Eleaml - Nuovi Eleatici


�Le roi de Naples a �t� traduit par le Congr�s de Paris � la barre de l'opinion. On l'a bl�m�, jug�, condamn�, sans l'entendre. Comme l'a dit M. Gladstone, le Congr�s s'est arrog� un droit qu'il n'avait pas, et ses membres �taient dans l'impossibilit� de rendre justice � ceux dont ils s'occupaient.

Si Naples a un tort vis-�-vis de l'Europe, ce tort consiste � laisser ignorer sa prosp�rit� int�rieure, les r�sultats de son administration, l'esprit paternel qui pr�side � la r�partition de ses imp�ts, la protection accord�e � son industrie nationale, la cl�mence de son roi envers les coupables qui se montrent dignes de pardon. Le tort de Naples, c'est de laisser toujours et sur tout la parole � ses ennemis, sans jamais s'inqui�ter de les confondre; c'est de leur laisser �garer l'opinion au point d'accr�diter les mille absurdit�s qui circulent sur la situation du royaume et sur c� qui s'y passe.

[...]

En effet, le Times nous a appris, que les presses clandestines fonctionnent avec activit� dans les �tats napolitains et m�me en Toscane; et d'ailleurs des proclamations r�volutionnaires r�pandues dans Naples m�me ne peuvent laisser aucun doute sur les ressources et les moyens d'action dont disposent les conspirateurs.

C'est par l'interm�diaire des citoyens napolitains r�fugi�s � G�nes que passe la correspondance du comit� national de Londres. Les instructions de ses agents portent qu'il convient surtout de travailler l'arm�e, d'�branler sa fid�lit� et de trouver dans ses rangs des adeptes � la r�volution.�

Ogni nostro commento sarebbe superfluo. Molto interessante l'analisi dei dispacci dei diplomatici inglesi.

Zenone di Elea – Dicembre 2013

L'�TAT DE LA QUESTION NAPOLITAINE

D'APR�S LES DOCUMENTS OFFICIELS COMMUNIQU�S 
AUX DEUX CHAMBRES DU PARLEMENT BRITANNIQUE.

PAR JULES GONDON

PARIS. - LONDRES.
AMBROISE BRAY, - CHARLES DOLMAN,
66, Rue des Saints-P�res.- New-Bond street

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L'�TAT DE LA QUESTION NAPOLITAINE D'APR�S PAR JULES GONDON

Au moment o�, apr�s une ann�e de m�sintelligence, l� publication des d�p�ches anglaises vient compl�ter les documents officiels que Ton poss�dait sur le diff�rend napolitain, il peut n'�tre pas inutile d'exposer le v�ritable �tait de la question. Les principales pi�ces du d�bat sont aujourd'hui connues, et, en s'occupant du �d�saccord regrettable 4� qui trouble les bons rapports de la France et de l'Angleterre avec la cour des Deux-Siciles, il est permis d'en saisir le point de d�part, d'en mesurer la port�e et d'en appr�cier les cons�quences. En remontant aux causes premi�res des complications dont l'esprit de parti a pris plaisir d'exag�rer la port�e, on sera moins expos� � faire fausse route dans la voie des conjectures.

Certains organes de l'opinion, en Angleterre, ont reproch� � la France de mettre trop de lenteur �. prendre une d�termination �nergique; ils se sont irrit�s

1 Paroles de S. M. l'Empereur, dans son discours d'ouverture de la session de 1857.

de ce que le gouvernement de l'Empereur se demande, avant d'agir, quel principe r�gle son action, quel en est le but, quelles peuvent en �tre les cons�quences. Ces questions font na�tre cependant d'assez graves consid�rations pour qu'on soit excusable de s'y arr�ter.

On ne reproche au roi de Naples ni d'avoir manqu� � ses engagements, ni d'avoir viol� la foi des trait�s, ni d'avoir commis quelque offense dont on doive demander aux armes la r�paration. Rien dans les torts qu'on lui impute ne saurait l�gitimer une intervention arm�e. Tout le inonde est d'accord l�-dessus.

En principe, l'ing�rence dans les affaires int�rieures d'un �tat ind�pendant est repouss�e par la France et par l'Angleterre comme contraire au droit international; mais alors, puisqu'il ne peut �tre question ni d'une intervention arm�e pour r�parer une injure, ni d'une ing�rence qui n'aurait pas la sanction du droit, de quoi s'agit-il donc?

L'honorable M. Gladstone, dont on invoque sans cesse le t�moignage contr� Naples, s'est pos� cette question quand les actes du Congr�s de Paris ont �t� discut�s par la Chambre des Communes. Les pr�visions �mises au mois de mai 1856 par cet homme d'�tat nous offrent le tableau saisissant de la situation pr�sente.

M. Gladstone ne sera pas soup�onn� de sympathies secr�tes pour le gouvernement napolitain quand, r�pondant par avance � ceux qui invoquent l'autorit� des protocoles pour justifier l'action qu'ils d�sirent voir exercer contre le gouvernement des Deux-Siciles, il disait:

�Quelle est la force, la valeur exacte des vœux consign�s dans les protocoles? Sont-ce des engagements comme ceux du trait�? Certainement non. Peut-on y voir quelque chose qui approche d'un engagement? S'il en est ainsi, jusqu'oit va le rapprochement? S'il n'en est pas ainsi, en quoi ce quelque chose en diff�re-t-il? A ceux qui pensent que les sentiments exprim�s ne participent en rien de la nature d'un engagement, je demande ce que c'est? On me r�pondra peut-�tre que ce sont des documents qui ont une certaine autorit�. Mais alors ceux � qui ils conviennent peuvent les invoquer comme des auxiliaires de leur politique, et ceux � qui ils d�plaisent peu vent les d�pr�cier tout � leur aise. Des discussions sans fin peuvent �tre �lev�es sur leur caract�re. Ils ouvrent le champ aux divergences d'opinions et aux d�bats, et je crains que des documents ainsi rev�tus d'une quasi-autorit�, auxquels personne ne peut donner un caract�re certain, quand chacun peut leur attribuer le caract�re que bon lui semble, je crains, dis-je, que ces documents ne fassent na�tre quelque chose de semblable � de la confusion dans les droits internationaux...

La politique consign�e aux protocoles n'est pas de nature � �claircir l'horizon politique; mais elle tend, au contraire, � y amonceler les orages. N'est-ce pas pr�cis�ment ce qui est arriv�?

Et, cependant, quand M. le comte Walewski a t�moign� le d�sir que les pl�nipotentiaires �changeassent leurs id�es sur diff�rents sujets, c'�tait a afin de pr�venir de nouvelles complications.� Si le ministre fran�ais les a invit�s � exprimer des intentions, c'est toujours et uniquement dans le but d'assurer le repos du monde.�

M. Gladstone n'approuve pas non plus la fa�on dont on a fait arriver des conseils au roi de Naples. �C'est une question bien grave, a-t-il dit dans l� m�me s�ance de la Chambre, et je crois m�me une enti�re innovation dans l'histoire des a congr�s de pacification, que de s'occuper de pareils sujets dans des conf�rences officielles, et de livrer ensuite � la publicit� les r�solutions auxquelles on s'est arr�t�. Quelle est la position des puissances non repr�sent�es dans le Congr�s?

�Quelle position leur fait-on quand leurs affaires, les relations du souverain avec ses sujets, l'�tat de leur l�gislation, sont discut�s en l'absence de leurs repr�sentants, ainsi qu'il est arriv� et cela par des personnes qui se sont r�unies pour des objets tout diff�rents, et qui sont dans l'impossibilit� d'avoir les informations n�cessaires pour rendre justice � ceux dont elles s'occupent?�

�Il est arriv�, en effet, que le roi de Naples s'est offens� de la mani�re dont on lui a fait la le�on, et qu'il a repouss�, au nom de son ind�pendance, des conseils formul�s d'une fa�on qui constituait � ses yeux une ing�rence dans ses affaires. Il para�trait que c'�tait bien un peu cela, et que, dans l'esprit du gouvernement anglais, ces conseils ressemblaient � des ordres, car il a fait depuis un grief au roi de Naples de ne les avoir pas mis imm�diatement � ex�cution. Sir W. Temple a dit formellement, en s'adressant au ministre du roi: �Si malheureusement rien n'�tait fait, il en na�trait des complications tr�s-s�rieuses 1.�

On ne doit pas oublier non plus que ces conseils ont �t� donn�s comme l'expression des vœux du Congr�s. Or, les plus s�rieuses divergences se manifestent, parmi les puissances repr�sent�es dans cette assembl�e, sur la nature des vœux exprim�s et sur les cons�quences que l'Angleterre voudrait en tirer. Comme M. Gladstone l'avait si sagement pr�vu, on ne se trouve d'accord ni sur la port�e des paroles qui ont �t� prononc�es, ni sur la valeur du document o� elles ont �t� consign�es.

1 Voir le d�p�che n� 5.

Est-ce que d'ailleurs les pr�tentions soutenues par lord Clarendon contre le gouvernement napolitain n'ont pas �t� r�fut�es par lord Clarendon lui-m�me parlant � la Chambre des Lords sur la situation de la Pologne? S'il est en Europe un peuple digne de sympathie, c'est assur�ment le peuple polonais;  on conna�t ses souffrances, les pers�cutions qu'il a endur�es, l'affreuse situation qui lui est faite. Pourquoi, a demand� lord Lyndhurst, dans les derniers jours de la session de 1856, pourquoi n'avoir pas, au sein du Congr�s, insist� sur l'opportunit� d'une amnistie large et efficace en faveur des milliers de Polo-nais que la Russie tient �loign�s de leur pays? Lord Clarendon, qui met tant d'insistance pour contraindre le roi de Naples & amnistier quelques centaines d'hommes dangereux, a fait valoir des consid�rations bien autrement sages pour ne pas se m�ler, m�me par voie de conseil, des affaires de la Pologne.

�Le noble lord, a dit le comte de Clarendon, doit faire attention que nia position au sein du cabinet ne me permettrait pas de le suivre dans les observations qu'il a pr�sent�es sur la conduite d'un gouvernement �tranger; et je dois d'autant plus m'en abstenir, que je suis convaincu qu'en lui r�pondant, je nuirais aux Polonais eux-m�mes.

Je puis assurer � mon noble a et savant ami que, profond�ment p�n�tr� de toutes les circonstances qui se rattachent � l'histoire de la Pologne, circonstances qu'il a rappel�es et que la Chambre conna�t parfaitement, les pl�nipotentiaires anglais, conjointement avec l�s pl�nipotentiaires fran�ais, avaient r�solu d'�voquer, apr�s la conclusion d'un trait�, m la question polonaise devant le Congr�s, en m�me temps que d'autres questions d'un int�r�t capital et europ�en.

�Nous avions topt lieu de croire que lei intentions d� l'empereur de Russie envers la Pologne �taient g�n�reuses et bienveillantes. Nous pensions que l'Empereur �tait pr�t � octroyer une amnistie g�n�rale, � restituer � la Pologne certaines institutions nationales, � reconna�tre la religion et la langue du pays, et � placer l'�ducation en Pologne sur un pied lib�rai et plus national. Nous nous imaginions, enfin, que l'empereur de Russie avait l'intention de renoncer au syst�me rigoureux qui a jusqu'ici t pr�valu dans le gouvernement de l� Pologne, et c'est dans cette croyance, dans cet espoir, que nous d�cid�mes de porter la question devant le Congr�s.

Nous pens�mes qu'il serait peut-�tre n�cessaire de chercher au pr�alable � savoir quel serait le r�sultat de cette d�marche de notre part.

�Il nous parut, bien que les pl�nipotentiaires russes pussent nous d�nier le droit d'intervenir dans les mati�res relatives � l'administration int�rieure de l'empire, ou de les interroger l�-dessus, que la politique russe pourrait, sans grands inconv�nients pour elle, annoncer � l'Europe les intentions du gouvernement russe � cet �gard. Mais quand nous v�mes qu'il en serait autrement, que toute d�marche de notre part donnerait probablement lieu � de f�cheuses interpr�tations en Russie, qu'on nous soup�onnait de vouloir intervenir dans les actes de cl�mence que l'empereur de Russie a droit d'exercer, et qui eussent perdu de leur m�rite si on les avait cru accord�s � l'instigation des puissances avec lesquelles la Russie avait �t� en guerre; quand nous v�mes aussi que nos repr�sentations, si elles �taient faites, seraient pr�judiciables � la Pologne, au lieu de lui �tre utiles,  les pl�nipotentiaires fran�ais et anglais renonc�rent � leur d�termination, et ne dirent pas un �mot de la Pologne.

�Ce n'est pas que nous fussions indiff�rents � son sort; mais c'est que nous pensions qu'il �tait a de l'int�r�t de la Pologne que nous gardassions le silence.

Certainement, lorsque nous entr�mes a en guerre, moi, pour ma part, je voulais voir r�aliser ces intentions � l'�gard de la Pologne, t et j'ai partag� le d�sappointement que tout le monde a �prouv� � la publication d'une amnistie, d'un acte r�duit � de si minces proportions. J'ai peine � comprendre ce qui a motiv� de semblables restrictions, car je sais que le �simple bruit d'une amnistie r�elle et g�n�rale �fut accueilli avec le plus grand enthousiasme �� Varsovie, et avec des d�monstrations d'all�gresse qui doivent avoir infiniment plu � l'Empereur.

�Je suis convaincu qu'une amnistie g�n�rale �et compl�te e�t eu l'effet de provoquer dans les sujets polonais de l'Empereur des sentiments de reconnaissance et de d�vouement, au lieu de les laisser continuer d'�tre pour lui, comme ils l'ont �t� depuis, si longtemps, une source d'embarras et d'inqui�tude. Oui, je crois m fermement que cette manifestation de sentiments � Varsovie doit avoir �t� tr�s-agr�able � l'Empereur.

�En effet, si je connais bien son caract�re, il est plein de sollicitude pour les souffrances de ses peuples, il ne veut que leur bonheur et leur prosp�rit�; il sent vivement toute la responsabilit� qui s'attache au gouvernement d'un empire aussi vaste que celui qui est compl�tement soumis � sa volont�.

Je ne puis donc croire, Milord, si nous ne nous trompons pas dans cette appr�ciation du caract�re a de l'Empereur, que la Pologne n'ait pas quel�chose de plus � esp�rer que cette amnistie sur a laquelle notre attention a �t� appel�e. Mais si m l'Empereur veut faire quelque chose pour lu Pologne, il faut que l'acte soit spontan�, et la Pologne, � mon avis, ne recueillera aucun avantage, soit d'une discussion parlementaire, soit f de l'expression d'une opinion individuelle.�

Mais si tout acte de cl�mence doit �tre spontan� pour avoir quelque m�rite aux yeux de ceux au profit de qui il s'exerce, pourquoi voudrait-on priver le roi de Naples de ce m�rite? Est-ce que les principes proclam�s par lord Clarendon dans ce discours ont r�gl� la conduite du gouvernement anglais envers le souverain des Deux-Siciles? Ces principes sont absolus, et tous l�s gouvernements sont int�ress�s � repousser l'exception que l'Angleterre cherche � faire admettre d�s que Naples se trouve en cause.

On motive d'ailleurs cette exception par des raisons fort vagues et qui pourraient �tre oppos�es � tout gouvernement. Qu'entend-on par une �situation qui menace la tranquillit� de l'Italie?� Ne pourrait-on pas objecter �galement � la Russie que la situation de la Pologne met en danger le repos du pays et celui des �tats voisins?

Pourquoi ne se coaliserait-on pas demain contre l'Autriche, sous pr�texte que la situation de la Lombardie et de la Hongrie menace la s�curit� de l'Europe, et que les �tats voisins, int�ress�s au maintien de Tordre, ont le droit de s'ing�rer dans son administration int�rieure afin de pr�venir une catastrophe? On pourrait invoquer le m�me argument contre la Prusse. Mais jusqu'� pr�sent, le droit public des nations, pas plus que le droit priv�, n'a admis l'action pr�ventive.

La raison tir�e de t l'int�r�t de l'humanit� outrag�e� n'est pas plus admissible que la premi�re. Tous les reproches adress�s sur ce chef au gouvernement napolitain, se r�duisent � bien peu de chose. Il a �t� fait � ce sujet beaucoup de bruit par les journaux r�volutionnaires. On a grossi, exag�r� des abus qui se retrouvent plus ou moins partout. On irait fort loin si l'on parvenait � faire admettre de pareilles exceptions au principe absolu de non-intervention.

Je ne me propose pas d'entrer dans Le d�tail des reproches adress�s au gouvernement de Naples, Chacun sait que depuis 1850 on a r�pandu contre lui beaucoup d'assertions mensong�res ou exag�r�es, cl qu'� force de les r�p�ter on a r�ussi � les faire p�n�trer dans l'opinion. Les id�es fausses, ainsi propag�es, semblent avoir en leur influence dans le monde officiel; mais elles n'ont pas �t� justifi�es.

Le roi de Naples a �t� traduit par le Congr�s de Paris � la barre de l'opinion. On l'a bl�m�, jug�, condamn�, sans l'entendre. Comme l'a dit M. Gladstone, le Congr�s s'est arrog� un droit qu'il n'avait pas, et ses membres �taient dans l'impossibilit� de rendre justice � ceux dont ils s'occupaient.

Si Naples a un tort vis-�-vis de l'Europe, ce tort consiste � laisser ignorer sa prosp�rit� int�rieure, les r�sultats de son administration, l'esprit paternel qui pr�side � la r�partition de ses imp�ts, la protection accord�e � son industrie nationale, la cl�mence de son roi envers les coupables qui se montrent dignes de pardon. Le tort de Naples, c'est de laisser toujours et sur tout la parole � ses ennemis, sans jamais s'inqui�ter de les confondre; c'est de leur laisser �garer l'opinion au point d'accr�diter les mille absurdit�s qui circulent sur la situation du royaume et sur c� qui s'y passe. Le tort de Naples, c'est de laisser dire et de laisser croire que ses populations sont m�contentes, que le pays compte autant d'agitateurs que d'habitants, quand, au contraire, les m�contents qui sp�culent sur le d�sordre ne forment qu'une minorit� imperceptible. Je ne pr�tends pas qu'un gouvernement doive se -tenir pour justiciable de l'opinion au point de subir le joug de ceux qui pr�tendent en �tre les interpr�tes, mais, dans aucun temps, il n'a �t� permis � aucun gouvernement de n�gliger le soin de sa r�putation.

Il se doit � lui-m�me, il doit � son peuple de ne pas laisser s'accr�diter les calomnies r�pandues contre lui. Ce devoir est de nos jours plus imp�rieux que jamais, et un gouvernement peut le remplir sans porter atteinte � l'autorit�, sans nuire au prestige qui doit entourer le pouvoir souverain. La publicit� est devenue une arme terrible aux mains des m�chants; c'est une obligation stricte pour ceux qui le peuvent, et les d�positaires de la puissance publique le peuvent plus et mieux que personne, de leur en disputer les avantages, et d'employer pour faire le bien les moyens dont ils se servent pour faire le mal. Le gouvernement de Naples e�t pu faire tourner � son avantage la force qui a �t� depuis si longtemps exploit�e contre lui avec tant de perfidie. S'il en e�t �t� ainsi, l'opinion de l'Europe lui serait probablement aujourd'hui moins d�favorable, et ses adversaires n'auraient pas pour eux l'avantage du pr�jug�.

Il est impossible, en effet, de jeter un coup d'œil r�trospectif sur le r�gne du roi Ferdinand sans �tre frapp� du contraste que pr�sentent les pr�occupations diplomatiques de 1856 avec celles de 1830 et 1831.

A cette �poque, lorsque le jeune souverain venait de monter sur le tr�ne, toutes les cours de l'Europe �taient alarm�es de ce qu'on appelait le lib�ralisme de Ferdinand II. Le cabinet des Tuileries et les cabinets du nord de l'Europe �taient s�rieusement pr�occup�s des mesures que venait d� prendre le roi de Naples. On en paraissait effray�, et toute la diplomatie fut mise en campagne peur foire entendre � Sa Majest� sicilienne des conseils qui contrastent d'une mani�re singuli�re avec ceux qu'elle re�oit en 1856.

Ces conseils furent accueillis avec courtoisie 5 mais le jeune souverain n'en pers�v�ra pas moins dans la voie qu'il avait choisie. Il accorda des amnisties; il releva de leur disgr�ce des hommes qui, comme Filangieri et Ischitella, ont �t� appel�s depuis aux plus hautes fonctions de l’�tat et ont �t� combl�s d'honneur. Ces actes et d'autres semblables redoubl�rent les inqui�tudes � ce point que Ferdinand II dut envoyer un charg� d'affaires extraordinaire aupr�s du vieux roi de Prusse pour le rassurer sur sa politique; et ce fut gr�ce aux bons offices de la cour de Berlin que l'Autriche, la Russie, et la France elle-m�me furent tranquillis�es.

Qui e�t dit � cette �poque, � Ferdinand II qu'apr�s vingt-six ans de r�gne, lorsqu'il serait bien pr�s de devenir le doyen des souverains, la diplomatie europ�enne s'occuperait de nouveau

de ses actes pour lui donneras conseils sur la mani�r� d� gouverner ses �tats, et pour l'engager � adopter une politique plus lib�rale!

La conduite du roi en 1848 ne d�mentit pas ces pr�c�dents. On sait comment il octroya une constitution et comment les d�sordres qui suivirent le contraignirent de l'abolir. C'est l� un des griefs de l'Angleterre. Est-il permis de remarquer cependant que les constitutions apport�es aux diff�rentes nations de l'Europe par le flot r�volutionnaire de 1848, ont disparu partout � mesure que le flot les a entra�n�es dans sa retraite? Pourquoi voudrait-on que le royaume de Naples e�t conserv� ce que tant d'autres nations ont rejet� comme lui? � Naples, ainsi que nous l'avons vu dans d'autres pays, ce sont les r�volutionnaires qui ont d�truit eux-m�mes leur œuvre; et si l'on examine froidement les actes du gouvernement napolitain � cette �poque, on �le trouve pas qu'il ait l�ch� la bride � la r�action.

La Sicile avait cependant d�clar� la d�ch�ance de son roi; elle avait organis� un gouvernement ind�pendant et avait offert la couronne � un prince �tranger. Le nombre de ceux qui avaient tremp� dans cette r�volution �tait consid�rable. Le roi, apr�s avoir r�tabli son autorit�, n'en a pas moins accord� une amnistie g�n�rale dont quarante-trois personnes seulement ont �t� except�es, et encore, depuis cette �poque, plusieurs d'entre elles ont eu individuellement leur gr�ce.

Quel gouvernement e�t agi avec plus de cl�mence? On conseillait au roi de montrer, de la rigueur, mais Ferdinand pr�f�ra ramener ses sujets siciliens en leur pardonnant leurs fautes.

