne doivent �tre qu’une seule et m�me mesure.

Il semble que le gouvernement napolitain ait retourn� la devise que Napol�on a transmise � sa famille et qui est: Tout par le peuple et pour le peuple. Car la devise des Bourbons de Naples est �videmment: Tout sans la nation et contre la nation. Mais cela ne peut plus durer.

En attendant, on a d�j� beaucoup perdu de temps, et l’on en veut perdre encore. La cour de Naples sait l’importance qu’il y a pour elle � leurrer la nation pour qu’elle consente a laisser passer l’heure. Les pr�textes ne manquent pas. Dans les mois, d’agonie du feu ’roi, on disait: �Attendons le nouveau r�gne.� Puis vint la p�riode du deuil. On dit alors: �Attendez l’entr�e solennelle que le roi de Naples fait, selon l’usage, le trenti�me jour de son av�nement. n La dose de concession est-elle jug�e insuffisante? Aussit�t on r�pond: �C’est un premier pas pour m�nager la transition; un changement trop brusque ne serait pas sans danger. Au reste, les progr�s lents sont les plus s�rs. La mod�ration n’est pas moins n�cessaire aux peuples qu’aux gouvernements.� Formules pour se dispenser d’aucune mesure d�cisive. Un condamn� � mort � qui on laisserait provisoirement la vie, mais sans la lui garantir, serait-il dans une position bien enviable? Or, c’est pr�cis�ment celle du peuple des Deux-Siciles aujourd’hui.

Une influence fatale p�se depuis un si�cle sur la cour de Naples, l’influence autrichienne. Inaugur�e, en 1768, par le mariage de l’archiduchesse d’Autriche, Marie-Caroline, avec le roi Ferdinand des Deux-Siciles, elle a �t� scell�e au lendemain du trait� g�n�ral de Vienne, du 9 juin, par l’article secret du trait� du 12 juin 1815 qui porte: u Que S. M; le roi des Deux-Siciles n’admettra pas de changements qui ne pourraient pas se concilier soit avec les anciennes institutions monarchiques, soit avec les principes adopt�s par S. M. I. et B. pour le r�gime int�rieur de ses provinces italiennes.� Les Napolitains s’�taient soustraits, en 1820, � cette influence; ils y furent remis violemment en 1821. Ce que les ba�onnettes ont fait, les ba�onnettes seules peuvent le d�faire.

Il ne suffirait pas aujourd’hui que le roi de Naples dise qu’il n’existe plus de trait� secret entre lui et l’Autriche. Il faut, pour qu’on y croie, que le trait� secret soit d�truit par les armes, � la face de l’Italie et de l’Europe.

Or, au moment m�me de la mort du roi, le ministre des affaires �trang�res du royaume de Naples publiait la d�claration suivante:

�En pr�sence de la guerre qui vient d’�clater dans la haute Italie, le gouvernement de Sa. Majest�, d’accord avec les principes de stricte neutralit� profess�s dans tous les temps et, dans les circonstances pr�sentes, d�j� officiellement reconnus, s’empresse de manifester, de son c�t�, la volont� d’observer scrupuleusement tout ce qui concerne les droits internationaux, en temps de guerre, vis-a-vis le commerce et la navigation des neutres, et tout ce que le Congr�s de Paris du 16 avril 1856 a �tabli � cet �gard.�

Et peu de temps apr�s, le ministre de l’int�rieur �dictait les dispositions destin�es � servir de r�gles � cette neutralit�.

Toutefois, en voyant le g�n�ral Filangieri appel� au minist�re, on s’est remis � croire � la participation de Naples � la guerre de l’ind�pendance. On aimait � rappeler que le g�n�ral Filangieri avait d�but� � Austerlitz, qu’il avait �t� aide de camp du roi Joseph et du roi Joachim; qu’en 1815 c’est lui qui, au nom de Murat, porta la d�claration des hostilit�s au g�n�ral autrichien comte de Bellegarde, gouverneur de la Lombardie; puis, le jour de la bataille, fut gri�vement bless� � c�t� du roi. Quelques mois auparavant, c’est � lui qu’on avait d� d'�tre pr�venu d’un projet d’assassinat qui mena�ait la vie de l’empereur Napol�on a l’�le d’Elbe, ainsi qu’on le lit dans les M�moires du roi Joseph: �Vous sentez que je ne puis rien esp�rer d’un Bourbon, et que je n’ignore pas que le duc d’Orl�ans a �t� de moiti� dans le projet tram� contre mon fr�re l’empereur Napol�on en 184:, peu de mois avant son d�part de l’�le d’Elbe. Vous n’ignorez pas qu’il fut d�voil� par le g�n�ral Filangieri...