Dans les �tats napolitains proprement dits, la politique suivie envers les r�volutionnaires qui avaient pris part aux �v�nements de 1848 a �t� tout aussi paternelle; et ce n'est pas sans surprise que certaines personnes apprennent que le souverain � qui on ne cesse de recommander la cl�mence comme une vertu �trang�re � ses habitudes et � son caract�re, a amnisti�, de 1849 � la fin de l'ann�e 1856, pr�s de 3,000 condamn�s politiques.

Bien que l'on ait pu dire, soutenir et accr�diter le contraire, les statistiques judiciaires permettent de pr�ciser les faits. De 1849 au 31 d�cembre 1856, le roi a accord� les gr�ces suivantes: En 1849, 11; en 1850, 1, 987; en 1851, 296; en 1852, 188; en. 1853, 119; en 1854, 6; en 1855, 8; en 1856, 71; c'est-�-dire 2, 686 individus auxquels a �t� accord�e remise enti�re des diff�rentes peines auxquelles ils avaient �t� condamn�s pour crimes politiques.

De 1850 � 1856, le roi a accord�, en outre, 317 commutations de peine; en 1850, 20; en 1851, 30; en 1852, 79; en 1853, 100; en 1854, 45; en 1855, 24; en 1856, 29.

Dans le m�me laps de temps, Sa Majest� sicilienne a manifest� sa cl�mence envers 357 condamn�s qui ont obtenu une r�duction de peine; en 1850, 69; en 1851, 47; en 1852, 144; en 1853, 60; en 1854, 21; en 1855, 13; en 1856, 3.

De 1850 � 1856, le roi Ferdinand a donn� � 49 exil�s l'autorisation de rentrer dans leurs foyers. Il n'est pas question, dans ce nombre, des exil�s siciliens rentr�s dans leur pays � la suite de l'amnistie g�n�rale accord�e � la Sicile.

Ind�pendamment des condamn�s, un tr�s-grand nombre de personnes, plus ou moins compromises dans les �v�nements de 1848 et 1849, ont �t� l'objet de la cl�mence du roi, qui a ordonn� de suspendre � leur �gard toutes poursuites judiciaires; ce nombre s'�l�ve � 12,723 de 1850 � la fin de 1856. Il n'est pas d'ann�e o� les men�es r�volutionnaires n'aient �gar� un certain nombre de personnes. Au lieu de les arr�ter et de les traduire en justice, on s'est content� tr�s-souvent de les avertir paternellement du danger auquel elles s'exposaient. Ces avertissements ont suffi g�n�ralement pour les d�tourner des voies o� les ennemis de l'ordre cherchaient � les entra�ner. C'est ainsi qu'� la suite des �v�nements de 1848 et des agitations de 1849, en 1850, par exemple, 5, 875 des individus, compris dans les 12,723 mentionn�s plus haut, ont �t� successivement mis hors de cause par acte de la volont� royale.

Depuis le 1er janvier 1857, Ferdinand II a accord� de nouvelles gr&ces, qui devront �tre ajout�es � la liste de celles faites en si grand nombre depuis 1849.

Il n'y aurait aucun int�r�t � donner ici les noms d'obscurs condamn�s politiques; mais, parmi les graci�s les plus r�cents, il en est deux qui m�ritent une mention sp�ciale; ce sont la duchesse de Gualtieri et le duc de Serra di Falco, grand seigneur de Sicile, auteur d'un ouvrage remarquable sur les antiquit�s de sa patrie, et membre correspondant de l'Institut de France. Le duc de Serra di Falco, on se le rappelle, prit part � la r�volution de 1848. Il fut appel� � la pr�sidence de la Chambre des pairs de Sicile, et c'est en cette qualit� qu'il fut envoy� � Turin comme membre de la d�putation charg�e d'offrir la couronne du royaume de Sicile au duc de G�nes. Il �tait sur la liste des quarante-trois personnes qui, en 1848, furent exclues de l'amnistie g�n�rale accord�e aux Siciliens. Son nom �tait appos� au fameux d�cret qui portait la d�ch�ance -de Ferdinand de Bourbon et de sa dynastie.

On voit donc que le roi, loin de repousser ce qu'on lui conseille, l'a toujours mis en pratique; mais il tient seulement � se r�server l'appr�ciation de l'opportunit� quand il s'agit d'exercer sa cl�mence.

Ces actes, qui dans tous les autres pays seraient publi�s par les journaux officiels, demeurent � Naples, comme en Europe, presque enti�rement ignor�s du public, le roi professant une r�pugnance insurmontable � laisser annoncer ses bienfaits par la presse.

Apr�s les gr�ces si multipli�es dont je viens de faire l'�num�ration, le nombre total des prisonniers politiques et des exil�s, ne s'�levait plus, au 1er janvier 1857, pour tout le royaume, qu'au chiffre de 648, savoir:480 aux pr�sides, 34 aux gal�res pour faits plus graves, 100 intern�s sur des points d�termin�s du royaume, 25 condamn�s � l'exil perp�tuel, et 9 � l'exil temporaire. 11 reste, en outre, 47 personnes condamn�es correctionnellement � de courts emprisonnements pour des d�lits tels que mise en circulation d'�crits s�ditieux et autres du m�me genre.

Il importe aussi de prendre en consid�ration que le sort de ces condamn�s, hommes pervertis qu'on ne saurait mettre en libert� sans danger pour le repos public, a �t� adouci par tous les m�nagements qu'il a �t� possible d'introduire dans le r�gime auquel ils sont soumis. C'est encore � leur profit, c'est afin de leur rendre la seule libert� qu'on puisse leur donner, que le roi, ob�issant � ses sentiments, a conclu avec la R�publique Argentine un trait� qui permettra d'op�rer leur transportation.

Ce trait� est un chef-d'œuvre de pr�voyance, et il restera comme un �loquent t�moignage de la cl�mence et de la g�n�rosit� du roi Ferdinand. Les transport�s retrouveront au lieu de leur destination un ciel et un climat qui ne laisseront rien � envier � la m�re-patrie, et ils y seront re�us non comme des repris de justice, mais en qualit� de colons libres. Il n'est pas question en effet, de leur faire subir un r�gime p�nitentiaire; mais de les placer dans des conditions qui feraient envie � la plupart des �migrants que l'esprit d'entreprise �loigne chaque jour des contr�es de l'Europe 1. Lord Clarendon, ministre des affaires �trang�res d'Angleterre, n'a pu s'emp�cher d'applaudir � cette mesure. Le Morning-Post s'en est f�licit� comme d'une premi�re satisfaction donn�e aux r�clamations des puissances occidentales, et le Times y a vu le gage d'un meilleur avenir. Bref, les gr�ces accord�es, le petit nombre de prisonniers politiques, et le trait� sign� avec la R�publique Argentine, r�pondent victorieusement � tous les reproches adress�s au roi de Naples au nom de l'humanit�.

Si je jette maintenant un coup d'œil sur l'administration int�rieure du royaume, j'ai de la peine � d�couvrir les vices qui font pousser des clameurs devenues si g�n�rales.

1 Voir (Appendice n� 1) le texte de cette convention. On est g�n�ralement d'accord � consid�rer comme une v�ritable amnistie les conditions faites aux d�tenus. Quant � la cat�gorie des �migr�s, il leur suffit d'en faire la demanda pour obtenir leur gr�ce.

Les finances de l'�tat sont dans une situation prosp�re, qui, depuis 1830, est all�e s'am�liorant d'une mani�re progressive.

Le gouvernement de Naples est un des rares gouvernements qui, apr�s 1849, n'ait pas eu recours aux emprunts. La dette nationale est minime; elle est en grande partie aux mains de ses propres sujets, et les fonds napolitains sont recherch�s des �trangers, quoiqu'ils ne soient pas n�gociables hors du royaume. Malgr� les graves complications politiques et les �v�nements de ces derniers mois, la Bourse varie peu et le 5 p.  %  se soutient de 108 � � 109 �. Cette �l�vation de la rente ne saurait cependant �tre attribu�e � l'agiotage, car toutes les sp�culations fictives et illusoires sont interdites depuis 1842.

Si les amateurs de statistiques nous donnaient les bases de la r�partition de l'imp�t chez les diverses nations, ils auraient � constater que le sujet napolitain est de tous les peuples de l'Europe celui qui paye les imp�ts les plus faibles. Et cependant les revenus publics vont croissant. Les ressources du budget suffisent � toutes les charges de l'�tat, � l'entretien d'une arm�e de cent mille hommes, � des armements devenus consid�rables, � des travaux d'utilit� publique et d'embellissements qui se sont �lev�s jusqu'� 10 millions par an.

Le budget des recettes annuelles est, pour les domaines continentaux du royaume, de 27,662,342 ducats (le ducat vaut 4 fr. 25 c.), provenant, � savoir: Ie de divers revenus de l'�tat, 11,750,409 ducats, et des imp�ts ordinaires, 15,911,933 ducats.

Les imp�ts se divisent en

Contributions fonci�res8,091,933  ducats.
Douanes et droits d'octrois6,620,000
Enregistrement et timbre1,200,000
15,911,933  ducats.
Or, la population des �tats continentaux �tant de sept millions d'habitants, la proportion � �tablir donne, en moyenne, 2 ducats 28 g. par habitant, c'est-�-dire une somme qui correspond � 9 fr. 75 c.

Le budget des �tats napolitains est le plus restreint de l'Europe, eu �gard au chiffre de la population et surtout de la richesse nationale du royaume, car, avec une population double il �quilibre; � peine le budget des �tats sardes qui s'est �lev�, depuis 1848, de 70 � 142 millions de francs.

Le roi Ferdinand s'est particuli�rement attach� � favoriser et � prot�ger l'industrie et le commerce.

1 La population du royaume des Deux-Siciles a subi depuis quinze

De nombreux trait�s avec la plupart des puissances de l'Europe ont d�velopp� la marine marchande dans des proportions importantes. Ainsi, en 1818, le nombre des navires de commerce n'�tait, dans la partie continentale du royaume, que de 3,587; ce nombre s'est successivement �lev�, en 1830, � 4,918; en 1840, � 6,803; en 1850, � 7,669; en 1855, � 8,874, donnant ensemble 207,805 tonneaux.

D'apr�s les donn�es statistiques les plus r�centes, les diverses branches de l'industrie ont suivi, comme la marine marchande, un d�veloppement rapide. Les �tablissements industriels sont � peu pr�s affranchis d'imp�ts, et c'est gr�ce � la franchise dont ils jouissent que l'on voit s'�lever un si grand nombre de chantiers, de fonderies, de fabriques de tissus, de produits chimiques, etc., etc. Les industries se perfectionnent au point que les Napolitains se suffisent � peu pr�s � eux-m�mes; ils se passent de l'�tranger, et ce n'est pas le moindre grief de l'Angleterre.

ans un accroissement rapide. Voici le tableau statistique de l'accroissement de la population � trois �poques diff�rentes:

1815.1888.1855.
Terre ferme. 5,323,000hab.5,858,000hab.6,843,000 hab.
Sicile 1,714,0002,208,0001,893,000
7,087,0007,751,0000,051,000

Naples, qui ne comptait, en 1833, que 358,994 habitants, en compte aujourd'hui 420,000.

La protection accord�e � l'agriculture, fait affluer les capitaux n�cessaires � son d�veloppement. Les produits sont abondants et les denr�es alimentaires � un tas prix, qui, en ce moment, devrait faire l'admiration de l'Europe et exciter son envie 1. La seule plainte que fassent entendre les Napolitains en ce qui touche la propri�t�, c'est qu'elle va chaque jour se divisant, par suite des dispositions du code civil fran�ais qui sont rest�es en vigueur. Le mal n'a pas encore atteint dans les �tats de Naples, comme ailleurs, des proportions alarmantes. Les droits de succession y sont � peu pr�s nuls, la transmission des h�ritages n'�tant grev� que d'un droit fixe de 8 carlins, c'est-�-dire de 3 fr. 60 c. Mais est-ce que par hasard l'Angleterre ferait entrer dans le programme des r�formes d�sir�es de la part du roi de Naples, la modification du code civil en ce qui touche l'�galit� de partage entre les enfants?

On conviendra, en tenant compte de l'ensemble de ces faits, qu'une nation qui voit prosp�rer tout ensemble le commerce, l'industrie, la haute finance et la propri�t�, qui se suffit � elle-m�me, sans nouvelles charges publiques et sans emprunt,

1 J'ai eu sous les yeux un tableau du prix courant des denr�es alimentaires et objets de consommation. Or, ces prix �tablissent de la mani�re la plus irr�cusable que le gouvernement de Naples, quelles que puissent �tre ses imperfections, a r�alis� pour les populations du royaume le probl�me de la vie � bon march�.

n'est pas tellement malade qu'on ait besoin de recourir � des consultations extraordinaires et � des rem�des inaccoutum�s pour lui sauver la vie et pourvoir � sa s�curit�. L'ensemble de cette situation explique l'impuissance des efforts faits du dehors et au dedans pour troubler la paix publique. Le peuple napolitain a appris par les le�ons de l'exp�rience que les r�volutions co�tent cher, et qu'on ne se remet que lentement et p�niblement des souffrances qu'elles imposent. Si les populations du royaume de Naples se montrent indiff�rentes aux provocations r�volutionnaires, si elles sont si d�fiantes des merveilles que l'Angleterre leur fait entrevoir travers le prisme du r�gime constitutionnel, c'est qu'elles craignent de changer une situation qui les satisfait, un bien-�tre mat�riel qui ne leur laisse rien � d�sirer, pour un avenir plein d'incertitudes qui pourraient n'�tre que des d�ceptions.

Cet �tat de choses peut d�ranger les calculs et ne pas s'accorder avec les pr�visions de la politique anglaise, telle que nous la montrent les d�p�ches de sir W. Temple et de. M. Petre, et il n'y a pas � s'�tonner beaucoup si, apr�s le d�part des l�gations, les journaux de Londres se montraient m�contents d'une situation qui aurait d� cependant ne soulever aucune plainte:

�Oui, disaient-ils, en ce qui concerne la position de nos nationaux, nous n'avons ni � nous plaindre, ni rien � d�sirer 1 mais le roi de Naples ne fait pas pour ses peuples ce qu'il devrait et ce qu'on lui demande. Tout, quant aux affaires int�rieures du pays, reste dans le m�me �tat que parle pass�. L'obstination avec laquelle le roi refuse d'entrer dans une nouvelle voie, est une injure permanente � l'adresse de l'Angleterre.�

Il serait cependant juste de reconna�tre que, m�me depuis la rupture des relations diplomatiques, il a �t� pris � Naples des d�terminations tr�s-sages qui semblent aller au-devant des d�sirs les plus l�gitimes.

Est-ce que les feuilles qui ont pouss� tant de clameurs contre la police napolitaine, qui signalent avec tant d'empressement ses moindres m�faits, n'ont rien appris de la r�forme radicale qu'un d�cret royal, publi� dans le Journal officiel des Deux-Siciles, a introduit dans l'organisation de ce corps? Une mesure depuis long-temps m�dit�e a �t� prise pour corriger les vices et les abus qui existaient dans la police et en pr�venir le retour.

1 Le correspondant du Daily-News �crivait de Naples apr�s le d�part des-l�gations de France et d'Angleterre: �Rien ne saurait surpasser l'attention dont on entoure les �trangers ni le soin avec lequel on a veille � leur s�curit�.� Les lettres du Times tenaient absolument le m�me langage: �Les �trangers sont trait�s avec la plus grande courtoisie, la plus grande bont�, et se trouvent tout aussi en s�ret� � Naples qu'� Londres.�

Le d�cret royal porte, article 5: �Il sera fait a un choix consciencieux et rigoureux sur tout le personnel existant, soit � Naples, soit dans les trois districts de la province. Ceux qui, � raison de leur conduite et de leur sant�, seront jug�s bons, seront conserv�s. Ceux qui ne seront pas trouv�s aptes, et dont la dur�e du service sera expir�e, seront mis � la retraite... �.

L'article 6 dit que le corps qui compose les gardes de police extraordinaires sera soumis � la m�me �puration. �Les gardes actuels subiront �galement un rigoureux examen. On ne conservera que les a seuls sujets convenables, que l'on classera par ordre d'anciennet�.�

L'article 7 porte: �Les autres gardes que l'on jugera devoir appeler au service, comme gardes extraordinaires, seront choisis dor�navant parmi les militaires ayant re�u leur cong� avec un certificat de bonne conduite.�

Ce d�cret, fort �tendu, entre dans tous les d�tails de cette r�organisation, qui parait devoir r�pondre aux vues pleines de sagesse que s'est propos�es le l�gislateur. Cette r�forme rappelle celle qui s'est faite en Sicile en 1849. A cette �poque, la police de l'Ile, confi�e aux soins du capitaine Maneschalchi, homme intelligent, ferme et int�gre, fut compl�tement r�organis�e. Tout le personnel en fut chang� en peu de temps. Les anciens sbires furent remplac�s par des soldats choisis, les commissaires pris dans une meilleure classe, la solde augment�e, etc., etc.

Le nouveau directeur de la police sut, par une organisation militaire, donner � cette institution un aspect respectable. Les ennemis les plus ardents du gouvernement ont �t� oblig�s de rendre justice au capitaine Maneschalchi. Le r�sultat de cette r�forme a �t� admirable. On ne trouve nulle part une meilleure police qu'en Sicile. Les tentatives d'agitation politique y obtiennent peu de succ�s, et les voyageurs parcourent l'�le dans ses parties les plus d�sertes, malgr� la difficult� des communications, sans que ni leur personne, ni leur bourse soient expos�es au moindre danger.

L'exp�rience faite en Sicile avait depuis longtemps inspir� le projet de r�aliser la m�me r�forme � Naples. Les complications survenues ont seules retard� l'ex�cution r�alis�e par le d�cret du 25 octobre 1856. La police napolitaine ne tardera donc pas � �tre au niveau de celle de la Sicile. Cette r�forme a assez d'importance pour ne pas passer inaper�ue. Si j'en parle avec quelques d�tails, c'est � cause des plaintes fond�es o� exag�r�es auxquelles la police a donn� lieu avant cette am�lioration.

Mais, pour rendre pleine justice au gouvernement napolitain, il faut tenir compte d'autres mesures salutaires qui se multiplient dans toutes les branches de l'administration.

Le journal officiel publie presque journellement, depuis quatre ou cinq mois, des d�crets qui se rattachent � des entreprises d'utilit� publique. Une �cole des arts et m�tiers est install�e � l'instar de nos grands �tablissements fran�ais; une soci�t� agricole et industrielle est fond�e, sur les plus larges bases et dans les meilleures conditions, pour conqu�rir � la culture les terrains nombreux et �tendus que des circonstances diverses ont jusqu'ici maintenus dans un �tat voisin de la st�rilit�, et pour introduire dans l'agriculture et dans l'industrie les am�liorations et les d�veloppements jug�s avantageux; la question de franchise pour le port de Naples et pour l'un des ports de l'Adriatique, est s�rieusement �tudi�e, en m�me temps qu'un chemin de fer, d�j� conc�d� et commenc�, va relier entre eux ces deux ports, et joindre la M�diterran�e � l'Adriatique; le 1er d�cembre 1856 on a ouvert les travaux destin�s � prolonger le chemin de fer de Naples � Capoue jusqu'� Ceprano, fronti�re des �tats pontificaux, et comme, de son c�t�, le gouvernement pontifical a conc�d� la prolongation du chemin de Rome � Frascati jusqu'� celle m�me ville de Ceprano, il est permis d'entrevoir, pour une �poque prochaine, la jonction par la voie de fer entre les deux capitales de l'Italie m�ridionale et la mise en communication rapide de Naples avec le nord de l'Italie et le reste de l'Europe.

Il a �t� introduit aussi de grandes am�liorations dans le r�gime p�nitentiaire, en vue de moraliser les condamn�s et d'adoucir leur sort durant leur captivit� et apr�s leur lib�ration.

Les r�formes d�sirables, qui n'ont pas encore �t� op�r�es dans les diverses branches de l'administration, sont l'objet d'�tudes s�rieuses et actives. Deux commissions, compos�es des premiers magistrats du royaume sont charg�es, l'une, de parcourir les provinces continentales, l'autre, la Sicile, afin de s'enqu�rir de toutes les am�liorations dont le syst�me judiciaire serait susceptible. Une autre commission sp�ciale est charg�e d'�laborer un projet de r�forme postale destin� a faciliter les relations au dedans et au dehors.

Comme on le voit, la Sicile n'est pas oubli�e. L'�lectricit� mettra bient�t en communication directe les deux capitales, et la circulation int�rieure de l'Ile sera facilit�e par l'ex�cution d'un r�seau de routes ordinaires qui s'�tendra sur toute la surface de l'Ile. Ce projet, qui occupe toute la sollicitude du Roi, a d�j� re�u un commencement d'ex�cution.

Dans sa vigilance pour la prosp�rit� du commerce, Sa Majest� a aussi ordonn� de r�unir, dans le plus bref d�lai, les renseignements les plus complets pour la r�vision des tarifs, et pour une meilleure organisation des douanes.

Le Roi a encore prescrit de faire des �tudes pr�paratoires pour une r�organisation de l'administration de l'enregistrement et du timbre. Le timbre est r�duit � Naples au tiers environ du droit de France, et il s'agirait de l'all�ger encore, en ce qui concerne les papiers de commerce.

Je ne pr�tends pas donner r�mun�ration compl�te des r�formes et am�liorations qui ont �t� r�alis�es ou qui font l'objet d'�tudes pr�paratoires � leur mise � ex�cution. Je puis en oublier quelques-unes; mais je crois cependant avoir indiqu� les plus importantes. Trouve-t-on dans tout ce qui a �t� dit contre Naples un seul mot, un seul fait qui contredise les renseignements que je viens de donner ou qui permette de les r�voquer en doute? Si le syst�me de gouvernement en vigueur & Naples doit �tre jug� par les fruits qu'il a produits, je me demande s�rieusement en quoi pourrait consister la voie nouvelle dans laquelle l'Angleterre se plaint si am�rement de ne pas le voir entrer?

Ces plaintes, ces clameurs incessantes, les d�p�ches anglaises elles-m�mes le constatent, ont eu une influence d�plorable dans les �tats napolitains, et lord Derby est all� jusqu'� insinuer que l'intervention de l'Angleterre n'est pas � l'abri de toute responsabilit� dans l'odieuse tentative d'assassinat du 8 d�cembre 1856 et la mis�rable insurrection de Sicile.

Il ne m'appartient pas de d�terminer la liaison de ces �v�nements, mais il m'est permis de constater qu'ils ont l'un et l'autre servi � justifier la mani�re dont j'appr�cie la situation int�rieure du royaume.

Pour les hommes politiques, un enseignement ressort de l'odieux attentat commis contre la personne du Roi; c'est que les ennemis de l'auguste monarque ne sortent pas des rangs du peuple que l'on suppose avoir � se plaindre de son gouvernement. S'il est dans le royaume des Deux-Siciles une classe qui doive �tre et qui soit satisfaite et reconnaissante, c'est sans contredit l'arm�e, qui a �t� de tout temps de la part du Roi l'objet d'une pr�dilection marqu�e. Si l'assassin �tait sorti de toute autre classe de la soci�t�, on e�t dit que le m�contentement, que l'exasp�ration avait arm� la main r�gicide; mais l'arm�e napolitaine n'a aucun grief � articuler; elle n'a � venger aucun des torts imaginaires dont on pr�tend que d'autres citoyens ont � souffrir. Il ressort de l� que l'auteur du crime n'a �t� et n'a pu �tre que l'instrument de la r�volution. Il a cherch� � accomplir l'œuvre que poursuit le comit� de Londres et que Mazzini a pr�ch�e dans un manifeste a l'arm�e napolitaine.

Il faut bien que l'arm�e ait �t� insensible aux provocations anarchiques et qu'elle les ait repouss�es, pour que le parti r�volutionnaire ait eu recours � la d�termination d�sesp�r�e mise en œuvre par l'attentat. Si le Roi ne pouvait pas compter sur la fid�lit� de ses troupes, la r�volution ne chercherait pas � se d�faire de lui par l'assassinat.

Les pi�ces de conviction saisies dans le proc�s politique jug� � Naples, au mois d'octobre 1856, prouvaient que les efforts de la propagande r�volutionnaire �taient dirig�s vers l'arm�e, � qui l'on expliquait que �le serment du soldat n'est pas pr�t� � l'homme, mais � l’�tat, � la nation, au drapeau.� Les correspondances criminelles qui ont figur� dans le proc�s Mignona, se flattaient que les agents de Mazzini avaient fait quelques pros�lytes parmi les troupes. Il est certain aujourd'hui qu'ils n'y ont trouv� qu'un assassin 1.

La co�ncidence de l'attentat contre la personne du Roi avec la tentative de soul�vement en Sicile 2, prouve que la r�volution n'a pas abandonn� le plan qui lui a �t� trac� par le comit� national de Londres, quand il indiquait Naples comme le point o� il importait de commencer la r�volution,

1 Je constate, pour l'honneur de l'arm�e napolitaine, que l'auteur de l'attentat n'�tait entr� dans ses rangs que depuis peu de temps et � l'aide de faux papiers.

2 Le mouvement �clatait, dans les environs de Palerme, le �2 novembre.

parce qu'il est, disait-il, �le plus fort par sa population, celui qui, une fois le gouvernement rente vers�, poss�de le plus de ressources militaires.� Ce qui s'est pass� � Naples et en Sicile prouve que ces r�v�lations avaient plus d'importance qu'on n'a paru y en attacher d'abord. Les �v�nements ont dissip� toutes les illusions, et l'on pourrait invoquer le t�moignage de certaines feuilles anglaises, si l'on avait � �tablir la connexit� qui existe souvent entre ce qui se dit � Londres et ce qui se fait � Naples. Le Morning-Post, par exemple, journal lu dans la haute soci�t�, moniteur domestique du noble lord plac� � la t�te du gouvernement, s'est inspir� de l'attentat du 8 d�cembre, pour outrager le souverain des Deux-Siciles, comme aucune feuille r�volutionnaire n'avait os� le faire jusqu'� ce jour. Ce journal a pouss� l'oubli des convenances jusqu'� �tablir un parall�le entre l'assassin et le roi Ferdinand. Le premier �tait �le soldat mod�le du bataillon, un exemple de temp�rance, de moralit�, de convenance. Ce n'�tait ni un grossier libertin, ni un paysan ignorant, ni un r�publicain rouge. Il n'�tait ni pouss� par la passion, ni s�duit par les artifices d'un chef populaire. Milano �tait un jeune homme appliqu�, r�fl�chi; il s'�tait persuad� que le Roi �tait le pire ennemi de ses sujets, et qu'il n'y avait pas d'esp�rance pour son pays a tant qu'on n� le ferait pas dispara�tre...

Son dessein �tait d� tuer le Roi d'un coup de feu;  mais son succ�s a �t� contrari� par ce qui semble n'�tre qu'un simple accident... Sauf son acte r�gicide, Milano �tait un patriote de la meilleure �cole, un homme sobre, moral, patient, sans appr�hension de la mort et tout d�vou� � son pays 1.�

Le Post disait ensuite que Milano est all� rendre son compte; mais lb roi vit encore, ajoutait-il, pour profiter, esp�rons-le, de la le�on qui lui a �t� donn�e. L'outrage est pouss� jusqu'� dire au souverain sauv� d'une fa�on si providentielle, qu'il n'a rien d� mieux � faire qu'� �tudier et � mettre en pratique les le�ons que l'assassin lui a laiss�es par �crit. �Il ne pourrait faire une chose plus sage que de suivre le dernier conseil qu'il a re�u de Milano, c'est-�-dire, de visiter les provinces de son royaume et de voir quelle est la situation de son peuple.� Il y a quelque chose de sage et de touchant dans ce conseil. Les souverains envoy�s � l'�cole des assassins! et cela par un journal qui reproche au roi de Naples de ne pas suivre �une politique plus en harmonie avec la justice, la civilisation et le christianisme!� Il faut avoir le texte m�me du Morning-Post sous les yeux pour pouvoir ajouter foi � la r�alit� de ce d�lire.

1 Morning-Post du 12 d�cembre 1856.

Mais le roi vit encore, et cependant, continue le journal anglais, �il s'est ali�n� tous les cœurs, il a a pouss� son peuple � la r�volte a et � l'effusion du sang; il a mis en danger sa propre personne, et a forc� ses meilleurs amis, parmi les puissances occidentales, � s'�loigner de lui.�

La pens�e de l'�crivain est manifeste� Il cherche, en �num�rant les vertus de l'assassin et les crimes du roi, � faire p�n�trer dans les esprits que s'il y a un coupable, un homme dans le royaume des Deux-Siciles qui par ses crimes ait m�rit� la mort, ce n'est pas Milano, mais le roi qui vit encore. Gomment n'�tre pas frapp� de ce langage quand on sait, comme le Globe 1 l'a avou�, que le bruit d'un attentat contre la vie de Ferdinand II circulait � Londres huit jours avant l'�v�nement, et que l'organe de Mazzini � G�nes avait annonc� la mort du roi un mois avant l'attentat 2?

1 Le Globe de Londres, du 11 d�cembre.

2 Le journal de G�nes, l'Italie, du novembre 1856, � la fin d'un article intitul�: Les nœuds gordiens de la situation, s'exprimait de la mani�re suivante:

�En attendant, le prologue de Naples ouvrira la campagne d'hiver, a et devra changer en terre amie ce beau royaume, que Ferdinand tient � cette heure � la disposition des ennemis de l'Angleterre et de la France.  Voil� pourquoi ce roitelet barbare doit tomber tr�s prochainement. Quant � nous, nous ne l'appellerons plus d�sormais que FEU LE ROI DE NAPLES.�

C'est l'Italie qui a soulign� ces derni�res paroles, plus d'un mois avant l'attentat de Milano.

Ces co�ncidences permettent-elles de douter que le bras de l'assassin ait �t� dirig� par le comit� r�volutionnaire de Londres, et que les Anglais membres de la Soci�t� des Amis de l'Italie, qui, d'apr�s les r�v�lations du proc�s Mignona, ont pour mission d'�crire dans les journaux, n'aient �t� moralement les complices de Milano?

Il est donc impossible de rapprocher les �v�nements et de comparer le langage des feuilles r�volutionnaires du Pi�mont avec celui des journaux de Londres, sans demeurer convaincu que l'insurrection de Sicile et l'attentat contre la vie du roi se rattachaient � un m�me plan de campagne.

Il est aussi fort remarquable que le Morning-Post ait senti la n�cessit� d'expliquer que l'Angleterre, en prenant vis � vis du roi de Naples une attitude peu amicale, �n'a pas le moins du monde d�sir� appuyer ou faciliter les desseins de Mazzini ou d'autres conspirateurs contre le tr�ne... Si le d�plaisir de l'Angleterre est venu en aide aux r�volutionnaires d'Italie, c'est d'une mani�re tout � fait accidentelle, mais pas du tout pr�m�dit�e, et on ne saurait la rendre responsable des circonstances qui ont pu na�tre de ce qui �tait pour elle l’accomplissement d'un devoir 1�.

1 Num�ro du 12 d�cembre 1856.

La Providence, qui a prot�g� le roi de Naples contre le fer des assassins, le prot�gera aussi contre les incidents non pr�m�dit�s de la politique anglaise: c'est pr�cis�ment ce qui est arriv� en Sicile.

Ainsi � la premi�re nouvelle de la tentative d'insurrection, l'organe officieux de lord Palmerston avait fait concevoir � l'Angleterre des esp�rances qu'il s'est r�sign� avec peine � abandonner. Il avait dit alors: �Les troubles sont tr�s-graves; les autorit�s sont alarm�es et constern�es.� Il s�parait d�j� la Sicile du royaume de Naples, et n'h�sitait pas � pr�dire que la mesure des iniquit�s du Bourbon napolitain �tait comble. �Le roi n'a fait qu'aller de mal en pis depuis la p�riode de son av�nement. La mesure de ses iniquit�s se remplit depuis un quart de si�cle; elle est pleine et m�me elle d�borde... Le roi croit pouvoir continuer � opprimer ses sujets et � d�fier le monde civilis�; mais l'insurrection des Palermitains va d�jouer ses machinations et le forcer � rendre cette Sicile qui a �t� plus de trois fois le refuge a des Bourbons napolitains 1�.

1 Morning-Post du 2 d�cembre 1856.

La s�paration de la Sicile a �t� annonc�e comme le r�sultat certain et in�vitable de l'insurrection, d�s que la premi�re nouvelle du mouvement a �t� apport�e par la premi�re d�p�ch� t�l�graphique.

Rien de curieux � lire, apr�s quelques mois de date, comme les articles par lesquels le Post exprimait sa joie et sa satisfaction. Ce qui arrivait n'�tait qu'un juste ch�timent de la Providence, pr�dit depuis 1851, par le grand pr�tre du parti conservateur, M. Gladstone, dans des lettres devenues fameuses.

Les �v�nements n'ont pas r�pondu � ces d�sirs. La r�volution s'est montr�e impuissante m�me en Sicile. L'appel � la r�volte n'a rencontr� ni concours ni sympathie de la part des populations. La tentative a compl�tement �chou�, et cependant le Morning-Post, se refusant � l'�vidence des affirmations officielles et � l'unanimit� des t�moignages, a persist� longtemps � nier que la r�volte f�t vaincue. Les insurg�s siciliens s'�taient rendus avec armes et bagages; mais l'organe de lord Palmerston ne se rendait pas, et ne pouvait se r�soudre & confesser l'insucc�s des armes anglaises trouv�es aux mains des bandes qui ont parcouru le pays, en faisant inutilement appel � l'insurrection.

Cette persistance t�tait, del� part du journal de Londres,

l'expression d'un amer d�sappointement 1�.

Ainsi s'�vanouissaient les plus belles esp�rances du parti r�volutionnaire. L'impuissance a paralys� son action, et il s'est vu r�duit, pour derni�re ressource, � r�pandre l'effroi dans les esprits par de fausses alarmes aux quelles certaines catastrophes fortuites arriv�es dans la capitale semblaient donner de la gravit�. C'est alors que, dans l'espoir d'�loigner de Naples les �trangers, toutes les correspondances hostiles ont r�p�t� qu'il n'y avait plus aucune s�curit� pour ses habitants, que leur repos et leur vie couraient un danger incessant. Ces menaces arrivaient apr�s trop de d�ceptions pour trouver les esprits cr�dules, et l'opinion publique, en Angleterre m�me, a perdu peu � peu l'enthousiasme que la calomnie avait su allumer pour la croisade anti-napolitaine. L'Anglais est positif, et le principe de non-intervention fait partie de son symbole politique.

1 Lord Derby a reproch� avec s�v�rit� au cabinet de lord Palmerston, le langage des journaux et en particulier celui du Morning-Post.

Il a dit, dans la s�ance de la Chambre des Lords du 3 f�vrier 1857: �Rappelez-vous aussi le langage tenu pendant plusieurs semaines, pendant plusieurs mois, par les journaux qui passent pour recevoir quelques inspirations du noble vicomte plac� � la t�te du gouvernement de Sa Majest�. Est-il quelque formule de bl�me ou de menace que ces journaux n'aient employ�e � l'�gard du roi de Naples? On nous a dit que la flotte anglaise allait mettre A la. voile; que ta vue seule de nos vaisseaux suffirait pour faire �clater une r�volte � Naples et en Sicile; que, par suite, le Roi ne serait bient�t plus qu'un fugitif sur cette terre, et qu'alors Dieu sait ce qui arriverait!�

Lorsqu'il a vu le double argument, invoqu� pour donner une en~ torse & ce principe, r�fut� par l'exp�rience, il est revenu � son symbole favori et a commenc� � envisager avec d�fiance la politique � laquelle il avait d'abord applaudi. C'est pourquoi je suis bien convaincu qu'en Angleterre l'opinion publique serait, au moment o� j'�cris, peu dispos�e � sanctionner des mesures agressives contre les Deux-Siciles. Il faut bien qu'il en soit ainsi pour que les membres du cabinet aient montr� une si grande r�serve dans les diverses discussions soulev�es sur l'affaire de Naples, durant la courte session qui a pr�c�d� la dissolution parlementaire de 1857, La politique qui a inspir� les d�p�ches de si? W. Temple et de M. Petre, a manqu� son but et perdu son effet. Mais comme Naples est depuis longtemps, pour l'Angleterre, une question tenue en r�serve pour le besoin des circonstances, la tr�ve pourrait n'�tre pas de lori' gue dur�e si l'affaire restait � l'�tat de question ouverte. Il importerait donc de la mener � une conclusion que devraient rendre possible les faits que je r�sume en ces termes:

1� Les puissances sont loin d'�tre d'accord sur la port�e des d�clarations ins�r�es au protocole du 8 avril, et sur les droits que l'on pr�tend en tirer.

Il parait difficile que deux dei parties Contractantes du Trait� de Paris s'engagent, sur l'autorit� d'un de ses protocoles, dans une voie qui rencontrerait l'opposition des autres puissances signataires.

2� Les conseils motiv�s sur la situation int�rieure des �tats napolitains, ne �ont pas justifi�s par l'�tat r�el des choses. Le calme que rien n'a pu troubler en est la meilleure preuve.

3� Sa Majest� le roi Ferdinand n'a cess� d'exercer sa cl�mence en faveur des condamn�s politiques, et les conditions d'existence de ses peuples sont en r�alit� aussi prosp�res que ses ennemis les disent peu satisfaisantes.

4� Loin de repousser toute r�form�, le roi de Naples donne l'impulsion � tout ce qui est de nature � corriger des imperfections que l'on a beaucoup trop exag�r�es. Des mesures et des am�liorations importantes ont �t� r�alis�es et un plus grand nombre sont en voie d'ex�cution 1.

5� L'insucc�s d'une insurrection en Sicile a prouv� que tout ce qui a �t� dit et accept� comme vrai sur les sentiments de la Sicile pour la m�re patrie manquait d'exactitude. Si la Sicile a des sujets de plainte contr�le gouvernement central, elle a cependant plus de confiance en lui qu'en la r�volution.

1 Le Journal officiel des Deux-Siciles du 16 mars 1857 annonce, par exemple, la r�alisation d'une mesure d'une haute importance commerciale et dont le commerce de la France et de l'Angleterre sont surtout appel�s � tirer de tr�s-grands avantages par suite de l'activit� des relations qui s'�tablissent avec l'Orient. Cette mesure consiste � �tablir, � Naples, une douane de d�p�t et de r�exportation, dite entrep�t. Ce projet, r�alis� sur les plus larges proportions, sera soumis � des r�glements destin�s � offrir au commerce toutes les facilit�s d�sirables.

6� L'odieux attentat contre la vie du Roi a eu pour cons�quence de faire �clater aux yeux les plus incr�dules le courage 1 et la popularit� 2 du souverain.

1 Le Times a parl� du �sang-froid merveilleux� du Roi, et le Morning-Post disait dans son num�ro du 22 d�cembre: �Le courage a de Ferdinand ne l'a pas abandonn�. Son calme a fait l'admiration de tous, et a sembl� indiquer d'autres bonnes qualit�s que l'Europe serait heureuse de voir exercer plus lib�ralement.� Un Anglais, qui signait la lettre de son nom, �crivait de Naples, le 5 d�cembre au Times: �Tout ici est tranquille, et le Roi s'est �lev� de cinquante pour cent dans notre estime pour le courage et la pr�sence d'esprit qu'il a montr�s.�

2 Durant plus de trois mois les journaux du royaume n'ont cess� de publier des adresses de f�licitations au Roi. Chaque classe, chaque personnage chaque corporation, les r�giments, les bataillons, les coll�ges, les �coles, les Anglais, les Fran�ais, les Suisses, habitants de Naples, Palerme, Messine, Capoue, Bari, Catane, etc., etc., ont aliment� cette manifestation.

Mais ce qui est plus significatif que des adresses, c'est que chaque ville, chaque corps a fait c�l�brer avec pompe des messes d'actions de gr�ces, et t�moign� sa reconnaissance envers Dieu par des actes de charit�. Le jour o� le haut commerce de Naples a fait chanter un Te Deum, il a (kit distribuer des vivres et autres secours � 1,200 familles n�cessiteuses. La ville de Palerme a fait distribuer en un seul jour aux pauvres des sept paroisses 7,000 pains et 1,500 ducats. Lea arm�es de terre et de mer ont obtenu permission officielle d'�lever, par une souscription volontaire, un temple � la Vierge sur le lieu m�me de l'attentat. Le haut commerce a ouvert sous le patronat et dans les bureaux du baron de Rothschild une autre souscription volontaire pour la fondation d'une Caisse de bienfaisance, dont la rente, port�s au grand-livre, servira � doter les filles pauvres� � habiller les familles indigentes, � donner un repu k chaque anniversaire du 8 d�cembre � tous les pauvres de Naples, et enfin � fonder un asile pour les All�s dont l’honneur a besoin de r�paration.

Les t�moignages d'attachement et d'amour donn�s � Ferdinand II par les populations de son royaume ont fait �vanouir tout ce qui a �t� dit du pr�tendu antagonisme que l'on supposait exister entre le souverain et ses sujets.

Ne serait-il pas permis de conclure, sans trop de t�m�rit�, que la cause premi�re du d�saccord a en r�alit� cess� d'exister, m�me � l'�tat de supposition, et qu'un rapprochement devient facile et doit rencontrer peu d'obstacles. La situation m�me donne la solution du diff�rend. Il n'y a eu entre les partis ni offense faite ni r�paration demand�e. On s'est born� � critiquer un �tat de chos�s qui, examin� de plus pr�s et gr�ce � certaines modifications, n'appara�t plus tel qu'on a cru le voir! Le d�saccord peut cesser et toutes les susceptibilit�s se trouver satisfaites sans qu'il y ait d'aucun c�t� le moindre sacrifice d'amour-propre.

L'Angleterre, ses d�p�ches officielles le prouvent, s'est tromp�e en 1856 comme en 1838. Le roi Ferdinand a de nouveau oppos� avec r�solution la force du droit au droit de la force. Les difficult�s actuelles ont naturellement rappel� le conflit soulev� en 1838 par la question des soufres de Sicile.

Le Ministre des finances est un des fondateurs de cette banque.

Dans les premiers jours, apr�s l'attentat, le roi ouvrit son palais an public, et dix ou douze mille personnes �taient chaque jour admises � pr�senter leurs hommages � Sa Majest�. En quel pays une pareille manifestation serait-elle possible?

L'Angleterre �mit alors les pr�tentions les plus exorbitantes, pr�tentions qui furent condamn�es, m�me par les jurisconsultes de la couronne consult�s sur leur l�gitimit�. Ce fut la France qui eut l'honneur de prononcer comme arbitre dans ce diff�rend, et voici comment M. Thiers, en 1840, rendant compte de cette affaire � la Chambre des D�put�s, s'exprimait sur le roi de Naples. Je cite le Moniteur:

�Lord Stopford avait re�u brusquement, spontan�ment, l'ordre de quitter les parages de Naples avant que l'affaire avec ce pays f�t finie... Ce qui devait me faire croire qu'on ne rompait pas l'alliance de la France, c'est qu'alors, dans ma correspondance avec M. Guizot, chacune de nos d�p�ches �tait, � la suite des affaires a d'Orient, remplie de la question de notre m�diation de Naples. L�, Messieurs, le cabinet anglais avait cru trouver un petit roi, je parle de ses �tats et non pas de son cœur, un roi faible, qu'elle opprimerait facilement, qui ne r�sisterait pas.

�Le roi de Naples a r�sist� �nergiquement. �Savez-vous ce qu'il a r�pondu? Si on veut m'obliger � donner de l'argent, je le donnerai; mais si on veut m!obliger � d�clarer que le trait� a �t� viol�, je ne suis que roi de Naples, c'est-�-dire d'un pays de six millions d'�mes, mais je tiendrai t�te � l'Angleterre; il arrivera ce qu'il pourra. (Marques tr�s-vives d’approbation.)

�Voix � gauche: Tr�s-bien pour le roi de Naples!

�M. Hortensius Saint-Albin: C'est un bel exemple! (On rit. )

�M. Thiers: Il n'y a pas de quoi rire: il n'y a qu'� imiter. (Tr�s-bien!) C'�tait un fait grave; il �tait seul entre la France et l'Angleterre. J'insistai, il a fallu de grands efforts. L'Angleterre s'�tait engag�e dans une t�m�rit�, dans une imprudence, car l'Italie pouvait en �tre �mue et motiver la pr�sence des Autrichiens. Je craignais donc une conflagration, je m'employai � la pr�venir; j'ai r�ussi; on m'en loua beaucoup � cette �poque en Europe 1.�

Bien que la France ne soit pas, en 1857, vis-�-vis de Naples, dans la m�me position qu'en 1838, elle peut, � titre d'alli�e de l'Angleterre, s'interposer comme elle le fit � cette �poque � titre de m�diatrice. Les int�r�ts et la politique de la France dans la M�diterran�e sont aujourd'hui ce qu'ils �taient il y a quinze ans.

1 Moniteur universel. S�ance de ta Chambre des D�put�s, 18 novembre 1849 — Discussion de l'Adresse.

L'attitude prise par le gouvernement de l'Empereur d�s l'origine des complications actuelles rendrait ce r�le possible et facile.

Apr�s avoir fait servir son intervention � mod�rer les emportements de son alli�e, la France acquerrait de nouveaux titres � la confiance de l'Europe en s'employant � r�tablir les bons rapports de l'Angleterre avec la cour des Deux-Siciles, et en donnant elle-m�me l'exemple d'une sinc�re r�conciliation.


vai su


A GEORGES BOWYER, ESQ

Membre du Parlement britannique.