Si_l’ancien comte d’Artois �tait encore sur le tr�ne, et si je ne craignais pas de voir ma patrie tomber sous le gouvernement ‘d’un homme qui ne vaut pas mieux que Charles X, je ne compromettrais pas le g�n�ral Filangieri...� (Lettre du roi Joseph au g�n�ral Lamarque. New-York, 5 septembre 1880. ) En 1820, le g�n�ral Filangieri soutint la Constitution, et, apr�s l’invasion autrichienne, fut �loign�. Si, plus tard, sous le roi ‘Ferdinand II, il fut employ� � des œuvres de r�pression et de. despotisme, on s’est plu � penser que le bruit du canon fran�ais r�veillerait chez lui un peu de l’ardeur de ses beaux jours, qu’il tiendrait � honneur d’ensevelir les p�nibles souvenirs des bombardements de l’ann�e 1848 et des ex�cutions sommaires de Sicile dans la gloire d’une guerre nationale. Le voudra-t-il? Il y a peu � esp�rer. De tels efforts sont toujours difficiles et deviennent presque impossibles quand on est sur le tard de la vie.

La Gazette de Lyon �crivait le 22 mai: �Le parti lib�ral, malgr� ses rancunes bien fond�es, se montre � Naples dispos� � en faire le sacrifice sur l’autel de la patrie, � la condition que le ‘nouveau r�gne soit inaugur� par l’alliance avec le Pi�mont et la France et l’envoi de troupes en Lombardie. Si la dynastie laisse �chapper une telle occasion, on la consid�re comme in�vitablement perdue. Des personnages tr�s-haut plac�s commencent � comprendre cette v�rit�. Le gouvernement sarde serait heureux de voir entrer neuf millions d’Italiens dans le mouvement actuel avec une arm�e de cent mille hommes, dont au moins la moiti� pourrait �tre envoy�e en Lombardie, pour porter l’arm�e italienne, entre Pi�montais, Toscans et Napolitains, � cent quarante mille hommes, sans compter quinze � vingt mille volontaires. Le gouvernement fran�ais serait. sous le rapport financier, un peu moins grev�, et rassurerait encore mieux l’Europe sur le d�sint�ressement avec lequel il aborde la question italienne... La guerre aurait plus de chances d’�tre localis�e.�

— On a pu lire dans la Gazette autrichienne du 22 juin: �Nous apprenons de bonne source qu’il n’y a pas le moindre fondement dans les bruits qu’on fait courir touchant le g�n�ral Filangieri, le premier ministre actuel. On pr�tendait que le parti national de Naples trouvait en lui un appui pour ses projets en faveur du Pi�mont, et que le g�n�ral lui-m�me avait conseill� avec instance de mobiliser un contingent pour le mettre � la disposition du Pi�mont; rien de cela n’est vrai, attendu que, dans les circonstances actuelles, le roi de Naples est d�cid� � garder la plus stricte neutralit�.� La neutralit� de la cour de Naples a toujours �t� une hostilit� d�guis�e contre la France. Il n’y aurait donc pas � s’�tonner qu’elle d�sir�t le succ�s de l’Autriche, qu'elle l’y aid�t au besoin si elle l'osait. La cour de Naples est bien profond�ment inf�od�e � la cour de Vienne: et cette inf�odation la perdra. A voir l’inauguration du nouveau r�gne, il semble que le. temps soit proche o� �clatera dans les faits la v�rit� de cette parole de l’ex-reine des Fran�ais, Marie-Am�lie, � son neveu le roi Ferdinand II:

�La maison d’Autriche a toujours �t� fatale � la maison des Bourbons qui, peut-�tre, par une volont� secr�te de Dieu, est entra�n�e vers elle avec la fatalit� de l’aimant.�

L’Autriche est en train de sombrer. Il serait prudent pour les nacelles qui ne voudraient pas �tre entra�n�es dans l’ab�me avec elle, de couper le c�ble..

Aussit�t apr�s la mort du roi Ferdinand Il, M. de Hubner, ce vrai fils du prince de Metternich, est accouru saluer le nouveau roi. comme pour l’initier aux myst�res de la diplomatie et lui transmettre �la bonne tradition d’une saine et sage politique.�

L’habile diplomate qui, comme ambassadeur � Paris, a si fortement contribu� � jeter l’empire de son ma�tre dans cette guerre d�j� si d�sastreuse pour l’Autriche, ne peut manquer, comme ambassadeur � Naples, de donner au gouvernement qu’il dit vouloir pr�server les conseils les plus propres � le perdre.