Mon bien cher ami,

L'importance des d�p�ches communiqu�es aux Chambres de votre Parlement sur les affaires de Naples m'a d�termin� � en publier une analyse raisonn�e. Si certains faits avanc�s dans ces documents ont une apparence de gravit�, les circonstances dans lesquelles ils sont relat�s et le but de ceux qui les rapportent, ont incontestablement une gravit� beaucoup plus grande que les faits eux m�mes. Les all�gations les plus r�voltantes contenues dans ces d�p�ches ont contre elles l'invraisemblance, les sources d'o� elles �manent, et, par-dessus tout, les garanties morales que donnent, pour tout homme impartial, un souverain �minemment religieux,

des institutions anim�es de l'esprit chr�tien, et un r�gime p�nitentiaire mitig� par tout ce que la religion peut offrir d'adoucissements aux peines dont la loi frappe les criminels. Ces pi�ces prouvent donc, � mon avis, beaucoup moins contre Naples que contre le gouvernement qui use de sos relations diplomatiques au profit de la politique dont ces d�p�ches d�voilent le caract�re.

Le gouvernement napolitain peut seul, pour certaines personnes, r�futer avec l'autorit� d�sirable des faits, des d�tails, que vous savez comme moi �tre d�nu�s de tout fondement, et dont je n'ai pas � m'occuper; mais ces d�p�ches font na�tre, dans l'esprit de quiconque les lira, des r�flexions sur lesquelles nous avons, vous et moi, qualit� pour appeler l'attention des hommes qui ont � cœur les principes de droit et d'�quit�.

Votre parlement a prouv�, dans les brillantes discussions qui viennent d'avoir lieu sur vos d�m�l�s avec la Perse et avec la Chine, que l'Angleterre compte, au sein de sa repr�sentation nationale, un grand nombre d'hommes qui placent l'honneur de leur pays et de sa politique au-dessus des int�r�ts de ses comptoirs et des passions de ses partis.

Personne, comme l'a si bien expos� lord Derby, ne croira que le diff�rend napolitain ait pour

cause v�ritable la sollicitude qu'inspire la paix g�n�rale de l'Europe. J'ajoute qu'on ne croira pas davantage que l'int�r�t de l'humanit� puisse �tre invoqu� comme argument en faveur de la politique du cabinet britannique. Pr�cher l'humanit� au roi Ferdinand de Naples, l'ami et l'h�te de Pie IX!

Est-ce par un sentiment d'humanit� que l'Angleterre � engag� des hostilit�s contre la Chine? Et cependant, dans ce vaste empire, on martyrise depuis des si�cles, apr�s les avoir soumis aux plus cruels supplices, les ap�tres qui vont porter � ses habitants les lumi�res de l'�vangile. Est-ce dans un sentiment d'humanit� que l'Angleterre a entrepris et poursuivi la conqu�te de l'Inde? Le gouvernement britannique a-t-il jamais rompu ses relations avec un souverain et arm� une flotte dans un int�r�t d'humanit�?

Il ne s'agit de prot�ger, dans le royaume de Naples, ni les ap�tres de la v�rit�, ni les populations indig�nes contre des traitements comme ceux que subissent les habitants de l'Inde anglaise. La philanthropie britannique a un tout autre objet en vue; elle pr�tend s'exercer au profit de quelques centaines de prisonniers politiques l�galement condamn�s pour avoir cherch�, par des moyens criminels, � bouleverser la soci�t�, � renverser l'ordre �tabli et � plonger le pays dans des catastrophes dont on ne saurait pr�voir l'issue.

La cause, avouons-le, serait singuli�re, si elle �tait r�elle; mais personne n'y verra m�me un pr�texte pour excuser la conduite de votre gouvernement.

Je vous invite � parcourir avec moi ces d�p�ches, et nous arriverons ensemble � cette conclusion: que si le parlement approuvait cette politique et surtout ses moyens d'action, il faudrait en conclure que l'Angleterre a perdu toute notion de droit et tout sentiment de justice.

N'oublions pas, comme je vous l'ai dit si souvent, que toute la question italienne est impliqu�e dans la question napolitaine. Tant que l'ordre r�gnera � Naples, on le troublera difficilement dans le reste de l'Italie; et c'est pourquoi la r�volution concentre ses efforts sur la partie m�ridionale del� p�ninsule. La digue que le roi de Naples oppose au torrent r�volutionnaire prot�ge tous les �tats italiens. D�fendre la cause de l'ordre � Naples, c'est-a-dire la cause de la monarchie, c'est d�fendre les int�r�ts conservateurs en Italie et en Europe. C'est ainsi qu'envisagent la question les gouvernements qui font, au moment o� je vous �cris, de louables efforts pour renouer les bons rapports de la cour des Deux-Siciles avec les puissances occidentales.

Veuillez agr�er, etc.

Paris, 25 mars 1857.


vai su


I

LA DIPLOMATIE ANGLAISE A NAPLES.

D�s l'ouverture de la session parlementaire de 1857, le gouvernement anglais a communiqu� aux Chambres la correspondance diplomatique relative aux affaires de Naples. Ces communications s'�tendent du 19 mai au 15 novembre 1856. Lord Palmerston a d�clar�, en r�pondant � une interpellation, que ces d�p�ches, au nombre de quarante-sept, ne forment pas ta collection compl�te des pi�ces r�unies au Foreign-Office. Le Blue-Book, dont il est permis de prendre connaissance, ne renferme d'ailleurs que des d�p�ches publi�es par extraits. Cette circonstance m�rite d'�tre signal�e; car le Foreign-Office a d� faire ces choix en vue de justifier, autant que faire se peut, la politique par lui adopt�e et suivie envers le gouvernement des Deux-Siciles.

Les premi�res d�p�ches sont de sir W. Temple, fr�re de lord Palmerston, qui a �t� longtemps ministre pl�nipotentiaire de Sa Majest� britannique � Naples. Elles commencent avec les communications qui ont suivi le Congr�s de Paris, et vont jusqu'au 17 juillet.

Les derni�res, qui partent de cette �poque, finissent avec le retrait des l�gations d'Angleterre et de France. Elles sont �crites par M. Petre, qui, apr�s le d�part et la mort de sir W. Temple, a rempli � Naples les fonctions de charg� d'affaires.

Cette correspondance s'occupe de deux ordres de faits: les uns relatifs aux circonstances qui ont amen� la rupture des relations diplomatiques; les autres, au gouvernement int�rieur des �tats napolitains;

Sur les premiers, il est permis de contester l'exactitude des appr�ciations du cabinet britannique. La profonde conviction o� �tait lord Clarendon du �danger imminent� que Naples faisait courir � la tranquillit� de l'Italie et � la  paix de l'Europe, n'avait pas pour fondement l'�tat vrai, la situation r�elle du royaume des Deux-Siciles. Un attentat contre la vie du roi et diverses tentatives criminelles ont prouv� � l'Europe que lord Clarendon appr�ciait cette situation d'une mani�re erron�e quand il �crivait � sir W. Temple, en parlant �de l'aspect mena�ant des affaires de Naples�: Le moindre accident peut faire traduire en fait les sentiments mal �touff�s du peuple. Des hommes d'�tat qui jouissent �n Angleterre d'une autorit� aussi grande que lord Clarendon et lord Palmerston, n'ont pas h�sit� � soutenir que,

m�me en supposant vrai ce point de vue, qui est feux, les pr�tentions de l'Angleterre (tr�s-diff�rentes, malgr� le concours commun des deux gouvernements, de celles de la France), ne seraient ni fond�es en droit ni justifi�es par les raisons invoqu�es pour les soutenir. Le comte de Derby, dans la chambre des lords, M. Disraeli, dans celle des communes, ont, ainsi que plusieurs de leurs coll�gues, combattu la politique du cabinet avec une grande �l�vation de vues. Voici quelques passages remarquables d'un discours du comte de Derby:

�Nous nous sommes embarqu�s, a dit le noble lord, dans une politique qui nous a conduits � a intervenir dans le gouvernement int�rieur du royaume des Deux-Siciles, sous le pr�texte de sauvegarder la paix de l'Europe. Je vous le demande, mylords, qu'avait � faire la situation int�rieure de ce royaume avec la paix de l’Europe? Vous dites que la situation de Naples �tait a un danger et une menace pour la tranquillit� g�n�rale, tout nouvellement r�tablie; mais je voudrais voir le noble comte se lever, au nom du Gouvernement, et d�clarer s�rieusement � cette assembl�e que les ministres de Sa Majest� ont v�ritablement cru un seul instant que la conduite suivie par Je roi de Naples vis--vis de ses propres sujets pouvait avoir le moindre danger, inspirer la moindre crainte pour la paix de l'Europe.

Il va bien, sans doute, � un ministre anglais de parler du danger de l'intervention fran�aise; mais le noble comte sait � merveille qu'il n'y avait rien � redouter d'un conflit d'opinions entre la France et l'Autriche sur ce point. L'id�e d'un semblable danger n’�tait qu'une chim�re sans aucune consistance.

�Vous avez �t� conduits � intervenir dans les affaires de Naples d'un c�t�, par la n�cessit� de conformer de quelque fa�on vos actes aux d�clarations que vous aviez ant�rieurement faites, et, de l'autre, par cette fatale manie d'intervention dont le noble vicomte qui est � la t�te du Gouvernement est si fortement poss�d�. Mais qu'avez-vous demand� au roi de Naples? Quand vos rapports avec un souverain sont ceux de l'amiti� et de l'intimit�, vous pouvez sans aucun doute prendre la libert� de lui repr�senter, d'une mani�re amicale, que le syst�me d'administration qu'il suit dans ses �tats n'est pas conforme � ses propres int�r�ts. Mais nos relations avec Naples �taient relies sur un pied d'�galit� et d'intimit� suffisant pour justifier de votre part une pareille ing�rence?...

�Pourquoi donc avez-vous rappel� votre ambassadeur?...  Qu'avez-vous fait? Vous adressez une demande au roi de Naples.

Il r�pond d'une mani�re qu'il ne tient qu'� vous de consid�rer comme blessante; cependant il se borne, en d�finitive, � vous dire de vous m�ler de vos �propres affaires. Sur cela, vous dites: �Si vous ne voulez pas gouverner vos �tats comme nous entendons qu'ils soient gouvern�s si vous ne suivez pas nos conseils, dans une question o� nous n'avons aucun droit de vous en donner, nous retirons nos ambassadeurs...� Et � cela, quelle a �t� la r�ponse du roi de Naples? Il s'est tout simplement born� � dire � vos ambassadeurs: �Messieurs, je vous souhaite un bon voyage.�

�Ainsi, deux des plus grandes nations de l'Europe menacent de rappeler leurs ambassadeurs, et, pour toute r�ponse, ceux-ci sont tranquillement invit�s � descendre l'escalier. Les ambassadeurs se soumettent et s'en vont, sans que leur d�part excite la moindre �motion. Le gouvernement napolitain ne prend aucune pr�caution extraordinaire; une mis�rable tentative d'insurrection en Sicile est r�prim�e en un instant; une odieuse tentative d'assassinat finit par l'ex�cution du criminel, et voil� tout le r�sultat de votre intervention; tout ce r�sultat se r�sume, pour vous, en un affront bien m�rit�.

�Je crois donc que la conduite d�s ministres de Sa Majest�, dans les affaires de Naples, a �t� indigne de la politique de ce pays, et que cette affaire, commenc�e, par une attaque injuste, se termine par une conclusion sans honneur  1�

Les raisons politiques invoqu�es par les d�p�ches anglaises ne sauraient �tre r�fut�es d'une mani�re plus compl�te que ne l'a fait lord Derby. Le cabinet anglais est d'autant moins excusable, que sir W. Temple �crivait � lord Clarendon: �Le gouvernement n'aurait rien � craindre du parti r�volutionnaire, qui est peu nombreux, sans chef, sans plan g�n�ral d'action.�

Je remarque dans deux d�p�ches de lord Clarendon, l'une adress�e � l'Amiraut�, et l’autre � M. Petre, une indication � laquelle le gouvernement ne s'est point conform�. Le ministre des affaires �trang�res, expliquant, apr�s la rupture des relations diplomatiques, l'objet de la d�monstration navale dans les eaux de Naples (d�p�che du 10 octobre), s'exprime en ces termes: �Le commandant de cette force navale sera charg� d'envoyer de temps en temps un navire � vapeur, de mani�r� � entretenir des communications fr�quentes avec les consuls de Sa Majest�.�

La d�p�che � M. Petre r�p�te dans les m�mes termes:

1 Discours prononc� dans la discussion de l’adresse, Chambre des Lords, s�ance du 3 f�vrier 1857. Voir (Appendice n� 2): Opinions �mises dans le Parlement sur la politique du minist�re anglais en Italie en particulier � Naples.

�Le commandant de cette escadre sera charg� d'envoyer un vaisseau � vapeur de temps en temps, pour communiquer avec l�s consuls de Sa Majest�.� Contrairement � ces instructions., la visite qui devait avoir lieu de temps en temps a �t� transform�e en une station permanente.

Le navire anglais le Malacca s'est �tabli dans la rade de Naples d�s le mois de novembre. Le Blue-Book ne nous apprend rien sur les instructions donn�es aux navires d�tach�s de la flotte; mais, s'il n'est pas permis d'accueillir les rumeurs r�pandues � Naples d'apr�s lesquelles certains bateaux � vapeur auraient rempli un r�le provocateur qui donnerait lieu � de justes sujets du plainte, il n'en est pas moins certain que le Malacca, contrairement aux instructions formelles des d�p�ches que je viens de citer, est demeur� d'une mani�re � peu pr�s permanente dans la rade, o� il ne deyait se rendre que de temps en temps.

Les d�p�ches qui s'occupent de l'administration int�rieure sont des plus curieuses, non-seulement par les questions dont elles s'occupent, mais par la mani�re dont elles y sont pos�es. Sir W. Temple et M. Petre ont donn� � cette partie de la correspondance des proportions inusit�es, en entrant dans des d�tails qui n'ont aucun rapport avec la situation g�n�rale du pays, en tant que cette situation peut int�resser la tranquillit� de l'Italie.

Il ne s'agit plus en effet des relations de gouvernement � gouvernement, mais des rapports de l'accus� napolitain avec ses juges, du prisonnier avec son ge�lier, du chef de la police avec ses subordonn�s. Les repr�sentants de l'Angleterre �crivent comme si la mission qu'ils ont � remplir � Naples consistait � se faire l'�cho du parti r�volutionnaire, leur patron et leur interm�diaire. Les prisonniers politiques du royaume sont l'objet de leur plus vive sollicitude. Us envoient � Londres le bulletin de leur sant�. Us cassent � leur profit les arr�ts de la justice. Ce sont, � en croire les d�p�ches, les juges qui m�riteraient de prendre la place des condamn�s., On retrouve dans les notes de la l�gation britannique toutes les all�gations articul�es contre Naples, depuis l'origine des m�sintelligences, par les correspondances des feuilles anglaises. Ce sont les m�me faits, pr�sent�s � peu pr�s dans les m�mes termes. On a souvent r�p�t� que ces accusations journali�res, inspir�es par la passion et l'esprit de parti, manquaient de toute autorit� et n'�taient confirm�es par aucun document diplomatique digne de quelque confiance. Sir W. Temple et M. Petre ont voulu leur donner le caract�re dont elles avaient �t� priv�es jusqu'� pr�sent. Le tr�s-honorable M. Gladstone, en formulant contre le gouvernement de Naples les griefs �num�r�s dans ses Lettres � lord Aberdeen, avait parl� en son propre et priv� nom.

M. Petre parle comme repr�sentant de l'Angleterre; il �crit d'une mani�re officielle, et ses d�p�ches ont �videmment pour but de donner � tout ce qui a �t� dit sur �les iniquit�s� du gouvernement de Naples une sanction officielle.

Le but des agents britanniques serait difficilement atteint. Un fait calomnieux ne cesse pas de l'�tre parce qu'il aura �t� consign� dans un document qui devrait ne parler qu'avec r�serve et ne dire que la v�rit�. La correspondance de M. Petre est une innovation diplomatique dont je reconnais toute la gravit�, mais il me parait difficile qu'elle profite � la politique de l'Angleterre, Le gouvernement de Naples y trouve une occasion naturelle de s'expliquer. S'il a d�daign� longtemps et avec raison les incessantes accusations anonymes qui se sont produites par l'organe de la presse, il jugera peut-�tre convenable de prendre en consid�ration celles qui sont formul�es dans des documents officiels sign�s par un repr�sentant de l'Angleterre. On doit donc attendre les explications faciles qui seront probablement donn�es par le gouvernement de Naples, avant d'accueillir les griefs articul�s contre lui. Plusieurs des faits relat�s par sir W. Temple et M. Petre ont d�j� �t� r�fut�s de la mani�re la plus p�remptoire, � mesure qu'ils se sont produits dans les correspondances d�s feuilles hostiles au gouvernement de Naples.

On ne nous apprend rien qui n'ait d�j� �t� dit sur Poerio, ses compagnons de captivit�, leur prison, leurs souffrances, te r�gime auquel ils sont soumis. J'ai r�fut�, dans le temps, avec les pi�ces du proc�s sous les yeux, la plupart des erreurs auxquelles a donn� lieu le proc�s Mignona. En relisant les m�mes r�cits contresign�s par M. Petre, ils ne sauraient me para�tra plus v�ridiques que dans le Times 1.

Il ne m'appartient pas de r�futer des all�gations que je n'ai aucun moyen de contr�ler; mais quiconque lira ces d�p�ches avec attention ne pourra manquer d'observer que, le plus souvent, les chefs de la l�gation britannique parlent de faits qu'ils ne connaissent pas par eux-m�mes et qu'ils n'ont pu v�rifier. Les donn�es d'o� ces messieurs ont tir� leurs informations ne sont, comme nous allons le voir,, ni s�res, ni dignes de confiance.

On se demande, puisque l�s repr�sentants de l'Angleterre croient pouvoir s'immiscer dans les affaires int�rieures des �tats napolitains, comment les faits si graves �num�r�s dans leurs d�p�ches n'ont �t� l'objet d'aucune communication r�guli�re au gouvernement de Naples?

1 Voir (Appendice n. 3) Le proc�s Mignona, jug� le 20 octobre 1856.

C'est le ministre ou le charg� d'affaires anglais qui �crit � Londres, qui multiplie les d�p�ches, qui y parle du gouvernement aupr�s duquel il est accr�dit� en se posant toujours en accusateur, et en laissant ignorer � l'accus� les griefs formul�s contre lui. Est-ce que M. Petre e�t craint de voir crouler son �chafaudage en demandant des informations et des �claircissements? Les pr�occupations de la l�gation britannique ne sont pas m�me d�guis�es. Il y a chez elle parti pris d'accueillir avec confiance tout ce que les agents r�volutionnaires lui rapportent, et de fermer les yeux sur tous les actes qui font honneur au gouvernement aupr�s duquel elle est accr�dit�e.

La diplomatie anglaise ne s'�tait pas encore rentr�e telle que ces documents nous permettent de la saisir. Ses d�p�ches nous la font voir � l'œuvre et, malgr� le soin avec lequel ont �t� faits les extraits communiqu�s aux Chambres, le minist�re de lord Palmerston me parait y �tre fort engag�. Jamais, � mon avis, d�p�ches plus compromettantes ne sont sorties du Foreign-Office. Une courte analyse et quelques r�flexions suffiront pour prouver que le repr�sentant de l'Angleterre aupr�s du gouvernement de Naples n'h�site pas � assumer un r�le qui ressemble beaucoup trop � celui d'agent r�volutionnaire.

Sir Robert Peel a prononc� un jour dans la Chambre des Communes, contre cette politique, des paroles qu'on ne saurait trop reproduire, tant elles peignent avec exactitude le caract�re de la diplomatie dont nous allons �tudier les actes. L'illustre homme d’�tat semble avoir pr�vu ce qui vient de se passer � Naples, quand il s'exprimait en ces termes:

�Si, disait-il, vous faites servir la diplomatie � envenimer toute blessure, � faire na�tre des ressentiments, au lieu de les calmer; si vous placez un ministre dans chaque Cour, non pour pr�venir et arranger les conflits qui peuvent surgir, mais pour entretenir une correspondance irritante; et que le but avou� soit de favoriser, m�me contre les intentions du gouvernement a pr�s duquel il est accr�dit�, tout ce qui para�t �tre l'int�r�t de l'Angleterre,.... alors, je n'h�site pas � le dire, tout l'argent d�pens� pour l'entretien de cette machine fort co�teuse (ou diplomatie) n'est pas seulement de l'aident perdu, l'instrument lui-m�me est perverti, car au lieu de le faire servir, comme c'est la r�gle entre les nations civilis�es, � maintenir la paix, on le transforme en une cause d'hostilit� et de guerre 1�.

Le lecteur va pouvoir juger par lui-m�me si ces paroles re�oivent dans les actes de la diplomatie anglaise � Naples, une juste application.

1 S�ance de la Chambre des Communes du 18 juin 1850.


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II

ANALYSE DES DOCUMENTS

N� 1.

La premi�re d�p�che, dat�e du 19 mai 1856, expose les motifs sur lesquels le gouvernement anglais s'appuie pour recommander au gouvernement des Deux-Siciles d'accorder �une amnistie g�n�rale� et d'op�rer certaines r�formes et am�liorations. Ces motifs sont puis�s dans �la profonde conviction du danger imminent que court l'Italie� par suite �de l'aspect mena�ant des affaires de Naples.� Lord Derby et plusieurs membres du parlement ont fait justice de cette argumentation. Lord Clarendon, auteur de la d�p�che, y proteste des �sentiments d'amiti� de l'Angleterre. Il pr�tend ne donner que des �avis amicaux� et, pour justifier la sinc�rit� de ces sentiments, pour disposer le roi de Naples � accueillir favorablement ces conseils et lui prouver, comme le dit la d�p�che, �qu'aucune puissance �trang�re n'a le droit d'intervenir dans les affaires int�rieures d'un autre �tat� lord Clarendon parle du gouvernement int�rieur des Deux-Siciles en prenant le ton du reproche et le r�le d'accusateur.

L'administration int�rieure, dont on reconna�t n'avoir pas le droit de se m�ler, est signal�e comme �un syst�me de rigueur� �d'injustes pers�cutions� un �syst�me condamn� par toutes les nations civilis�es.� La d�p�che insiste sur la n�cessit� de donner des garanties que �la justice sera d�ment administr�e et que les libert�s personnelles et les propri�t�s seront respect�es.� En un mot, lord Clarendon veut �une politique plus en harmonie avec l'esprit du si�cle.� En cela consistent les avis amicaux de l'Angleterre. Cette note est fort loin d'�tre identique � celle que la France a adress�e, dans Cette circonstance, au gouvernement napolitain Ne semble-t-il pas que l'Angleterre, en �mettant ses avis, en exprimant ses d�sirs, ait pris soin de les formuler de mani�re � rendre leur acceptation impossible? C'est pr�cis�ment ce que sir Robert Peel appelait transformer la diplomatie en une cause d'hostilit� et de guerre.

N� 2.

Sir W. Temple �crit, en date du 2 juin, pour accuser r�ception de la d�p�che pr�c�dente. 11 annonce avoir remis, en m�me temps que M. le baron Brenier, la note de son gouvernement, et rapporte les assurances verbales re�ues de M. le commandeur Carafa, ministre des affaires �trang�res.

1 Voir (Appendice n� 4) te texte la note fran�aise.

M. Carafa d�clare aux ambassadeurs que la dignit� et l’ind�pendance de son souverain ne permettent pas que des puissances �trang�res s'immiscent dans le gouvernement int�rieur du pays. M. Carafa assure qu'on avait pr�par� une large amnistie dont l'ex�cution n'a �t� ajourn�e qu'� cause de l'effervescence suscit�e par les actes du Congr�s de Paris et les esp�rances qu'ils ont fait na�tre. Ce r�sultat avait �t� pr�vu par le ministre d� Prusse quand il disait, au sein de la Conf�rence, �qu'il serait bon de se demander si des avis de la nature de ceux qui ont �t� propos�s ne sus�citeraient pas dans le pays un esprit d'opposition et des mouvements r�volutionnaires, au �lieu de r�pondre aux id�es qu'on aurait eu en vue de r�aliser 1�. Les assurances de M. le commandeur Carafa et les �v�nements arriv�s depuis ne justifient-ils pas l'opinion du repr�sentant de la Prusse?

N� 3.

Cette d�p�che consiste en un extrait de trois lignes. Lord Cowley �crit � lord Clarendon que le gouvernement fran�ais a re�u de M. Brenier une note qui donne de son entrevue avec M. le commandeur Carafa une relation qui co�ncide avec le contenu de la d�p�che de sir W. Temple sur le m�me sujet.

1 Protocole n. XXII, s�ance du 8 avril 1856.

N� 4.

Sir W. Temple �crit � lord Clarendon, en date du 9 juin 1856. Cette d�p�che est une des plus importantes. On ne nous en fait conna�tre qu'un extrait; mais c’est encore trop pour l'honneur de la politique anglaise. Sir W. Temple transmet au ministre des affaires �trang�res � Londres �copie et traduction d'un papier (m�morandum) qui, dit-il, m'a �t� adress�, ainsi qu'� quelques-uns de mes coll�gues, par les amis des prisonniers politiques enferm�s au ch�teau de Monte-Sarchio.� Ce document pr�tend raconter �les souffrances auxquelles ces personnes malheureuses sont soumises, � cause de l'�tat malsain de la a prison, de l'humidit� et du manque d'air, des cha�nes qu'elles sont oblig�es de porter jour et nuit, et dont les malades, les paralytiques et les mourants m�me ne sont pas affranchis. Ces a souffrances sont aussi attribu�es en partie aux a vexations quotidiennes qui sont inflig�es aux a prisonniers par la malveillance de leurs ge�liers.�

Je me borne � faire observer que sir W. Temple ne parle pas de ce qu'il sait, de ce qu'il a vu par lui-m�me, mais seulement de ce que disent les amis de Poerio et de ses compagnons de captivit�.

Or, les amis des condamn�s politiques sont des r�volutionnaires qui calomnient sans cesse et cherchent � renverser le gouvernement. Peut-on admettre leur t�moignage? La passion n'entre-t-elle pour rien dans leurs r�cits? Est-ce que tout r�cemment les amis de nos condamn�s politiques, transport�s � Cayenne, n'ont pas d�nonc�, dans les journaux de Londres, le r�gime auquel ils sont soumis? N'ont-ils pas reproch� au gouvernement fran�ais des actes tout aussi barbares que ceux dont les amis de Poerio font un crime au gouvernement napolitain? De pareils t�moignages sont sans autorit�; ils ne peuvent �tre admis par les honn�tes gens. Il n'y a pas � h�siter l�-dessus. Mais une question fort grave est celle de savoir si un ambassadeur peut se faire ainsi l'interm�diaire officiel de notes qui lui sont adress�es par les ennemis du gouvernement aupr�s duquel il est accr�dit�? Supposons que lord Cowley, & Paris, re�oive des membres de quelque soci�t� secr�te un m�morandum d�non�ant les actes du gouvernement de l'Empereur; l'ambassadeur d'Angleterre pourrait-il se permettre d'exp�dier officiellement cette pi�ce � Londres? Ne l'accueillerait-il pas avec m�pris, et ne se croirait-il pas oblig� de l'envoyer au pr�fet de police? Sir W. Temple ne devait pas {aire autre chose, et sa conduite cependant a �t� approuv�e par son gouvernement.

Ne peut-on pas voir dans la r�ception et la transmission de ce m�morandum un acte de connivence dans les men�es des ennemis de la monarchie napolitaine? Sir W. Temple sort, dans sa d�p�che, du r�le d'ambassadeur. Les actes consign�s dans cette pi�ce accusent la conduite de l'Angleterre � Naples beaucoup plus que les actes du gouvernement napolitain, et trahissent des desseins qui m�ritent de fixer l'attention des grandes puissances, et en particulier de la France, qui s'est associ�e, dans une certaine mesure, � la politique dont le cabinet anglais couvre ses projets dans la M�diterran�e.

N� 5.

Le 12 juin, sir W. Temple �crit � lord Clarendon qu'il a press� M. Carafa de r�pondre aux repr�sentations de la France et de l'Angleterre. Les deux gouvernements sont d�sireux de conna�tre les intentions du Roi. M. Carafa r�p�te les assurances qu'il a d�j� donn�es sur les intentions de Sa Majest�. Sir W. Temple exprime, au nom de son gouvernement, l'esp�rance que �Sa Majest� agira d'apr�s ses bons sentiments; mais si malheureusement rien n'�tait fait, il en na�trait des complications tr�s-s�rieuses.�

Est-ce en ces termes que l'on donne, dans les relations diplomatiques, des �avis amicaux?� Un souverain, quel qu'il soit, pourrait-il accueillir des avis formul�s de la sorte? Et c'est cependant pour avoir repouss� avec dignit� ces menaces, que lord Clarendon a fait plus tard au gouvernement de Ferdinand Il le reproche d'avoir r�pondu d'une mani�re qui n'�tait ni �courtoise ni satisfaisante.� Les menaces de sir W. Temple ne blessent-elles pas les convenances? Le repr�sentant de l'Angleterre termine sa d�p�che en se plaignant de ce que le Roi est � Ga�te lorsque sa pr�sence � Naples est si d�sirable� pour �faciliter l'exp�dition des affaires.� Est-ce que Ferdinand II ne peut pas s'�loigner de sa capitale sans la permission du ministre anglais?

n� 6.

Lord Clarendon �crit � sir W. Temple, en date du 23 juin, pour approuver le langage qu'il a tenu. Le gouvernement anglais accepte donc la responsabilit� de la conduite de ses agents.

N� 7.

Sir W. Temple mande, en date du 22 juin, que le Roi a donn� ordre � M. Carafa de r�pondre aux gouvernements de France et d'Angleterre par l'interm�diaire de ses repr�sentants � Londres et � Paris.

La d�p�che r�sume, d'apr�s les explications verbales de M. Carafa, le contenu de cette r�ponse, que nous retrouverons plus loin. Sir W. Temple ajoute: �Je lui ai dit (� M. Carafa) que je regrettais profond�ment la d�cision prise par le Roi, parce que je regardais comme possible que les gouvernements de France et d'Angleterre trouvassent cette r�ponse �vasive et peu satisfaisante. Je lui fis observer que le Gouvernement n'aurait maintenant rien � craindre du parti r�volutionnaire, qui est peu nombreux, sans chefs, sans plan g�n�ral et action.�

N� 8.

Dans une d�p�che du 23 juin, sir W. Temple �crit au comte de Clarendon pour lui parler du proc�s qui occupait � cette �poque la Gour criminelle. Cette pi�ce est �trang�re aux n�gociations diplomatiques, dont elle ne dit pas un mot; elle s'occupe exclusivement du proc�s Mignona, qui n'�tait gu�re de la comp�tence de lord Clarendon. Un nouveau m�morandum, remis par les amis des accus�s, est re�u, accept� et exp�di� � Londres par sir W. Temple. Ce sont les ennemis du gouvernement, les agitateurs du pays qui fournissent � la l�gation d'Angleterre les informations envoy�es au Foreign-Office.

Comme le gouvernement anglais s'est plaint du peu de courtoisie de Naples, il n'est pas sans int�r�t de faire ressortir le ton des d�p�ches de son ministre, m�me quand il est question de choses dont il n'a aucun droit de s'occuper. Sir W. Temple parle (toujours d'apr�s le m�morandum des amis) �du traitement barbare et ill�gal des prisonniers et des t�moins� des violences faites pour obtenir de fausses d�clarations. Le seul correctif de la d�p�che, c'est qu'elle fait observer que ces actes se sont pass�s du temps de l'administration du ministre de police, M. Mazza. Sauf cette r�flexion, la d�p�che parle du proc�s Mignona et de ses incidents, comme l'a fait le Times dans des correspondances qui, par parenth�se, ont des rapports frappants avec les m�morandums confi�s � sir W. Temple. Le ministre anglais d�clare que le complot, objet du proc�s, �para�t avoir �t� organis� par la police.� Il est ��vident� pour lui a qu'il n'a exist� ni complot, �ni conspiration, quoiqu'il soit possible que quelques-uns des prisonniers (qui sont des hommes ignorants et sans �ducation) aient pu imaginer quelque plan insens�, et que certains prisonniers politiques du bagne de Procida aient pu entretenir l'esp�rance d'un changement de gouvernement, qui e�t amen� leur lib�ration�

La l�gation britannique pr�tend-elle se substituer � la justice r�guli�re des �tats napolitains? A-t-elle �t� charg�e de l'instruction de ce proc�s? Une d�p�che comme celle dont nous nous occupons n'est-elle pas une violation de toutes les r�gles diplomatiques? Ne constitue-t-elle pas une immixtion injustifiable dans les affaires int�rieures d'un �tat ind�pendant? La d�p�che de sir W. Temple se termine en disant que le proc�s Mignona rappelle les m�faits de Mazza et du commissaire de police Campagna, dont la puissance, quoique mitig�e par le directeur actuel, M. Bianchini, �est pr�te � s'exercer de nouveau d'une mani�re aussi arbitraire, si un autre ministre de police, semblable au pr�d�cesseur de M. Bianchini, �tait appel� � lui succ�der.�

Le m�morandum (des fr�res et amis) qui accompagne la d�p�che, fait l'histoire du proc�s comme le Times l'a �crite. J'ai eu occasion de r�futer ce tissu de fausset�s avec les pi�ces m�mes du proc�s, que mon correspondant de Naples a pu me procurer. Les �v�nements accomplis depuis ont justifi� pleinement l'importance des pi�ces saisies dans cette affaire. Tout a �t� mis en œuvre pour r�aliser l� plan de ce complot, que sir W. Temple a la t�m�rit� de d�clarer imaginaire 1�.

1 Voir (Appendice n� 3) des renseignements complets sur le proc�s.

N� 9.

Sir W. Temple �crit � lord Clarendon, le 26 juin, qu'il a appris de M. Carafa que la r�ponse � la France et � l'Angleterre serait bient�t exp�di�e et communiqu�e aux repr�sentants de ces puissances, � Naples.

N� 10.

Dans sa d�p�che du 30 juin, sir W. Temple fait savoir � lord Clarendon que la r�ponse n'a pas encore �t� exp�di�e et que le gouvernement semble vouloir gagner du temps. La d�p�che se plaint de la mani�re dont le Roi vit � Ga�te, o� �il s'occupe fort peu des affaires publiques� et elle se termine en annon�ant la reprise du proc�s Mignona.

N� 11.

L'extrait de cette d�p�che nous apprend que sir W. Temple a re�u de M. Carafa une note qui lui fait savoir l'exp�dition de la r�ponse du gouvernement, en offrant de lui en donner lecture ainsi qu'� M. Brenier.

N� 12.

Le Blue-Book publie, sons ce num�ro, la r�ponse du gouvernement de Naples aux communications de la France et de l'Angleterre, sous forme de d�p�che au prince Carini.

Celte pi�ce porte la date du 30 juin. Elle est, quant au fond, identique � celle adress�e � la France. Le ton est ferme; mais il serait difficile d'y signaler un mot qui p�t justifier le reproche d'inconvenance. M. Carafa fait observer que le gouvernement britannique s'�carte du principe de la non-intervention dans les affaires int�rieures d'un �tat ind�pendant. Ses remontrances, dit-il, vont au del� de ce que devraient �tre des �avis amicaux.� Le ministre du roi de Naples rassure l'Angleterre sur la situation du pays et les sentiments des populations. Il combat la supposition qui fait d�pendre la paix de l'Europe des affaires des Deux-Siciles, si elles �taient abandonn�es � elles-m�mes. Il ajoute: �Le gouvernement anglais doit �tre convaincu que le gouvernement des Deux-Siciles, scrupuleux � �respecter l'ind�pendance des autres, ne recourt na�t � personne le droit d'intervenir dans l'administration int�rieure des �tats royaux, et pas �davantage celui de censurer les actes et l'administration de la justice.� M. Carafa montre combien les reproches adress�s au gouvernement du Roi sont peu fond�s, en rappelant que Ferdinand II a donn� des preuves innombrables de sa cl�mence. Il fait observer ensuite que ceux qui en ont �t� l'objet s'en sont montr�s fort peu reconnaissants.

M. Carafa dit, en terminant, que l'�tat de l'Italie et les esp�rances que manifeste le parti r�volutionnaire ne permettent pas d'accorder en ce moment l'amnistie que l'on demande. Le Roi ne fera, dit-il, que c�der � son inclination naturelle quand les circonstances et sa dignit� lui permettront de r�aliser ce que son cœur d�sire non moins ardemment que la France et l'Angleterre. Si cette d�p�che renferme quelques paroles s�v�res, qu'on les rapproche des notes de sir W. Temple avant de les juger avec trop de rigueur.

N� 13.

Le ministre d'Angleterre annonce, dans la d�p�che qu'il adresse � lord Clarendon le 14 juillet, que le Roi doit retourner de Ga�te le lendemain. Sir W. Temple dit, en parlant de Sa Majest�: �on rapporte qu'elle a d�clar� ne vouloir pas c�der � une pression, et que si elle est attaqu�e, elle quittera le pays.� La d�p�che reconna�t ensuite que les d�marches de la France et de l'Angleterre donnent lieu h toutes sortes de rumeurs et produisent �une grande anxi�t� dans tous les partis.� Sir W. Temple ajoute qu'il n'y a rien � attendre des �tentatives int�rieures qui pourraient �tre faites pour am�liorer le Gouvernement, support�, comme il l'est, par les troupes suisses et par le reste de l'arm�e.�

La d�p�che veut �videmment parler de tentatives r�volutionnaires. C'est, donc sur les ennemis du Gouvernement que compte l'Angleterre? Sir W-Temple pense que l'arm�e, quoique m�contente de ses officiers, ne se tournerait pas contre le Gouvernement, �mais qu'un mouvement populaire lui fournirait un pr�texte de pillage.� Je le r�p�te, est-ce l� de la diplomatie? Le ministre d'Angleterre regrette l'impuissance des perturbateurs, la fid�lit� de l'arm�e, et il suppose la possibilit� d'un mouvement populaire pour accuser cette arm�e, dont la loyaut� lui d�pla�t, d'�tre dispos�e au pillage!

N� 14.

Le Blue-Book ne nous communique qu'un extrait de la d�p�che adress�e, en date du 17 juillet, par sir W. Temple � lord Clarendon. La gravit� de ces quelques lignes autoriserait � penser que cette publication a �t� confi�e � un employ� inexp�riment� du Foreign-Office. Cette d�p�che ne se contente pas d'annoncer l'envoi � Londres �d'une proclamation r�dig�e par les chefs les plus mod�r�s du parti lib�ral, qui a eu une tr�s grande circulation � Naples et dans les provinces.� La l�gation d'Angleterre, apr�s avoir prouv� ainsi ses relations avec les ennemis du Gouvernement et montr� que son chef est au courant de leurs men�es, explique l'objet de cette proclamation,

dont le but est �de recommander la mod�ration� jusqu'� ce qu'ils (les auteurs de la proclamation) puissent s'assurer des mesures que a les puissances occidentales jugeront convenable d'adopter afin de corriger les abus de. l'administration actuelle et d'�tablir un gouvernement fond� sur la justice et la l�galit�.� Voici les expressions anglaises: �To wait until they ean ascertain what measures the western powers may think proper to adopt in order to correct the abuses of the present administration and to establish � Government founded on justice and legality.� La d�p�che renferme une copie de cette proclamation en italien et en anglais.

N� 15.

M. Petre �crit � lord Clarendon, le 31 juillet, pour lui annoncer que sir W. Temple a quitt� Naples le 28, en lui confiant les affaires de la l�gation. Cette d�p�che se compose d'un extrait de deux lignes.

N� 16.

Sous ce num�ro, le Blue-Book donne l'extrait d'une d�p�che de M. Petre, qui lait conna�tre au cabinet anglais une contre-proclamation en r�ponse � celle du parti lib�ral.

M. Petre l'attribue � la police, et fait remarquer �le ton et le langage violent de cet appel intemp�r� � l'ordre� qu'il met en contraste avec �l'extr�me mod�ration� de la proclamation r�volutionnaire. Le grand objet que l'Angleterre semble appeler de ses vœux n'arrive pas, car M. Petre ajoute: �Je suis inform� qu'il y a, pour le moment du moins, peu de vraisemblance de voir troubler la tranquillit� de cette capitale.� La d�p�che se termine par une phrase � la louange de M. Bianchini, qui remplit les fonctions de ministre de la police.

N� 17.

M. Petre annonce h lord Clarendon que les proc�s politiques suspendus vont reprendre leur cours, apr�s un retard caus� par des expertises et v�rifications d'�critures. 11 pr�tend que le r�sultat de ces exp�riences a �t� favorable aux accus�s, tandis que les pi�ces du proc�s prouvent pr�cis�ment le contraire. Il termine en disant: �Quel que soit le r�sultat de ces proc�s, ils nous ont r�v�l� des a sc�nes de subornation, de parjure, de cruaut�, qui n'ont point �t� surpass�es, je crois, m�me dans les annales judiciaires de ce pays.�

N� 18.

M. Petre �crit � lord Clarendon, en date du 10 ao�t, pour lui envoyer un m�morandum (des r�volutionnaires, toujours) sur �la situation et les besoins du royaume de Naples.� Le Blue-Book ne fait pas conna�tre les r�flexions dont M. Petre accompagne cette pi�ce, qui r�sume tous les reproches adress�s au gouvernement de Naples, toutes les accusations qui ont couru et courent les feuilles r�volutionnaires depuis 1849. Ce m�morandum fait l'histoire de l'administration int�rieure, des r�formes op�r�es dans le cours d'un demi-si�cle, r�formes dont la constitution du 10 f�vrier 1848 �tait, nous dit-on, le couronnement. Les auteurs du m�moire nous apprennent que cette constitution, bien qu'elle ne soit pas en vigueur, n'en a pas moins une existence r�elle. �Elle existe dans la m�me condition que toutes les lois de la monarchie, de jure y quoique non de facto.� Le m�morandum conclut au r�tablissement de la Constitution, en vertu des paroles de lord Clarendon au sein du Congr�s de Paris. Il �met l'esp�rance que la France et l'Angleterre ne s'arr�teront pas devant �le pr�tendu droit de non-intervention...� �La puissance de l'Angleterre et de la France est �pr�dominante en Europe. LA PUISSANCE NAVALE DE L'ANGLETERRE LA REND PLUS SP�CIALEMENT PR�DOMINANTE DANS LE ROYAUME DE NAPLES�

La puissauce implique avec elle la responsabilit�; la �responsabilit� donne le droit d'action.� Le m�morandum se termine par ces maximes qui n'ont pas encore �t� admises dans le droit des gens 1.

N� 19.

M. Petre �crit � lord Clarendon, en date du 11 ao�t, que quelques condamn�s politiques viennent d'�tre l'objet de la cl�mence royale; mais que cet acte est insignifiant et n'a attir� aucune attention.

N� 20.

Le charg� d'affaires d'Angleterre mande � lord Clarendon, le 1er septembre, que, par suite de la condamnation prononc�e en 1852 contre Poerio et ses coaccus�s, le Gouvernement r�clame les frais de la proc�dure

1 Comment M. Petre a-t-il pu faire du pamphlet objet de cette d�p�che le sujet d'une communication diplomatique, et comment le minist�re a-t-il fait imprimer � titre de nouveaut�, ce qui a paru au mois d'ao�t dernier � Turin et � Londres? Les journaux r�volutionnaires du Pi�mont ont reproduit � cette �poque tout ce m�morandum. Le journal l'Opinion, entre autres, l'a publi� en annon�ant qu'il le recevait de sou correspondant de Naples, et il est tout entier dans le Times du 21 ao�t 1856. Avec un peu de patience, on pourrait retrouver ainsi les autres pi�ces dont il est question; mais le fait que je signale permet d'appr�cier le r�le qu'ont rempli � Naples les diplomates de la l�gation britannique. On peut juger par cet exemple de la valeur des communications soumises au Parlement.

 et vient de mettre le s�questre sur une propri�t� de Poerio, � Catanzaro, pour la somme de 1,137 ducats.

M. Petre s'indigne de ce que les condamn�s sont tenus, �conform�ment � la loi de Naples� de payer les frais du proc�s. Si M. Petre connaissait les lois des autres pays de l'Europe, et m�me celles de l'Angleterre, il s'�tonnerait moins de cette �normit�, puisqu'elle existe ailleurs que dans le royaume des Deux-Siciles. M. Petre s'excuse d'avoir employ� le mot loi, vu que les actes du Gouvernement sont �ill�gaux� et il termine en d�clarant que cette exigence est d'autant plus coupable, qu'elle est en opposition avec les d�sirs exprim�s par les grandes puissances. Cette d�p�che est communiqu�e par extrait.

N� 21.

Une d�p�che, de la m�me date que la pr�c�dente, annonce � lord Clarendon une seconde note de M. Carafa, destin�e � modifier l'impression produite par la r�ponse du Gouvernement aux repr�sentations de la France et de l'Angleterre. Cette note est identique � celle adress�e dans le m�me but au gouvernement fran�ais. Elle a �t� publi�e par le Moniteur 1.

M. P�tre se borne � faire observer que le Roi demeure in�branlable dans ses r�solutions, et que �la politique qui a assombri cette portion de l'Italie est aussi arr�t�e que jamais�.

1 On en trouvera le texte Appendice n� 4.

N� 22.

Le 9 septembre, M. Petre annonce � lord Clarendon que, apr�s une suspension de deux mois, le proc�s Mignona vient d'�tre repris. Le charg� d'affaires d'Angleterre dit avoir assist� � l'audience de la Grande Cour criminelle le 9, et il rend compte de ce qui s'y est pass�.