La neutralit� se trouve appuy�e � Naples par la Russie et par l'Angleterre, toutes deux neutres elles-m�mes dans la guerre actuelle. Il est naturel que la Russie t�moigne de la bienveillance au gouvernement napolitain qui s’est refus� � prendre part contre elle � la guerre d’Orient. Mais il est singulier de voir l’Angleterre, qui avait tant injuri� le gouvernement napolitain de ce qu’il ne se joignait point au Pi�mont pour la lointaine exp�dition de Crim�e, tant insister aujourd’hui pour qu’il garde une stricte neutralit� dans la guerre de l’ind�pendance italienne.

L’organe tory, le Morning-H�rald, disait le 24 mai: �L’Italie traverse maintenant une crise dans laquelle le patriotisme et l’habilet� de ses enfants seront mis � une rude �preuve. Il est du devoir du nouveau roi d’observer une stricte neutralit�, et en m�me temps de gagner la confiance de ses sujets, et, par des concessions l�gitimes, de faire dispara�tre le m�contentement, et de rendre l’insurrection impossible. Nous ne voyons pas qu’il puisse esp�rer un avantage s�rieux en s’embarquant dans la guerre; et, s’il n’a rien � y gagner, il a bien certainement beaucoup � perdre � se laisser entra�ner par le tourbillon. Quinze jours apr�s, les Tories sortaient du minist�re et faisaient place aux whigs. Que feront lord Palmerston et lord John Russell? On l’ignore. Quant aux affaires d’Angleterre, je ne puis rien conjecturer; ce n’est pas par la politique que les affaires s’y d�cident; mais par tel ou tel imbroglio int�rieur,� �crivait Napol�on au roi Joseph, le 13 septembre 1806.

Si le roi de Naples croit pouvoir se’ concilier par sa neutralit� l’appui de l’Angleterre, il se pourrait qu’il se tromp�t, et qu’apr�s avoir irrit� la France, il se trouv�t tout seul � l’heure du danger. L’Autriche aussi avait compt� sur l’Angleterre. Et le Times du 23 juin 1859, �crivait: �Nous venons de renverser un cabinet par la seule raison que le ministre des affaires �trang�res �tait soup�onn� d’avoir plus de sympathie pour l’Autriche que pour la Sardaigne.�

Le succ�s a produit son effet habituel. D�j� la presse anglaise qui, il y a peu de jours, �tait si malveillante pour la France, se rit de l’Autriche qu’elle consid�re comme irr�vocablement perdue, et parle de sa restauration en Italie comme d’une id�e ridicule. Le Morning-Post du 28 juin, dans un article qui avait un caract�re officiel, et qui a �t� fort remarqu�, disait: �La France et la Sardaigne ont pris l’engagement de donner la libert� � l’Italie... Aujourd’hui, apr�s une pareille s�rie de victoires, on peut sans pr�somption supposer que les arm�es alli�es r�ussiront dans leur projet... C’est l’Autriche qui en a appel� � l’arbitrage de l’�p�e, et elle doit se soumettre � la fortune de la guerre.� Et il y joignait cette singuli�re consolation: �L’Autriche sera plus forte quand elle aura abandonn� ses possessions italiennes.�.

L’Angleterre, toujours pr�occup�e de retarder autant qu’elle le peut le d�veloppement complet de la nationalit� italienne, et la cr�ation d’une grande marine rivale, conseille aux Deux-Siciles les r�formes int�rieures comme elle‘ les conseillait pour le reste de l’Italie. Mais les int�r�ts de la patrie italienne doivent passer avant tout. Les r�formes sont bonnes, mais la guerre est excellente. C’est le cas de r�p�ter � tous les Italiens: (Vous aurez toujours des mis�res int�rieures � effacer; mais la guerre sainte de l’ind�pendance, vous ne l’aurez pas toujours.�

Il faut se h�ter, car chaque instant qui s’�coule d�vore des milliers de Fran�ais, de Pi�montais, de volontaires italiens dans les plaines de la Lombardie et accumule les mal�dictions sur l’inaction du roi de Naples.