Les d�tails dans lesquels entre la d�p�che ont �t� lus tout entiers dans les correspondances du Times: ils forment l'histoire des 50 coups de b�tons inflig�s � 54 for�ats de Procida en l'ann�e 1854. C'est pour avoir quitt� leurs fers, s'�tre mis en �tat de r�volte, que ces prisonniers ont subi cette peine; conform�ment aux r�glements du bagne. Le nom du Roi ayant �t� prononc� dans le cours de la d�position du directeur, M. Petre insiste beaucoup l�-dessus. Cet incident lui �sugg�re la r�flexion p�nible que le nom de la royaut� n'�tant pas plus longtemps associ� � la brillante pr�rogative de la mis�ricorde, est souill� par le contact des d�tails les plus d�go�tants du ch�timent des condamn�s�.

Telle est, dans la d�p�che, la part du Roi. Quant au principal t�moin � charge, M. Petre trouve que ses �ant�c�dents sont d'une nature si vile, que son t�moignage est sans valeur.�

1  Comment simuler une si grande indignation de ce que des for�ats sont pass�s par les verges � Naples, quand l'Angleterre elle-m�me administre

La d�p�che se termine par cette exclamation en l'honneur de la justice napolitaine: �Comment attendre que le cours de la justice puisse couler d'une mani�re pure, quand il est ainsi souill� � sa source!� Les t�moins, la justice, le souverain, tout est perverti, souill�, aux yeux du repr�sentant de l'Angleterre. Mais � qui donc M, Petre esp�re-t-il persuader qu'il n'y a de digne de sympathie et de respect dans le royaume de Naples que les conspirateurs et les for�ats condamn�s pour crimes communs, comme ceux qui ont �t� ch�ti�s dans le bagne de Procida? Ce style diplomatique se recommande par des qualit�s nouvelles dont M. Petre peut certainement revendiquer le m�rite de l'invention.

avec une prodigalit� sans exemple les coups de b�ton � ses soldats.

Une statistique officielle, communiqu�e aux Chambres le 28 f�vrier 1857; nous apprend, d'apr�s les relev�s faits par ordre du Gouvernement, le nombre exact des condamnations militaires dans les ann�es 1853, 1854 et 1855, ainsi que le nombre de coups re�us par les condamn�s. Nous y voyons qu'en 1 853, 808 soldats, condamn�s � �tre fouett�s, ont re�u 24, 959 coups; en 1854, 1, 214, condamn�s ont re�u 15, 479 coups, et, en 1855, 1, 333 condamn�s ont re�u 42, 154 coups! Parmi ces malheureux, il en est � qui l'on a administr� 48 et 50 coups; il y a, de 1853 � 1855, progression de pr�s de vingt mille coups de fouet. L'Angleterre est d�cid�ment en progr�s sur le royaume de Naples, o� les coups de verge ne sont administr�s, comme peine disciplinaire, qu'� des for�ats en r�volte. Cette statistique offre cependant une lacune; elle ne dit pas combien de soldats sont morts sous les coups ou par suite de ce cruel ch�timent.

N� 23.

M. Petre, qui parait joindre � ses fonctions politiques celles de surveillant de la justice napolitaine, �crit, le 15 septembre, � lord Clarendon, que la Grande Cour criminelle s'est r�unie le jour m�me. Le procureur g�n�ral a demand� que le directeur du bagne de Procida f�t entendu de nouveau, afin de bien constater que l'ordre de ch�tier les prisonniers coupables lui avait �t� donn� par ses chefs imm�diats, ainsi que cela r�sulte de pi�ces produites � l'audience. En cons�quence, la Cour s'ajourne au lendemain. Le repr�sentant de l'Angleterre attache � cet incident une telle importance, qu'il exp�die aussit�t � Londres une d�p�che sp�ciale dont le Gouvernement ne communique aux Chambres qu'un extrait. En voici la derni�re phrase: �Quelqu'un qui serait entr� � l'audience de la Cour pour la premi�re fois, au�rait suppos� qu'au lieu de Mignona et de ses coassoci�s, UN PERSONNAGE BEAUCOUP PLUS AUGUSTE �TAIT EN CAUSE.�

N� 24.

Dans celte d�p�che, qui porte la date du 14 septembre, et que nous ne connaissons que par extrait, M. Petre dit au comte de Clarendon qu'il s'est abstenu de parler de la question en litige entre les deux gouvernements, parce que c'e�t �t� inutile.

Il n'en exprime pas moins la conviction a qu'une modification superficielle du syst�me existant� ne saurait assurer �la tranquillit� future.� M. Petre croit � la n�cessit� �de modifier d'une mani�re sensible tout l'esprit du Gouvernement� de donner, �tout au moins, quelque portion de libert� politique� d'administrer la-justice �d'une main pure et impartiale� car, sans cela, l'Italie m�ridionale continuerait � �tre �ce qu'elle est maintenant, une plaie d�go�tante aux yeux de l'Europe.�

N� 25.

Le comte de Clarendon �crit, le 10 octobre, aux lords commissaires de l'Amiraut� pour leur annoncer la rupture diplomatique avec le gouvernement napolitain. Sa Majest� la reine d�sire, en cons�quence, qu'une force navale se tienne � Halte, pr�te � prot�ger, s'il �tait n�cessaire, les int�r�ts des sujets britanniques dans les Deux-Siciles. On trouve dans cette d�p�che un passage que j'ai relev� ailleurs, et d'apr�s lequel le commandant de la flotte enverra de temps en temps un bateau � vapeur dans les eaux de Naples et de Sicile, afin de s'-assurer aupr�s des consuls si les circonstances ne demandent pas l'intervention active des forces navales de Sa Majest�.

Lord Clarendon ajoute que le gouvernement fran�ais devant prendre des dispositions analogues, les commandants des navires anglais devront s'efforcer d'agir de concert avec ceux de la marine fran�aise.

N� 26.

Le secr�taire de l'Amiraut� r�pond � la note pr�c�dente que, conform�ment � la d�p�che de lord Clarendon, les instructions n�cessaires ont �t� exp�di�es au contre-amiral sir R. S. Dundas

.

N� 27.

Le comte de Clarendon, par d�p�che du 10 octobre, annonce � M. Petre la rupture des rapports diplomatiques, et lui donne l'ordre de quitter Naples. Cette r�solution est motiv�e sur ce que �le gouvernement napolitain n'entend pas modifier le syst�me qui pr�vaut dans les domaines de Sa Majest� le roi des Deux-Siciles.� Le gouvernement des Deux-Siciles a mal compris, dit le noble lord, les intentions du gouvernement de Sa Majest�, qui �tait anim� par �un d�sir sinc�re de r�tablir entre l'Angleterre et Naples des rapports de plus grande cordialit� que ceux qui ont exist� depuis quelque temps.�

Comment concilier la sinc�rit� de ce d�sir avec le langage des d�p�ches de M. Petre? Et si le charg� d'affaires d'Angleterre n'�tait pas anim� au m�me degr� que son gouvernement de ce d�sir sinc�re de r�tablir des relations d�plus grande cordialit�, comment lord Clarendon a-t-il pu approuver son langage et sa conduite?

Il est impossible, devant des assurances si positives et en contradiction si formelle avec les actes des repr�sentants de l'Angleterre, de ne pas se demander o� est la sinc�rit�: se trouve-t-elle dans les d�p�ches de M. Petre ou dans celles plus mesur�es et plus diplomatiques de lord Clarendon?

Bref, �le gouvernement de Sa Majest� a donc, d'accord avec le gouvernement de Sa Majest� l'empereur des Fran�ais, pens� que des relations diplomatiques ne pouvaient pas �tre maintenues plus longtemps avec un gouvernement qui rejette tous les avis amicaux, et qui est d�termin� � pers�v�rer dans un syst�me condamn� par toutes les nations civilis�es.

�En cons�quence, � la r�ception de cette d�p�che, vous quitterez Naples avec les membres de la l�gation, laissant les archives � la garde du consul de Sa Majest�.�

�Des instructions semblables seront adress�es au ministre de France.� La d�p�che informe M. Petre des dispositions prises par l'Amiraut� et termine par ces mots: �Vous lirez cette d�p�che � M. Carafa et lui en laisserez copie; et vous quitterez Naples aussit�t apr�s avoir pris les dispositions n�cessaires pour votre d�part.�

N� 28.

Lord Clarendon �crit � M. Petre, � la m�me date du 10 octobre, pour lui envoyer copie des instructions donn�es au contre-amiral Dundas, sur la conduite � tenir apr�s le d�part de la l�gation. La d�p�che ajoute qu'il �n'est pas jug� opportun d'envoyer un des bateaux � vapeur de Sa Majest� pour chercher la l�gation.� M. Petre est invit� � quitter Naples par la voie de terre ou par un des bateaux � vapeur de la M�diterran�e, et & donner au contre-amiral Dundas avis de son d�part, par un messager qui devra se rendre � Civita.Vecchia, o� un navire � vapeur attendra ses d�p�ches.

N� 29.

M. Petre �crit au comte de Clarendon, le 6 octobre, que le proc�s Mignona est arriv� � sa fin le 2. La d�p�che r�sume ce qui s'est pass� dans les audiences tenues depuis le 15 septembre. Elle revient sur l'histoire des coups de b�ton, fait conna�tre quelles �taient les condamnations demand�es par le procureur g�n�ral et quelles sont celles prononc�es par la Cour. M. Petre, loin de faire aux juges un m�rite de leur cl�mence, explique qu'ils n'ont pas pu infliger une peine plus s�v�re parce qu'ils se trouvaient divis�s par moiti�, et que le partage des voix a d� faire pencher la balance en faveur de la condamnation la moins grave.

Le charg� d'affaires d'Angleterre trouve une autre raison pour enlever � la justice napolitaine le m�rite d'un jugement contre lequel l'�quit� ne permet pas de protester. �Je suis dispos�, dit-il, � a m'associer � la conviction g�n�rale que l'opinion �publique de l'Europe �clair�e n'a pas eu une �faible part d'influence pour temp�rer, par la �mis�ricorde, la derni�re sentence de la Cour de justice napolitaine.�

Ainsi, lorsqu'il se fait � Naples quelque chose qu'il est impossible d'incriminer, on doit en remercier l'opinion publique de l'Europe!

N� 30.

Dans sa d�p�che du 9 octobre, M. Petre entretient de nouveau lord Clarendon du proc�s termin� depuis le 2, pour rectifier ce qu'il a dit dans la note pr�c�dente au sujet de cinq des accus�s. M. Petre avait annonc� que ces personnes avaient �t� d�clar�es non coupables, tandis que le jugement se bornait � dire que la culpabilit� n'�tait pas prouv�e, ce qui n'est pas la m�me chose dans le code napolitain. L'histoire des coups de b�ton occupe encore sa place dans cette d�p�che.

M. Petre y revient avec un nouveau plaisir, parce qu'il a d�couvert que, d'apr�s le r�glement du bagne, c'�tait quarante coups, dit-il, et non pas cinquante qui auraient d� �tre administr�s aux for�ats r�volt�s. Le repr�sentant de l'Angleterre insiste l�-dessus pour arriver � cette conclusion: �La cons�quence logique de ceci, c'est que, ou le Roi a sanctionn� le rescrit (quoiqu'on le nie), ou le ministre, non content d'enfreindre deux lois, en a viol� une �troisi�me.�

N� 31.

Le Blue-Book donne, sous la m�me date, une seconde d�p�che de M. Petre � lord Clarendon, annon�ant que M. Carafa �tient toujours le m�me langage touchant l'inviolabilit� de la pr�rogative royale...� M. Carafa m'a inform� en m�me �temps que, ces derniers jours, le Roi a pardonn� deux personnes notables condamn�es �pour cause politique et qui ont sollicit� le pardon de Sa Majest�. Il ne m'a pas dit si ce sont des prisonniers ou des r�fugi�s.�

N� 32.

La d�p�che de M. Petre, en date du 16 octobre, n'est donn�e que par extrait. �Rien, dit-il, ne semble appuyer la supposition que l'effervescence du sentiment public fera �clater une collision ou troublera la paix de cette capitale.�

M. Petre soutient qu'il y a r�ellement effervescence et m�contentement, bien qu'il soit difficile de l'apercevoir � la surface. On pourrait, dit-il, r�futer ais�ment le sophisme de ceux qui pr�tendent le contraire. S'il n'en est pas ainsi, ajoute-t-il, pourquoi le Gouvernement ne se rend-il pas aux d�sirs des puissances alli�es?

N� 33.

Un extrait de d�p�che, en date du 20 octobre, nous apprend que M. Petre a re�u les instructions qui lui ordonnent de quitter Naples. Il s'est entendu pour cela avec M. le baron Brenier, et H. Carafa doit, le lendemain, donner audience aux repr�sentants de la France et de l'Angleterre.

N� 34.

Cette d�p�che, qui est de lord Cowley, porte la date de Compi�gne, 27 octobre. Elle annonce � lord Clarendon que le gouvernement fran�ais a re�u de M. Brenier des d�p�ches qui donnent, sur la derni�re entrevue avec M. Carafa (le 21 octobre), des d�tails qui co�ncident avec ceux contenus dans une d�p�che re�ue de M. Petre.

Lord Cowley rapporte que M. le baron Brenier parle avec les plus grands �loges de la conduite de M. Petre dans toute cette affaire. Le ministre de France ne peut faire allusion qu'� la conduite officielle de son coll�gue, qui certainement ne lui communiquait rien de ce qu'il faisait dans son r�le extra-diplomatique de surveillant de la justice et de patron de tous les m�contents et de tous les r�volutionnaires des �tats napolitains.

N� 35.

M. Petre rend compte a lord Clarendon de l'entrevue du 21 avec M. Carafa. Apr�s avoir eu connaissance de la d�termination de la France et de l'Angleterre, le ministre de Naples a exprim� �son profond regret de la tournure qu'avaient prise les affaires� en ajoutant que le Roi ne pouvait modifier ni ses sentiments ni sa ligne de conduite. M. Carafa a pri� M. le baron Brenier et M. Petre d'assurer � leurs gouvernements respectifs que leurs sujets continueraient � jouir dans les Deux-Siciles de la parfaite s�curit� que leur m�ritait leur conduite irr�prochable. Enfin, le ministre de Sa Majest� napolitaine a t�moign� le d�sir que les repr�sentants de la France et de l'Angleterre lui demandassent leurs passe-ports par �crit, ce qui a �t� accept�.

N� 36.

M. Petre fait savoir � son gouvernement, en date du 23 octobre, qu'il s'�tait d�cid� � quitter Naples le 30, par un des bateaux-poste qui font le service de Marseille; mais que M. le baron Brenier pr�f�re, �pour diverses raisons� prendre la voie de terre. Il est, en cons�quence, convenu que les deux l�gations iront s'embarquer � Civita-Vecchia, en passant par Rome.

N� 37.

Le comte de Clarendon fait savoir � M. Petre, par d�p�che du 31 octobre, qu'il a re�u sa derni�re note et qu'il approuve les dispositions prises pour son d�part. Le chef du Foreign-Office ajoute; �J'ai la satisfaction de vous transmettre l'enti�re approbation du gouvernement de Sa Majest� pour le jugement et l'habilet� avec lesquels vous avez rempli les devoirs qui vous ont �t� confi�s de�puis le d�part de Naples de feu sir W. Temple.�

N� 38.

Dans sa d�p�che du 25 octobre, M. Petre envoie � lord Clarendon copie del� note adress�e, en date du m�me jour, au contre-amiral Dundas, conform�ment aux instructions qu'il a re�ues de son gouvernement.

M. Petre doit quitter Naples le 28 octobre avec les membres de la l�gation. �J'avais eu l'intention, dit-il en terminant, d'envoyer le t messager � Civita-Vecchia, par le bateau � vapeur du 27, mais j'ai pens� depuis qu'il �tait prudent que l’amiral Dundas re��t plus promptement avis de mon d�part.�

La note � l'amiral Dundas, qui accompagne la d�p�che, se borne � mentionner que le d�part de la l�gation aura lieu le 28, et que le personnel de la l�gation de France quittera Naples le m�me jour.

N� 39.

M. Petre ne peut se d�cider � s'�loigner de Naples sans donner un dernier t�moignage officiel de sympathie au chef des r�volutionnaires napolitains. Une d�p�che sp�ciale, dat�e du 27 octobre, veille du d�part, est destin�e � porter � Londres des nouvelles de la sant� de Poerio. La voici en entier:

�Mylord,

�Je regrette sinc�rement que dans cette d�p�che, qui sera une des derni�res que j'adresse�rai � Votre Seigneurie, je sois oblig� de vous parler des souffrances physiques de Carlo Poerio.

�Depuis quelque temps il souffrait d'une tymeur � l'�pine dorsale, provenant en grande partie, je crois, de son long emprisonnement et de sa nourriture malsaine, et aggrav�e encore par le frottement de sa cha�ne. Une op�ration a �t� faite tout r�cemment sur lui, et il est maintenant, me dit-on, dans un �tat de sant� plus  satisfaisant. Mais si mes renseignements sont exacts, et je n'ai pas de raison d'en douter, quelque r�voltants que soient ces faits au point 4 de vue de l'humanit�, ni avant, ni pendant, ni apr�s l'op�ration, les cha�nes n'ont �t� enlev�es.�

Mon travail n'a pas pour objet de relever les faits, les d�tails que le gouvernement de Naples, comme je l'ai dit ailleurs, est seul en mesure de r�futer avec toute l'autorit� d�sirable. Je ferai cependant observer que cette d�p�che, quoi que pense M. Petre des renseignements qui lui ont �t� fournis, a �t� �crite sur des informations erron�es et surtout inspir�es par la malveillance.

L'emprisonnement de Po�rio, il est vrai, dure depuis sa condamnation; mais chacun sait � Naples que Monte-Sarchio, o� il est d�tenu, est un chateau seigneurial qui a appartenu au marquis del Vasto et qui se trouve, sous le rapport hygi�nique, dans les conditions les plus favorables.

Quant & la nourriture malsaine, ce grief est d'autant moins fond�, que Poerio et plusieurs de ses compagnons ne sont pas r�duits & la ration des d�tenus ordinaires, car ils ont obtenu d'avoir, � leur solde, un cuisinier qui les nourrit de la mani�re qui leur convient. Ce fait, que M. Petre aurait pu facilement conna�tre, r�pond victorieusement � tous les reproches relatifs au r�gime alimentaire.

Pour ce qui regarde la cha�ne, si M. Poerio n'est pas dispens� de la porter (comme on l'assure), il est certain que son frottement ne doit pas �tre tr�s-pernicieux, car ses fers, s'il les porte, ne se composent que de quelques anneaux.

Enfin, il est de notori�t� publique, � Naples, que les r�glements des prisons prescrivent d'une mani�re g�n�rale et absolue, �n cas de maladie d'un d�tenu, de lui enlever ses fers. Les m�decins ont le droit de l'exiger d�s qu'ils le jugent utile.

Il est �vident aussi que les for�ats ne portent pas leur cha�ne de mani�re � produire un frottement capable d'avoir les r�sultats signal�s par la d�p�che. Des personnes bien inform�es affirment que Poerio n*a jamais �t� malade, n'a jamais eu de tumeur, n'a jamais subi d'op�ration. La d�p�che anglaise me dispose � le croire. On doit remarquer que le repr�sentant de l'Angleterre n'affirme rien de positif.

Il n'a pas vu Poerio, et il parle de son �tat d'apr�s les rapports de ces amis des prisonniers politiques enferm�s au ch�teau de Monte-Sarchio� dont on a d�j� envoy� un m�morandum � Londres. Les d�tails dans lesquels entre la d�p�che seraient r�voltants, si les informations de M. Petre �taient exactes; mais lui-m�me croit devoir faire des r�serves. Le doute couvert sous les mots: �Je crois, — me dit-on, — si mes renseignements sont exacts� suffit pour infirmer l'autorit� de son t�moignage. L'�normit� de l'assertion qui termine la d�p�che suffirait seule � d�montrer la fausset� des rapports sur lesquels s'appuie M. Petre. Comment un chirurgien pourrait-il pratiquer une op�ration, extraire une tumeur sans enlever la cha�ne, c'est-�-dire, d'apr�s la d�p�che, la cause dont le contact produit le mal qu'il s'agit d'extirper? Comment Poerio serait-il, ainsi que le dit la d�p�che, dans un �tat de sant� plus satisfaisant si la cha�ne, cause premi�re de ses souffrances, a �t� laiss�e sur la plaie apr�s l'extirpation? Ces quelques lignes renferment trop d'invraisemblances, et le dit-on sur lequel s'appuie M. Petre est trop vague pour qu'on puisse croire un seul mot de ce qu'il raconte. Cette d�p�che, qui forme le bouquet de la correspondance de M. Petre, a voulu trop prouver pour prouver quelque chose.

N� 40.

Dans une d�p�che de m�me date que la pr�c�dente (27 octobre), M. Petre fait savoir � lord Clarendon qu'il a adress� aux consuls anglais � Naples et � Palerme une circulaire pour leur dire qu'ils devront donner protection aux sujets fran�ais aussi bien qu'� leurs nationaux., Une circulaire avait �t� adress�e dans le m�me but aux consuls fran�ais par M. le baron Brenier.

La d�p�che renferme copie d'une note envoy�e au consul anglais � Naples pour lui annoncer le d�part de la l�gation et lui confier le soin des archives.

N� 41.

M. Petre mande � lord Clarendon (en date du 27) qu'il a �crit � M. Carafa pour demander ses passe-ports. Il lui envoie copie de sa lettre et de la r�ponse dont le ministre napolitain a accompagn� les passe-ports.

N� 42.

Le charg� d'affaires d'Angleterre �crit � lord Clarendon, � la m�me date, qu'il ne veut pas clore sa correspondance avec Sa Seigneurie sans lui exprimer les sentiments de gratitude que lui inspirent les bons rapports qu'il a eus avec M. le baron Brenier, dont il loue les proc�d�s � son �gard,

N� 43.

Le comte de Clarendon �crit de Londres, le 4 novembre, pour approuver la circulaire que H. Petre a adress�e aux consuls anglais.

N� 44.

Lord Clarendon �crit � lord Cowley, ambassadeur � Paris, de communiquer au comte Walewski la d�p�che o� M. Petre se loue des aimables proc�d�s de M. le baron Brenier, et de le prier de faire parvenir au repr�sentant de la France les remerciments du gouvernement britannique.

N� 45.

Le consul d'Angleterre, aussit�t en jouissance de ses nouvelles attributions, s'empresse d'�crire & lord Clarendon dans un style qui continue avec fid�lit� les traditions de sir W. Temple et de M. Petre.

M. Gallwey envoie au chef du Foreign-Office, en date du 12 novembre, une lettre circulaire adress�e par le ministre de la police � tous les commissaires de la capitale, et accompagne cette pi�ce de judicieuses r�flexions: �La population, dit-il, est tr�s-calme; mais je sais qu'une a excitation consid�rable r�gne dans les esprits du parti lib�ral, et je sais aussi que, du c�t� oppos�, les chaires, dans quelques �glises, servent de moyen de censure et de m�dium pour enflammer les esprits du parti du Roi contre les gouvernements de France et d'Angleterre, sp�cialement contre le dernier.�

Je traduis litt�ralement, afin de ne pas d�parer ce morceau de style diplomatique, et je laisse au lecteur le soin de chercher ce qu'a pu vouloir dire le consul en parlant du calme de la population dont on enflamme l'esprit du haut des chaires sacr�es. M. Gallwey ne s'est pas aper�u, en �crivant ces lignes, qu'il outrageait non-seulement le gouvernement, mais la religion.

Les chaires de Naples n'ont jamais servi � exciter l'esprit des populations contre les personnes ni les gouvernements. La circulaire dont M. Gallwey envoie copie � lord Clarendon proteste d'ailleurs contre ces calomnies: car elle donne pour instruction aux commissaires de faire tout ce qui est

en leur pouvoir pour �viter qu'il ne s'�l�ve des contestations avec les sujets anglais et fran�ais, et recommande que les �trangers soient entour�s d'�gards et jouissent de la plus parfaite s�curit�. Les faits signal�s dans la d�p�che seraient donc en contradiction formelle avec les instructions de l'autorit�

N� 46.

Le comte de Clarendon �crit, le 15 novembre, & S. Exc. le prince Carini, ambassadeur de Naples �

�Voici la traduction de la circulaire dont le consnl envois copia � lord Clarendon:

CIRCULAIRE

Naples, 17 octobre.

Je dois vous recommander la plus grande vigilance dans les affaires de votre administration, afin d'emp�cher l'origine de la plus l�g�re discussion avec des sujets anglais et fran�ais; et dans le cas o� des diff�rends de cette nature s'�l�veraient, il est � d�sirer que vous employiez tous vous efforts pour les apaiser, et que vous fassiez votre possible pour d�fendre et prot�ger activement les droits, les personnes, les biens et les int�r�ts des Fran�ais et des Anglais. Enfin, vous �tes positivement charg�s d'emp�cher aucun incident f�cheux; vous pourrez, pour les pr�venir, employer tons les moyens qui sont � la disposition des autorit�s, et, s'ils se produisaient, vous les feriez cesser aussit�t.

�Vous �tes trop prudents polir ne pas comprendre combien il vous faudra de soin et de vigilance pour bien ex�cuter ces instructions, ei la lourde responsabilit� qui p�serait sur les autorit�s qui, par n�gligence ou autrement, permettraient � des diff�rends de cette nature de se produire, ou qui, �tant inform�es de leur existence, ne les feraient pas cesser imm�diatement. Vous accuserez r�ception de cet ordre.�

Londres, pour lui donner ses passe-ports pour lui et les membres de la l�gation des Deux-Siciles.

N� 47.

S. Exc. le prince Garini s'empresse de r�pondre � lord Clarendon en lui accusant r�ception de sa note et des passe-ports. Le ministre pl�nipotentiaire de Naples annonce qu'il quittera Londres la semaine suivante, et que la protection des sujets napolitains est confi�e au ministre de Prusse.

III

Avec la quarante-septi�me d�p�che se termine ce que nous connaissons de cette correspondance diplomatique. Sa nouveaut� ne peut manquer de produire une impression en rapport avec la gravit� des faits qu'elle r�v�le. On se demandera, en lisant des pi�ces form�es d'un tissu de fausset�s, d'incriminations malveillantes, presque toujours injurieuses et outrageantes, comment il serait permis de croire, bien que lord Clarendon en donne l'assurance, que le Gouvernement anglais est anim� du d�sir sinc�re de r�tablir avec Naples des relations de plus grande cordialit� que celles qui ont exist� depuis quelque temps. Il devrait suffire de livrer ces documents � la publicit� pour soulever contre les proc�d�s de la diplomatie anglaise cette opinion publique de l'Europe, � laquelle l'Angleterre fait si volontiers et si souvent appel contre le Gouvernement napolitain. Les cabinets europ�ens auront � juger s'il ressort d�s faits expos�s dans ces d�p�ches que la politique anglaise � Naples a eu quelque connivence dans l'action r�volutionnaire qui agite le royaume des Deux-Siciles.

La cour de Naples pourrait en appeler contre ces pi�ces, non-seulement � l'opinion et aux cabinets de l'Europe, mais � ce qu'il y a de loyaut� en Angleterre, car il est impossible,

quelles que soient les pr�ventions des Anglais contre Naples, quelque grossi�res que soient les erreurs r�pandues sur les institutions et l'�tat de ce pays, il est impossible, dis-je, qu'ils lisent sans indignation la plupart des d�p�ches de leurs repr�sentants. Lord Derby a justifi� le sentiment que j'exprime dans une des derni�res s�ances du Parlement dont la mission vient de finir. Le noble comte n'a pas cru devoir laisser clore les travaux de la l�gislature sans protester avec �nergie contre la politique suivie envers Naples. Il ne s'est pas content� d'appeler l'intervention �un acte des plus malencontreux;� mais, abordant l'examen des pi�ces dont je viens de donner l'analyse, il les a jug�es avec une s�v�rit� � laquelle la majorit� de la Chambre haute a paru s'associer. Je me plais � invoquer de nouveau son t�moignage:

�Il vous a �t� pr�sent� (a-t-il dit) des documents au moyen desquels on pr�tend expliquer les circonstances qui ont donn� lieu � l'intervention, mais je n'ai jamais vu une plus pauvre collection de documents, et dont l’obscurit� �tudi�e �clairasse aussi peu la question. (Marques d'approbation) Parmi le quarante-cinq pages de ce Blue-Book, il n'y en a que trois qui ont quelque rapport � ce qu'on d�sire conna�tre;

le reste consiste enti�rement en rapports de proc�dure, en memoranda (la plupart anonymes), relatifs aux affaires de Naples, mais qui n'ont aucun rapport avec la question, c'est-�-dire avec le droit d'intervenir dans les affaires d'un �tat ind�pendant.

�En lisant ces documents, on ne trouve pas le moindre pr�texte pour supposer que quelque int�r�t europ�en f�t en p�ril, ou qu'un sujet anglais e�t souffert une injustice quelconque, ou que vous eussiez quelque motif de plainte qui p�t justifier la d�marche que vous avez faite en offrant au roi de Naples, au nom des gouvernements d'Angleterre et de France, des recommandations tendant � faire adopter � Sa Majest� un nouveau syst�me de politique int�rieure. Cette pr�tention d'intervenir a �t� naturellement repouss�e par le roi de Naples, comme elle l'aurait �t� par tout souverain qui aurait le moindre sentiment de dignit� et d'ind�pendance. (Marques d'approbation.)

�Vous recommandez � Sa Majest� d'accorder une amnistie g�n�rale. Mais qu'avez-vous � voir dans une amnistie g�n�rale � Naples? Est-ce que les Napolitains seraient par hasard vos sujets? Que vous importe la mani�re dont la justice est administr�e � Naples, pourvu que les sujets anglais ne soient pas l�s�s?

Supposez maintenant que quelques, ann�es avant que Sa Majest� la Reine e�t accord� � M. Smith O'Brien la gr�ce enti�re, dont sa conduite ult�rieure a prouv� qu'il �tait digne, supposez, dis-je, que quelque gouvernement �tranger f�t venu � vous et vous e�t fait conna�tre d'une mani�re officielle que le peuple irlandais aurait �prouv� une grande joie de voir Sa Majest� ac�corder une gr�ce enti�re � Smith O'Brien et � ses coll�gues; si cette puissance avait ajout� qu'on d�sirait cette gr�ce dans l'int�r�t m�me de Sa Majest�, qu'auriez-vous r�pondu? Votre r�ponse e�t �t�, sans aucun doute, beaucoup moins polie que celle donn�e par le roi de Naples; vous auriez aussit�t demand� � ce gouvernement de reprendre la communication qui contenait un avis qu'on ne pouvait ni recevoir, ni m�me �couter, et, si le ministre �tranger �avait insist�, vous lui auriez probablement montr� la porte en lui disant de ne plus revenir, (Marques d'approbation et rires. ) Eh bien qu'a fait le roi de Naples? Il vous a �crit une note en refusant fermement d'entendre vos recommandations; il s'est montr� cependant reconnaissant des sentiments que vous lui avez exprim�s pour lui et pour son pays, tout en d�clarant que suivre ces recommandations serait un acte incompatible avec ses droits de souverain ind�pendant.

On n'a pas r�pondu � cette note; mais, environ deux mois apr�s, il parait que le roi; inform� que le ton de sa lettre n'avait pas paru assez courtois, en a �crit une autre. Sa Majest� y exprimait son d�sir de continuer ses relations avec l'Angleterre dans les meilleurs termes, et d'accorder toute la protection possible aux sujets britanniques, en regrettant qu'un juste sentiment d'ind�pendance et de dignit� nationale ne lui perm�t pas de suivre des conseils qui, sans aucun doute, lui �taient donn�s dans les vues les plus amicales par les gouvernements de France et d'Angleterre. Quelle r�ponse a �t� faite � cette communication? La seule r�ponse a �t� le rappel de votre ministre.

�Je ne sais pas, Messieurs, sous quel pr�texte on a retir� notre l�gation de Naples, ou quel �v�nement a eu lieu qui p�t justifier la suspension de nos relations diplomatiques avec un souverain qui exprimait le d�sir ardent de rester en bons termes avec l'Angleterre. Quelle a �t� la cons�quence de tout cela? C'est que l� retraite de votre ministre a �t� consid�r�e comme un fait enti�rement insignifiant; � la vue de toute l'Europe le repr�sentant de Sa Majest� est parti au milieu d'un silence des plus m�prisants et avec l'assurance du gouvernement de Naples, que les personnes et les propri�t�s des sujets anglais et fran�ais n'avaient rien � craindre pour leur s�ret�. (Marques d'approbation.)

�Si le noble vicomte en �tait venu au point de soutenir par la force une certaine politique envers Naples, j'aurais au moins compris cette conduite, quelque injuste qu'elle f�t; mais prof�rer des menaces, donner des conseils avec la menace de retirer la l�gation, parler de la pr�sence de flottes hostiles, donner des encouragements � des personnes qui, confiantes dans vos promesses de les aider, auraient pu se sou�lever contre leur souverain, et qui, dans ce cas, auraient encouru toutes les peines auxquelles s'exposent ceux qui prennent part � une insurrection comprim�e; voil� une conduite indigne de l'Angleterre 1.�

L'Angleterre, en effet, elle qui se montre si chatouilleuse sur le droit et l'�quit� dans ses rapports avec les Chinois, peut-elle tol�rer que ses agents diplomatiques traitent le souverain et le gouvernement des Deux-Siciles avec moins de justice et moins d'�gards que des Barbares? La fl�trissure dont la politique ext�rieure du cabinet Palmerston a �t� l'objet dans le vote qui a d�termin� la dissolution du Parlement, devrait surtout atteindre les actes que r�v�lent les d�p�ches relatives aux affaires de Naples. On peut leur appliquer en toute justice ces paroles de M. Cobden:

1 S�ance de la Chambre des Communes du 16 mars 1857.

�J'ai vu avec humiliation la tendance qu'a manifest�e le gouvernement de ce pays d'avoir deux politiques, deux conduites:— l'une envers les forts, et l'autre envers les faibles. Si je connais un peu mes compatriotes et cette Chambre, ce sentiment n'est pas anglais. Ce n'est pas l� le renom que nous avions nagu�re dans le monde; nous avions la r�putation d'�tre quelquefois un peu arrogants, un peu intol�rants, et d'�tre enclins � nous faire des querelles avec les autres �tats; mais nous n'avons jamais pass� pour �tre insolents, fanfarons avec les faibles, et l�ches (cowards) envers les forts 1�.

Lord John Russell, qui s'�gare si volontiers d�s qu'il touche au sol de la P�ninsule, a fl�tri aussi, contre son gr�, la politique suivie � Naples quand il a dit:

�Soyons justes et sans crainte. Lors m�me que a nous perdrions quelque chose de ce prestige dont on nous a trop parl� dans ces derniers temps, je suis convaincu qu'une telle politique ne pourrait qu'ajouter � l'honneur de, l’Angleterre. Jamais la Grande-Bretagne n'aura plus de titres � l'estime du monde que quand on pourra dire que, si quelques agents inquiets et brouillons ont prostitu� le pouvoir dont ils a �taient investis jusqu'� engager un brave amiral � commencer des hostilit�s

1 S�ance de la Chambre des Communes du 8 mars 1857.

qui n’auraient pas d� l'�tre, la Chambre des Communes, repr�sentant la nation, a d�clar� avec indignation qu'elle ne s'associerait point � une telle injustice, et que, ni pour des avantages commerciaux, ni pour des r�sultats politiques, ni pour quelque avantage plus ou moins imm�diat que ce soit, elle ne souillerait cet honneur, cette renomm�e qui sont, apr�s tout, la base la plus s�re de notre grandeur.�

J'esp�re que ces belles paroles retentiront de nouveau dans la Chambre quand le diff�rend qui s'est �lev� avec la cour de Naples sera soumis � l'appr�ciation du Parlement. Rien ne saurait faire plus d'honneur au noble lord que de fl�trir alors avec la m�me �loquence ces agents inquiets et brouillons� qui ont si fortement compromis l'estime dont jouissait autrefois l'Angleterre dans la partie m�ridionale de l'Italie.

Que la philanthropie britannique se tranquillise: il ne se passe rien � Naples, ni dans l'administration de la justice, ni dans le r�gime p�nitentiaire auquel sont soumis les condamn�s, qui puisse r�volter les �mes honn�tes ni blesser les droits de l'humanit�.

La seule chose vraie au fond des clameurs soulev�es sous ce pr�texte, c'est qu'il se fait depuis longtemps contre le Roi et le gouvernement de Naples une guerre de calomnies qui consiste � d�naturer les faits, � incriminer les actes, � mentir toujours en parlant de ce qui se passe dans le royaume des Deux-Siciles. Les hommes d'ordre, qui d�sirent conna�tre la v�rit� et la recherchent, savent, � n'en pas douter, que le r�gime des prisons, par exemple, n'est pas plus odieux � Naples qu'en France. Quant aux r�volutionnaires, aux ennemis du gouvernement napolitain, aux �crivains de certaines feuilles, les d�mentis officiels, les preuves les plus p�remptoires, les t�moignages les plus concluants, ne parviendraient pas � les convaincre. La plupart d'entre eux savent aussi bien que moi qu'on ne torture pas � Naples. Les lois et les mœurs du pays en donnent la plus s�rieuse garantie. Ils le soutiennent cependant et le r�p�tent dans l'espoir d'arriver � rendre odieux le gouvernement napolitain.

J'ajoute un dernier mot pour rassurer le lecteur qui, en lisant les d�p�ches anglaises, serait tent� d'associer la France aux actes r�pr�hensibles de l'Angleterre. La loyaut� de la France nous garantit qu'elle est rest�e �trang�re aux faits bl�mables que j'ai critiqu�s.

Le concours donn� � la politique d'une puissance alli�e ne saurait impliquer sa complicit� dans des intrigues qui blesseraient les convenances et les devoirs que les gouvernements se doivent entre eux. Le Times, en parlant de ces pi�ces, a reconnu que l'intention de l'Angleterre avait �t� de pousser les choses plus loin qu'elle ne l'a fait, et il ajoutait que c'est � l'influence de la France qu'est d� l'abandon de ces projets. Cet aveu jette une grande lumi�re sur cette correspondance, �videmment destin�e � justifier une politique qui serait la cons�cration du droit des forts contre les faibles. Cette politique, il est vrai, se couvre du manteau de l'humanit�. Mais, sur ce dernier point encore, je fais avec confiance appel � la France, et je pense que l'on pourrait invoquer sans crainte l'autorit� des d�p�ches de l'honorable M. Brenier, pour faire justice des �normit�s all�gu�es par sir W. Temple et M. Petre, d'apr�s des rapports r�volutionnaires, dont leur caract�re diplomatique aurait d�, tout au moins, leur interdire de se faire les �diteurs 1.�

1 Les pi�ces diplomatiques publi�es par le gouvernement fran�ais justifient pleinement mon opinion. Voir (Appendice n� 4) les d�p�ches que le Moniteur universel nous a fait conna�tre.


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APPENDICE

__________

I

CONVENTION �CHANG�E ENTRE

LE ROYAUME DES DEUX SICILES 

ET LA R�PUBLIQUE ARGENTINE.

Sou Excellence le pr�sident de la Conf�d�ration Argentine et Sa Majest� le roi du royaume des Deux-Siciles, s'�tant mis d'accord dans le but salutaire de fonder, sur le territoire argentin, une colonie, par l'envoi successif et volontaire des sujets de Sa Majest�, d�tenus ou condamn�s politiques, en les pourvoyant des moyens n�cessaires pour leur voyage et leur �tablissement, ont respectivement nomm� pour leurs pl�nipotentiaires f. savoir:

Son Excellence le pr�sident de la R�publique Argentine, Don Jos� de Buschental, chevalier grand-croix de l'ordre royal d'Isabelle la Catholique, et gentilhomme de Sa Majest� la reine d'Espagne, ministre pl�nipotentiaire ad hoc de la Conf�d�ration Argentine;

Et Sa Majest� le roi du royaume des Deux-Siciles:

Don Louis Carafa d�lia Spina, des ducs de Traetto, gentilhomme de chambre de Sa Majest�, commandeur de l'ordre royal du M�rite civil de Fran�ois Ier, grand-croix de Tordre royal d'Espagne de Charles III, grand officier de l'ordre de la L�gion d'honneur, grand-croix de l'ordre de Saint-Michel de Bavi�re,

grand-croix de l'ordre toscan du M�rite sous le titre de Saint-Joseph, grand-croix de l'ordre de Parme du M�rite, sous le titre de Saint-Ludovic, grand-croix de l'ordre de la Rose du Br�sil, charg� provisoirement du portefeuille du minist�re des affaires �trang�res,

Lesquels, en vertu de leurs pouvoirs, trouv�s en bonne et due forme, ont conclu les articles suivants:

Art. 1er. Le gouvernement des Deux-Siciles adh�re � la proposition d'envoyer � ses frais les susdits sujets siciliens, qui consentiront � �migrer pour la colonie de la Conf�d�ration Argentine.

Art. 2. Les navires qui porteront les colons se dirigeront au Rosario, premier port de la Conf�d�ration Argentine dans la rivi�re de Parana. L�, ils trouveront des instructions, et le nom du lieu o� ils devront d�poser lesdits colons.

Art. 3. Avant leur arriv�e, qui sera pr�c�demment annonc�e au Gouvernement argentin, une portion du territoire de la province d'Entrerios sera destin�e pour r�tablissement de la colonie, en laissant audit gouvernement la facult� de la subdiviser en plusieurs parties.

Art. 4. Le choix de cette portion du territoire aura lieu-avec l'intervention et le consentement du consul g�n�ral de Sa Majest� le roi du royaume des Deux-Siciles, en ayant soin que la terre soit fertile, et c�toyant les rives de l'un des deux fleuves l'Uraguay ou le Parana, pr�s d'un port d'abordage facile aux plus grands b�timents qui y naviguent.

Art. 5. L'extension des susdites terres sera calcul�e sur la base de dix arpents qui seront donn�s � chaque individu, ou de quatre quodres carr�es de cent cinquante tares pour chaque c�t�.

Art. 6. Il sera ajout� au territoire qu'on partagera entre les colons, une lieue carr�e par mille et deux cents colons, qui servira pour les chemins de traverse, la construction des �difices publics, la dotation des paroisses, des �tablissements d'�ducation et de bienfaisance, et enfin pour l'usage commun des habitants de la colonie.

Art. 7. Les nouveaux colons seront divis�s en familles ou groupes de cinq individus, et � chacun de ces groupes ou familles le gouvernement de la Conf�d�ration donnera la propri�t� absolue et perp�tuelle du terrain qui leur est attribu�, et en outre cinquante patacons ou piastres fortes pour la construction d'un rancho ou chaumi�re, dont les mat�riaux pourront �tre pris dans les bois ou dans les marais voisins, de propri�t� publique, si ceux des marais et des bois qui sont sur la colonie ne suffisaient pas.

Art. 8. A chaque colon, m�me lorsqu'il a une famille compos�e de cinq individus, le gouvernement de la Cour f�d�ration donnera de m�me six barils de bl� du poids de huit arrobes chacun, ou deux cents livres de seize onces chacune, les semences de bl�, de mais, de pommes de terre, haricots et autres l�gumes suffisants pour semer la moiti� de la terre donn�e;

Deux chevaux, deux bœufs, sept vaches et un taureau, une charrue, deux houes, deux pelles, deux b�ches et deux grands couteaux;

Un haquet.

La valeur de ces objets, qui peut monter � deux cents patac�ns pour chacun desdits colons, et les cinquante pour la construction du rancho, seront rembours�s par les colons en cinq lots

de cinquante patacons chacun,, qui seront pay�s � la fin de chaque ann�e apr�s la troisi�me de leur �tablissement.

Des deux cent cinquante piastres fortes, ci-dessus mentionn�es, seront avanc�es par le gouvernement de Sa Majest� Sicilienne � celui de la Conf�d�ration Argentine, qui les remboursera conform�ment � ce qui sera indiqu� � l'article 12.

Art. 9. Pendant ce temps ils ne pourront disposer, du terrain qu'ils ont re�u, ni le transf�rer � d'autres, sous un titre quelconque, avant de l'avoir cultiv�. Cette condition sera �nonc�e dans le contrat de propri�t� qu'ils recevront du gouvernement et qu'ils s'engageront � observer.

Art. 10. Aussit�t que le gouvernement de Sa Majest� Sicilienne aura dispos� une exp�dition de colons. M. le ministre des affaires �trang�res communiquera au consul de la Conf�d�ration Argentine le nom des navires, l'�poque du d�part, le tonnage, et le nombre de colons que chaque navire doit emporter, ainsi que les noms et les diverses professions desdits colons.

Art. 11. Quinze jours avant le d�part de chaque exp�dition, le m�me minist�re fera toucher au consul de la Conf�d�ration la somme de deux cent cinquante piastres fortes pour chaque colon, afin de faire face aux d�penses de la colonie, en conformit� avec l'article 8 de la pr�sente convention; bien entendu que le gouvernement du roi ne regardera pas comme colons les individus qui composent leur famille.

Art. 12. Les sommes avanc�es au Gouvernement argentin, en vertu de l'article ant�rieur, seront rembours�es au gouvernement de Sa Majest� Sicilienne � Naples sur la simple demande

que le gouvernement royal en fera audit consul argentin, au bout de deux ans apr�s l'arriv�e respective de chaque exp�dition, afin que ledit consul puisse avoir re�u, dans ce laps de temps, l'autorisation de son gouvernement pour rembourser.