Il ne suffirait point, apr�s une longue et perfide temporisation, que le roi de Naples, pour sauver sa couronne, se d�cid�t � prendre part au dernier moment � la guerre, lorsqu’il serait d�j� trop tard pour en influencer les r�sultats, mais dans la pens�e d’en retirer quelque honneur sans en supporter aucune charge.

On ne tol�rerait plus aujourd’hui le renouvellement de cette manœuvre du roi Ferdinand II, qui se d�clara contre l’Autriche, fit une proclamation patriotique, envoya une arm�e contre les Autrichiens, puis la rappela au moment d�cisif, ce qui eut pour effet de tromper pour un temps les patriotes napolitains par une conversion simul�e, puis de d�courager les Italiens par un subit abandon. Le 7 avril 1848, Ferdinand Il avait dit � son peuple: �Votre roi partage avec vous ce vif int�r�t que la cause italienne excite dans tous les cœurs, et tient par cons�quent � contribuer � son triomphe... D�j� un envoi de troupes a �t� fait par nous par la voie de la mer, et une division est en marche le long de la mer Adriatique pour op�rer de concert avec l’arm�e de l’Italie centrale. Les destin�es de la patrie commune vont �tre d�cid�es dans les plaines de la Lombardie, et chaque prince, chaque peuple de la P�ninsule est dans l'obligation de prendre part � la guerre qui doit en assurer l’ind�pendance, la libert� et la gloire. Quant � nous, bien que des n�cessit�s particuli�res (la  Sicile) soient de nature � paralyser une bonne partie de notre arm�e, nous avons l’intention de contribuer � cette guerre avec toutes nos forces de terre et de mer, avec. nos arsenaux et les tr�sors de la nation. Nos fr�res nous attendent au champ d’honneur, et nous ne ferons pas d�faut partout o� l’on combattra pour le grand int�r�t de la nationalit� italienne. Peuples des Deux-Siciles, serrez-vous autour de votre roi, restons unis pour �tre forts et pour nous faire redouter, et pr�parons-nous � la lutte avec ce calme qui vient de la conscience et du courage. Ayons confiance dans la bravoure de l’arm�e, qui saura, dans cette entreprise magnifique, repr�senter dignement l’�tat le plus consid�rable de la P�ninsule...

Union, abn�gation, fermet�, et l’ind�pendance de notre belle Ialie sera conquise. Que ce soit l� notre unique pens�e, et nul doute que vingt-quatre millions d’ltaliens n’aient bient�t une patrie puissante, une nationalit� respect�e, laquelle p�sera beaucoup plus dans la balance politique du monde.� Le 18 mai, le roi, par d�p�che du ministre secr�taire d’�tat de la guerre et de la marine, prince d’lschitella, rappela l’escadre qui, d�j�, se trouvait � Venise, l’arm�e qui d�j� se trouvait � Bologne et � Ferrare. Une faible partie seulement persiste patriotiquement, malgr� les ordres du roi, � passer le P�, sous le commandement de leur g�n�ral en chef, le brave Guillaume P�p�, s’enferma avec lui dans Venise et racheta, par son courage, le d�shonneur que le roi imprimait aux armes napolitaines.

Ce qu’il faut aujourd’hui, c’est que le roi Fran�ois 11 se mette � la t�te de son arm�e et la conduise lui-m�me dans la haute Italie, au camp franco-italien, tandis que sa flotte ira se joindre � la flotte franco-italienne, dans les eaux de Venise, Sinon, sur quoi compte-t-il pour emp�cher son tr�ne de voler en �clats? Aujourd’hui, � Naples comme en Sicile, tout est subordonn� � la question de l’ind�pendance italienne. Mais si, apr�s ces longs mois d’attente, son peuple, perdant � la fin patience, venait � se soulever, et que Naples et la Sicile se pronon�assent pour la guerre, en acclamant la dictature du roi Victor-Emmanuel, qui donc viendrait pr�ter main-forte � S. M. Fran�ois II, pour l’aider � mitrailler Naples et Messine, puisqu’on ne pourrait l’y aider sans faire acte d’hostilit� contre la France. Il est douteux que, dans les circonstances actuelles, il puisse r�primer l’�lan national, et assur�ment il n’y aurait plus de flottes complaisantes pour assister impassibles � une mitraillade de la capitale, pour laisser vingt mille hommes passer en Sicile et y recommencer un bombardement de Messine.

D�j� l’orage gronde. Est-ce que l’empressement avec lequel on se porte, dans les Deux-Siciles, aux consulats de France et de Sardaigne, pour avoir des nouvelles de la guerre, l’ovation continuelle qu’on fait aux repr�sentants de ces deux puissances, l’ardeur qu’on met � lire les bulletins de l’arm�e d’Italie, les proclamations de l’Empereur et du Roi, qui font battre tous les cœurs, ne sont pas des signes certains? La popularit� qui entoure le ministre de Sardaigne � Naples, et la joie avec laquelle fut salu�e, lors de son passage � Messine, l’escadre fran�aise qui va d�livrer Venise, montrent assez ce que pense et veut le peuple des Deux-Siciles. D�j�, depuis plusieurs ann�es, chacun fait la comparaison de la conduite despotique et �go�ste de la cour de Naples, et de la conduite si lib�rale, si patriotique du cabinet de Turin qui, apr�s s’�tre laborieusement appliqu� � r�parer les d�sastres inflig�s par l’Autriche, releva glorieusement en Crim�e le drapeau national, puis, au Congr�s de Paris, prit en main la d�fense de la cause italienne. On sait appr�cier l’habilet� du ministre comte de Cavour, qui resserra avec la France cette union dont l’Italie recueille les fruits. On admire la fermet� avec laquelle le roi Victor-Emmzinuel s’�lan�a r�solument dans les chances de cette grande lutte, la bravoure qu’il d�ploie en menant ses r�giments au feu, �sans autre ambition que celle d’�tre le premier soldat de l’ind�pendance italienne.�

Quand la guerre a �clat�, beaucoup accusaient en Europe l’ambition de la France. L’Empereur a de suite fait conna�tre ses intentions d�sint�ress�es, en d�clarant qu’il allait en Italie'�non pour la faire changer de ma�tre, mais pour la rendre � elle-m�me.� (Proclamation du 3 mai. )

Et il donna le gage le plus solide de son d�sint�ressement en armant les Italiens, en les associant le plus possible � la d�livrance de leur patrie. Voulant se retirer aussit�t apr�s la campagne, il a d� naturellement d�sirer que l’Italie p�t se d�fendre elle-m�me: et un peuple d�fend d’autant mieux son ind�pendance qu’il a contribu� davantage � la conqu�rir. Aux efforts que n�cessite la guerre actuelle de la part de la France et de la Sardaigne, les Italiens doivent comprendre combien il leur e�t �t� difficile de s’affranchir tout seuls. Par cons�quent ils doivent, aujourd’hui que l’occasion est si propice, ne reculer devant aucun sacrifice pour obtenir cette d�livrance tant d�sir�e, et la consolider dans l’avenir. Il importe beaucoup qu’un grand royaume italien comme les Deux-Siciles, ne reste pas en dehors du mouvement national non-seulement parce qu’il est immoral que, tandis que les Italiens du Nord prodiguent leur sang et leurs biens pour la patrie, les Italiens du Sud ne fassent rien pour elle; mais encore parce qu’il serait dangereux qu’� la paix et apr�s le d�part de l’arm�e fran�aise, il demeur�t � Naples cent mille hommes de troupes fra�ches � la disposition de l’Autriche, soit pour l’aider � recommencer la lutte, soit pour entraver toute libert� en Italie. Les diverses parties de l’Italie ont presque toutes d�j� r�pondu � la pens�e de l’Empereur. Les Deux-Siciles ne peuvent s’abstenir sans danger pour l’avenir de la patrie italienne.

En apprenant comment les Pi�montais ont �t� victorieux � Palestro, comment � Solferino ils ont repouss� le choc des masses autrichiennes, chacun regrette de n’y avoir pas �t� et voudrait partir. Le roi Fran�ois Il n’en donnera-t-il pas le signal?

D�j� partout en Italie, on lit avec enthousiasme cette proclamation si noble que S. M. le roi Victor-Emmanuel vient d’adresser sur le champ de bataille aux troupes italiennes victorieuses.

�Soldats

�En deux mois de guerre, des rives envahies de la Sesia et du P�, vous avez couru, de victoire en victoire. aux rives de Garde et du Mincio. Dans l’itin�raire glorieux que vous avez parcouru en compagnie de notre g�n�reux et puissant alli�, vous avez donn� partout les plus �clatantes preuves de discipline et d’h�ro�sme.

�La nation est fi�re de vous; l’Italie enti�re, qui compte aver orgueil dans vos rangs ses meilleurs enfants, applaudit � votre bravoure; et, de vos exploits, elle tire d‘heureux pr�sages, et la confiance dans ses destin�es � venir. Aujourd‘hui, il y a eu une nouvelle grande victoire. Vous avez encore r�pandu votre sang et triomph� d’un ennemi tr�s nombreux, que prot�geaient les plus fortes positions.

�Dans la journ�e d�sormais c�l�bre de Solferino et de San-Martino. vous avez repouss�, combattant d�s l’aube du jour a la nuit close, pr�c�d�s par vos chefs intr�pides, les assauts r�p�t�s de l’ennemi, et vous l’avez force’ � repasser le Mincio, laissant entre vos mains et sur le champ de bataille des hommes, des armes et des canons. De son c�t�, l‘arm�e fran�aise a obtenu de semblables avantages et une gloire semblable. donnant de nouvelles preuves de cette bravoure incomparable qui, depuis des si�cles, appelle l’admiration du monde entier sur ses h�ro�ques bataillons.

�La victoire a co�t� de graves sacrifices; mais, par ce noble sang, largement vers� pour la plus sainte des causes, l’Europe apprendra que l‘Italie est digne de figurer parmi les nations.

�Soldats! dans les pr�c�dentes batailles, j’ai souvent eu l’occasion de signaler � l’ordre du jour les noms de beaucoup d‘entre vous. Aujourd’hui, je porte � l’ordre du jour l’arm�e tout enti�re.

�Au quartier g�n�ral principal, Rivoltella, le 25 juin 1859.

�VICTOR EMMANUEL�

Est-ce que ces paroles chevaleresques n’exciteront aucune �mulation dans le cœur du jeune roi de Naples? Chaque heure d’abstention mine sa dynastie. La couronne des Deux-Siciles n’est d�j� plus � Naples: elle est dans la haute Italie.

Voudra-t-il aller l’y reprendre? S’il ne le voit pas aujourd’hui, demain il sera trop tard. Demain les peuples ne voudront plus reconna�tre pour roi un prince qui n’aura pas voulu �tre prince italien.

Si le roi de Naples persistait dans une neutralit� anti-nationale, il ne saurait �chapper � la proclamation de la dictature qui, comme l’a dit le Moniteur du 24 juin, �est offerte de tous c�t�s en Italie au roi de Sardaigne et qui, tout en r�unissant les forces communes dans une m�me main, a l’avantage de ne pr�juger en rien les combinaisons de l’avenir.� Il faut, en effet, chasser aujourd’hui les Autrichiens: demain l’Italie sera r�organis�e conform�ment au libre vœu des populations.

Une circonstance favorable se pr�sente-pour le roi de Naples, puisqu’elle lui permet de r�cup�rer en partie le temps perdu. Une suspension d’armes vient d’�tre convenue entre l’empereur des Fran�ais et l’empereur d’Autriche. (Valeggio, 7 juillet). Mais �il ne s’agit que d’une tr�ve entre les arm�es bellig�rantes qui, tout en laissant le champ libre aux n�gociations, ne saurait faire pr�voir, des � pr�sent, la fin de la guerre.� (Moniteur du 8). Apr�s les pertes �normes subies par l’Autriche, c’est une bien grande preuve de mod�ration que donne l’empereur Napol�on en lui accordant quelques jours de repos. Ce sont de ces g�n�reuses imprudences qui s’expliquent parle sentiment de la force irr�sistible que l’on a dans les mains. Un d�lai est donn� � l’Autriche pour qu’elle ouvre les yeux sur ses p�rils, pour que les puissances aient le temps d’exercer sur elle leur pression salutaire, ou, qu’au besoin, les peuples divers qui composent son arm�e puissent comprendre mieux que dans la chaleur du combat, qu’ils se battent pour une cause �trang�re. A une �poque de civilisation comme celle o� nous sommes arriv�s, il est p�nible que chaque progr�s doive �tre achet� par une si grande effusion de sang.

Mais quelque d�sir qu’on ait de voir la raison se substituera la force dans la solution des questions internationales, il est difficile d’imaginer que la paix sorte du pr�sent armistice. Car l’empereur Napol�on s’est engag� � rendre �l’Italie libre jusqu’� l’Adriatique, r et l’orgueil de l’Autriche ne semble pas encore assez abattu pour qu’elle se r�signe sans nouvelle d�faite � cet acte de justice. C’est donc ‘dans ces jours que vont se peser les destin�es du royaume des Deux-Siciles. Tout d�pendra de la sagesse du roi ou de l’�nergie des populations.

9 Juillet‘ 1859.

FIN.





















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