Art. 13. La colonie et ses habitants seront plac�s sous la protection et la d�pendance des autorit�s locales, et se soumettront aux lois de la province. Les droits et les garanties que la Conf�d�ration accorde aux autres citoyens leur seront de m�me appliqu�s, et le gouvernement, en t�moignage de ses principes, leur permettra d'�lire entre eux les personnes les plus aptes � exercer les fonctions municipales, en observant les formalit�s prescrites par les lois et les r�gles en vigueur.

Le gouvernement de la Conf�d�ration se r�serve le droit de nommer le juge de paix de la colonie. Les colons choisiront eux-m�mes leur magistrat principal, et les autres autorit�s municipales.

Art. 14. Afin de ne pas distraire les habitants de la colonie des travaux auxquels ils doivent s'adonner dans la p�riode de la fondation, le gouvernement de la Conf�d�ration, faisant usage de ses facult�s, les d�charge, pendant les cinq premi�res ann�es, de tout service ou contribution personnelle, mobili�re ou territoriale.

Les marchandises de toute esp�ce pour l'usage de la colonie, et que les colons portent avec eux dans leurs arriv�es successives, seront affranchies de tout droit d'entr�e dans le pays.

Art. 15. Dans le seul but de maintenir l'ordre et la tranquillit� dans la colonie, les colons seront oblig�s de s'enr�ler dans la garde nationale, dont le service est simplement int�rieur et restreint au seul district de la colonie, honnis le cas d'une invasion

des forces �trang�res, qui impose au gouvernement la n�cessit� de se servir de tous les moyens de d�fense de la province.

Art. 16. En vertu de ce principe, il est s�v�rement d�fendu � tous les habitants de la colonie de prendre part aux d�sordres int�rieurs de la R�publique. Les transgresseurs de cette d�fense s'exposeraient non-seulement aux punitions et aux p�rils qu'ils auraient m�rit�s, mais encore � la privation de la propri�t� du terrain qui leur est attribu� avec cette condition imprescriptible.

Art. 17. Pour correspondre � la g�n�rosit� de Sa Majest� le roi du royaume des Deux-Siciles, qui consent � payer les frais de transport des colons, le gouvernement de la Conf�d�ration c�de au profit de la colonie le produit entier des sommes qu'il avance, � mesure qu'elles seront recouvr�es, et qui seront converties en travaux et en œuvres d'une utilit� reconnue.

Un r�glement sp�cial fixera la mani�re d'apr�s laquelle ces fonds devront �tre administr�s.

Art. 18. Les femmes des colons et les autres membres de la famille seront de m�me transport�s aux frais du gouvernement royal.

Art. 19. Le gouvernement des Deux-Siciles annoncera dans son journal officiel cette facult� qu'on accorde aux familles des �migr�s; lesquels s'adresseront aux autorit�s d�sign�es par le gouvernement royal, ou bien au consul argentin qui sera nomm� � cet effet.

Art. 20. Si le colon est mari�, il recevra pour sa femme et pour chaque enfant un arpent de terre en sus.

Art. 21, Les colonies primitives ne d�passeront pas douze cents personnes.

Art. 22. A chaque colonie il sera adjoint un cur� et un aide.

Art. 23. La R�publique Argentine devra pourvoir la colonie napolitaine de pr�tres catholiques, et se charger des d�penses du culte catholique, apostolique, romain.

Art. 23. Le gouvernement royal ne sera jamais responsable ni oblig� envers la R�publique Argentine � la restitution ou � la r�paration des pertes ou dommages que l� colonie pourra �prouver des colons qui s'�vaderaient pour retourner dans leur patrie, o� ils seront assujettis aux peines pr�vues par les lois du royaume pour les d�lits commis avant leur �migration.

Art. 25. Le cur�, pendant son minist�re, demeurant aux m�mes conditions de tout autre colon, sera dot� de cent arpents de terre, et l'�glise sera �lev�e sur un terrain carr�, lui appartenant, de deux cents m�tres de c�t�.

Art. 26. Chaque colonie aura un m�decin-chirurgien et un pharmacien.

Art. 27. Le m�decin aura en toute propri�t� vingt-cinq arpents, et le pharmacien vingt arpents, et seront assujettis aux m�mes conditions que les autres colons.

Art. 28. Le cur�, son aide, le m�decin et le pharmacien recevront chacun les animaux et les objets comme ils sont assign�s pour une famille enti�re par l'article 8.

Art. 29. Tous les colons, le cur�, son aide, le m�decin et le pharmacien s'engageront � labourer ou � faire labourer au moins deux arpents de terrain la premi�re ann�e, et quatre la seconde ann�e.

Art. 30. Les colons ayant une profession pourront s'y livrer, soit dans la colonie, soit dans tout endroit de la Conf�d�ration; mais les ouvriers doivent rester � la colonie, ou ils pourront exercer leur �tat.

Art. 31. Les colons, durant les cinq premi�res ann�es, pourront r�clamer d'�tre jug�s, tant pour les causes civiles que pour les causes criminelles, selon la loi napolitaine. Apr�s cette �poque, ils seront jug�s selon les lois du pays.

Art. 32. Le Gouvernement argentin s'engage � faire construire une �glise, une �cole et un h�pital � l'usage des colons.

Art. 33. Les pr�tres, les m�decins, les pharmaciens, leurs familles et gens de leur service, qui voudront se rendre � la colonie pour son service, seront consid�r�s comme colons, et comme tels conduits sur les vaisseaux destin�s aux colons, et aux frais du gouvernement de Sa Majest� Sicilienne.

Art. 34. La pr�sente convention aura force du jour o� les ratifications en seront �chang�es, ce qui aura lieu e plus t�t possible que faire se pourra, et sera obligatoire jusqu'� la fin de l'ann�e mil huit cent cinquante-neuf, en laissant � Sa Majest� le roi du royaume des Deux-Siciles la facult� d'envoyer au point de la Conf�d�ration Argentine ci-dessus mentionn�, d�s le moment de la pr�sente convention, les condamn�s qui y consentiront volontairement.

En foi de quoi les pl�nipotentiaires respectifs l'ont sign�e et y ont appos� le cachet de leurs armes.

Fait � Naples, le treize janvier de l'an de gr&ce mil huit cent cinquante-sept.

Sign�: J. Buschental.

Sign�: Louis Carafa.


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II

OPINIONS �MISES DANS LE PARLEMENT ANGLAIS

SUR LA POLITIQUE DU MINIST�RE EN ITALIE

ET EN PARTICULIER A NAPLES.

D�s que les Chambres anglaises out eu � s'occuper, dans la session de 1856, du trait� de paix sign� � Paris, plusieurs de leurs membres importants ont �mis, en parlant du protocole du 8 avril, des doutes sur la sagesse de la politique d'intervention qui consiste � se m�ler des affaires int�rieures d'�tats ind�pendants.

M. Sidney Herbert est le premier orateur qui ait signal� � la Chambre des Communes �cette passion qui consiste � se m�ler des affaires d'autres pays, et qui n'est pas moins condamnable que l'opinion populaire qui voudrait voir �tablir nos alliances d'apr�s des sympathies bas�es sur la similitude des institutions polititiques et des formes du gouvernement.� L'orateur a combattu cette passion du parlementarisme et a �mis l'esp�rance qu'apr�s avoir renou� de bons rapports avec l'Autriche, on ne chercherait pas � l'ali�ner, �comme on l'a fait d�j� en critiquant d'une mani�re hostile et incessante son gouvernement int�rieur.�

M. G. Bowyer a insist� sur les paroles de M. Sidney Herbert.

�Les vues de l'honorable membre, a-t-il dit, sur l'intervention dans les affaires des autres pays sont parfaitement justes: ce sont les vues d'un homme d'�tat. Notre position insulaire nous rend incapables de comprendre les nations �trang�res, et, quand nous nous m�lons de leurs affair�s, nous ne leur faisons jamais aucun bien et nous n'en retirons nous-m�mes que peu d'honneur.� L'oratcur a �t� d'avis qu'il fallait r�server la question de droit �n s'oceupant des faits relat�s dans le vingt-sixi�me protocole.

C'est aussi l'opinion soutenue par M. Gibson, qui a fait remarquer � la Chambre �qu'il �tait singulier de voir les protocoles les inviter � intervenir dans les affaires de Naples et de Home, tandis que ces documents prennent grand soin de constater qu'en Turquie, o� on pourrait croire que nous avons acquis quelque droit d'intervenir, tout doit �maner de la volont� spontan�e du Sultan..... L'honorable d�put� d'Aylesbury, parlant du mauvais gouvernement de l'Italie, sembl� �tre d'accord avec lord Clarendon pour recommander d'intervenir afin de d�fendre les institutions monarchiques et de combattre la r�volution, but qui serait atteint, � ce que l'on pense, en d�terminant le roi de Naples, � faire � son peuple des concessions propres � raffermir son tr�ne. L'honorable gentleman a ajout�: Intervenons pour emp�cher que d'autres n'interviennent. Permettez-moi de vous dire que quand j'�tais en Italie et en Sicile, j'ai trouv� que ces pays �taient fort peu reconnaissants envers l'Angleterre de son intervention dans leurs affaires. Les hommes lib�raux de ces �tats me disaient que nous avions trahi leur cause et qu'ils tremblaient en entendant dire que nous allions intervenir aupr�s de leur gouvernement au nom de la libert�.

Si nous nous m�lons des affaires de Naples sous pr�texte d'y prot�ger les institutions monarchiques, la France, se fondant sur le m�me principe, maintiendra sa domination � Rome pour soutenir l'autorit� du Saint-Si�ge. Avec une pareille politique, comment aurions-nous le front de dire un mot contre, ceux qui occupent les L�gations romaines?... Une croisade entreprise en faveur des libert�s d'autres peuples est une folie extr�me. En nous occupant de n�s propres affaires, en �levant la condition morale et physique de nos populations et en donnant ainsi un exemple de ce que peuvent nos institutions, nous ferions plus pour la cause de la libert� au dehors que par la voie des armes et de l'intervention diplomatique.�

L'orateur a termin� son discours en citant une lettre satyrique du r�v. Sidney Smith, qui combat la passion de se m�ler de affaires de tous les peuples, et dans la quolle l'auteur arrive � cette Conclusion: �Oui, nous avons sauv� l'Europe, et je crains que la cons�quence ne soit de nous voir nous �gorger les uns les autres!�

Un autre membre de la Chambre, M. Whiteside, a fait ressortir toute la gravit� de cette question et a d�clar� que cette politique serait certainement condamn�e par quatre-vingt-dix-neuf Anglais sur cent qui seraient consult�s. L'honorable d�put� s'est r�serv� d'appeler l'attention sp�ciale de la Chambre sur ce genre d'intervention, afin qu'elle l'examine, qu'elle le discute et qu'elle fasse conna�tre son opinion, si c'est n�cessaire.

Enfin, IL Gladstone a combattu plus �nergiquement que personne la politique formul�e dans le dernier prd� tocole, et, certainement, ce ne sont pas ses sympathies pour les gouvernements italiens qui ont inspir� son discours.

L'honorable repr�sentant d'Oxford est rest�e � l'�gard de l'Italie, dans les sentiments qui lui ont fait �crire ses brochures de 1851. M. Gladstone a redit � la Chambre, en parlant du gouvernement de Naples, le refrain de ses lettres � lord Aberdeen, et il s'est surpass� en parlant du Pape. Mais pr�cis�ment � cause des sentiments exprim�s sur l'Italie, il nous semble que les paroles de M. Gladstone contre la pr�tention �mise par le protocole du 8 avril de se m�ler des affaires d'�tats ind�pendants n'en ont que plus d'autorit�.

�Notre attention, a dit le repr�sentant d'Oxford, est appel�e d'une mani�re si pressante sur la question, par la mani�re dont elle nous est pr�sent�e dans les protocoles du Congr�s, que nous sommes tenus de parler nettement, � moins que nous ne consentions � nous rendre solidaires, je devrais plut�t dire complices, de ce qui a �t� fait, et que nous nous associions aux intentions plus ou moins distinctement �mises sur un sujet de cette importance. Comme mon tr�s-honorable ami, le repr�sentant de Wilts (M. Herbert), je doute fort de la prudence de ce qui a �t� fait.... C'est une question bien grave, et, je crois m�me, une enti�re innovation dans l'histoire des congr�s de pacification: 1� que de s'occuper de pareils sujets dans des conf�rences officielles, et 2� de livrer � la publicit� les r�solutions auxquelles on s'est arr�t�. Quelle est la position des puissances qui ne sont pas repr�sent�es dans le Congr�s? Quelle position leur fait-on quand leurs affaires, les relations du souverain avec ses sujets, l'�tat de leur l�gislation, sont discut�s, leurs repr�sentants ne si�geant pas tes les conf�rences, ainsi que cela eu lieu, et cela par des personnes qui se sont r�unies pour des objets tout diff�rents,

et qui sont dans l'impossibilit� d'avoir les informations n�cessaires pour rendre justice h ceux dont elles s'occupent? Je d�sirerais savoir aussi quelle est la force, la valeur exacte des vœux consign�s dans les protocoles. Sont-ce des engagements comme ceux du trait�? Certainement non. Peut-on y voir quelque chose qui approche d'un engagement? S'il en est ainsi, jusqu'o� va ce rapprochement? S'il n'en est pas ainsi, en quoi ce quelque chose en diff�re-t-il? A ceux qui pensent que les sentiments exprim�s ne participent en rien de la nature d'un engagement, je demande ce que c'est. On me, r�pondra peut-�tre que ce sont des documents qui ont une certaine autorit�. Mais alors ceux � qui ils conviennent peuvent les invoquer comme des auxiliaires de leur politique, et ceux � qui ils d�plaisent peuvent les d�pr�cier � leur aise. Des discussions sans fin peuvent �tre �lev�es sur leur caract�re. Ils ouvrent le champ aux divergences d'opinion et aux d�bats, et je crains que des documents ainsi rev�tus d'une quasi-autorit�, auxquels personne ne peut donner un caract�re certain, quand chacun peut leur attribuer le caract�re que bon lui semble, je crains, dis-je, que ces documents ne fassent na�tre quelque chose de semblable � de la confusion dans les droits internationaux...  La politique consign�e au protocole n'est pas de nature � �claircir l'horizon politique, mais elle tend, au contraire, � y amonceler les orages.�

L'honorable M. Gladstone a termin� son discours en appelant l'attention des grandes puissances sur la question si grave soulev�e par le protocole.

D�s l'ouverture de la session de 1857, la discussion de l'adresse et l'allusion faite par le discours royal � la rupture avec la cour de Naples, ont de nouveau fix� l'attention des chambres sur la politique du Congr�s de Paris et les �v�nements qui en ont �t� la cons�quence. Les paroles de lord Derby, que j'ai cit�es dans le cours de ce travail, et celles des divers orateurs dont je viens de rappeler les opinions laissent peu �. ajouter.

Lord Brougham n'a dit que quelques mots de l'affaire de Naples. Il n'est pas convaincu que l'Angleterre ait le droit d'adresser des repr�sentations � un souverain Ind�pendant, sur la mani�re dont il gouverne ses �tats; mais ce dont le noble lord est bien s�r, c'est qu'en pareil cas, les repr�sentations sont l'extr�me limite du droit qu'il n� faut jamais d�passer, �f�t-ce de l'�paisseur d'un cheveu.�

Dans la Chambre des Communes, M. Disraeli a �mis sur l'affaire de Naples une opinion en parfaite harmonie avec celle de lord Derby:

�Qu'avons-nous fait pour l'Italie, a demand� l'orateur? Je me souviens qu'� la fin de la derni�re session, dans un d�bat engag� sur une motion de lord John Russell, je recommandai � la Chambre de ne permettre aucune intervention en Italie, � moins que nous ne fussions bien pr�par�s � intervenir activement et d'une mani�re efficace. Nous n'avons pas su intervenir. Nous avons eu des protocoles, des notes officielles, des dis�cours dans le Parlement. Et, de tout cela, qu'est-il advenu? D'odieux assassinats, des insurrections malheureuses, la mort de quelques, hommes braves et fid�les, l'aggravation de tous les maux que vous aviez la pr�tention de gu�rir. Vous avez menac� le roi de Naples, et le roi de Naples vous a trait� avec d�dain.�

M. Gladstone est rest� fid�le � l'opinion qu'il avait d�fendue en 1806. Enfin, lord John Russell a bl�m� aussi, quoique d'un autre point de vue, la conduite qui a �t� tenue.

�Au lieu d'une intervention qui e�t pu �tre efficace, a-t-il dit, on a adopt� une marche qui faisait en quelque sorte, au roi des Deux-Siciles, un point d'honneur de �refuser des conseils accompagn�s de menaces. Le roi a pens�, et peut-�tre avec raison, que le parti le plus s�r pour lui, comme le plus digne, �tait de rejeter ces propositions. Je dois dire que beaucoup de gens, qui n'avaient pour lui aucune estime, l'estiment pour le courage qu'il a montr� dans cette occasion... Le roi s'est �lev� dans l'estime g�n�rale et le gouvernement de la Grande-Bretagne s'est abaiss� dans la m�me  proportion.�

A ces critiques et � quelques autres observations faites par divers membres des deux Chambres, les organes du gouvernement ont r�pondu d'une mani�re assez �vasive. Il n'a pas �t� prononc� par eux une seule parole tendant � aggraver une situation d�j� fort grave. Le minist�re a d�fendu ses actes pass�s. Il a cherch� � justifier la politique suivie envers les Deux-Siciles; mais il faut reconna�tre qu'il l'a fait en des termes qui semblent t�moigner du d�sir de voir s'op�rer un rapprochement. Reviendrait-il sur la politique que nous r�v�lent les d�p�ches livr�es � la publicit�?

III

PROC�S MIGNONA JUG� A NAPLES LE 2 OCTOBRE 1856.

Ce proc�s a jet� la plus vive lumi�re sur les men�es du parti qui cherche � r�volutionner l'Italie. Les faits qui s'y rattachent expliquent tr�s-clairement comment et pourquoi les journaux anglais, surtout, se sont empress�s de repr�senter cette affaire comme un complot simul� par la police. A les en croire, l'accusation ne reposait sur rien de s�rieux. La d�nonciation d'un espion avait suffi pour accuser et traduire en justice des hommes inoffensive. Ce proc�s, ainsi pr�sent�, est devenu un nouveau pr�texte aux d�clamations des feuilles r�volutionnaires. Leurs d�nonciations contre l'omnipotence de la police et l'arbitraire de la magistrature �taient empreintes d'une invraisemblance et d'une exag�ration qui les rendaient suspectes; et, en effet, l'int�r�t m�me de l'ordre europ�en se trouvait en cause, et c'est � ce point de vue qu'il convient de se placer en �tudiant cette affaire.

Les auteurs des correspondances accusatrices disaient avoir assist� aux audiences de la Cour; la plupart d'entre eux ont m�me ajout�, pour donner plus d'autorit� � leur t�moignage, qu'ils ne parlaient qu'apr�s avoir pris connaissance de l'acte d'accusation et des pi�ces de la proc�dure, qu'ils s'�taient procur�s.

Voyons si les informations tir�es des pi�ces, si les renseignements donn�s publiquement dans le cours des audiences, permettent de se m�prendre sur le caract�re de la conspiration qui amenait les accus�s devant la justice.

Qu'on ne s'�tonne pas de la partialit� de la presse anglaise, car ind�pendamment des raisons politiques et des motifs int�ress�s qui lui font d�nigrer tout ce qui se passe dans le royaume des Deux-Siciles, elle avait une raison particuli�re d'�garer l'opinion sur le proc�s actuel. Une des lettres saisies en la possession des accus�s r�v�le, en effet, la complicit� des journaux de Londres dans l’œuvre des r�volutionnaires italiens. �Il �s'est form� � Londres une soci�t� d'Anglais appel�e �Amis de l'Italie. Ils ont donn� de l'argent; Ils �crivent dans les journaux afin que le peuple anglais connaisse les coquineries des gouvernements italiens et fasse son possible pour nous aider en cas de r�volution.� La presse anglaise est donc entr�e dans le complot r�volutionnaire, et c'est pourquoi elle lui donne un concours si actif, en d�naturant sans cesse les actes des gouvernements de la P�ninsule. On remarque que l’œuvre des Amis de l'Italie ne se borne pas au royaume des Deux-Siciles. Tous les gouvernements italiens sont �galement l'objet de sa sollicitude. Si Naples est le point de mire de la r�volution, c'est qu'il lui parait �tre le plus propre � favoriser l'accomplissement de ses desseins.

�Le comit� national de Londres, dit la m�me lettre, tous les comit�s des provinces Italiennes, tous les citoyens qui s'entendent � la guerre, sont d'accord que l'Italie ne doit pas se confier � quelque aide �trang�re; l'Italie peut faire la guerre � ses ennemis et les vaincre. L'Italie doit �tre la premi�re � donner le si�goal de la r�volution, et les antres peuples l'imiteront.

�La question est de choisir le point o� commencer. �Ce point doit �tre le plus �loign� des arm�es �trang�res, le plus fort par sa population, celui qui, une fois le gouvernement renvers�, poss�de le plus de ressources militaires. Or, ce point, les aveugles m�me le voient: c'est Naples. Pour ex�cuter notre plan, il faut que les braves patriotes comme vous et vos amis fassent comprendre au peuple et aussi aux paysans les avantages qu'ils tireront de la r�volution, et surtout que cette r�volution doit �tre leur ouvrage. Comme moyen d'action, il devient n�cessaire d'organiser une presse clandestine, afin d'imprimer secr�tement les �crits dont vous avez besoin et de r�pandre un mot d'ordre qui permette aux amis de se reconna�tre entre eux... De l� le besoin de poss�der une caisse pour se�courir celui qui est emprisonn� ou qui doit fuir. Cette caisse pourra �tre form�e, au d�but, avec l'argent de Londres, ou si on ne l'a pas, ou qu'il soit insuffisant, avec une contribution d'un sou qui sera pay�e chaque �samedi par les patriotes 1�.

Cette lettre a �t� saisie � la suite d'arrestations faites � la fin de juillet 1855, et des faits r�cents ont prouv� que, malgr� la mise en accusation d'une partie des complices, on s'est efforc� de mettre le programme � ex�cution. En effet, le Times nous a appris, que les presses clandestines fonctionnent avec activit� dans les �tats napolitains et m�me en Toscane; et d'ailleurs des proclamations r�volutionnaires r�pandues dans Naples m�me ne peuvent laisser aucun doute sur les ressources et les moyens d'action dont disposent les conspirateurs.

1 Pi�ces justificatives, document n. 8

C'est par l'interm�diaire des citoyens napolitains r�fugi�s � G�nes que passe la correspondance du comit� national de Londres. Les instructions de ses agents portent qu'il convient surtout de travailler l'arm�e, d'�branler sa fid�lit� et de trouver dans ses rangs des adeptes � la r�volution. Mazzini lui-m�me s'est mis � l'œuvre et a voulu expliquer aux hommes qui servent sous le drapeau napolitain que leur serment ne saurait les lier au souverain.

�Si, dans le travail lent et plein d'angoisses qui s'accomplit en Italie, dit Mazzini, une pens�e peut abattre l'�me, c'est celle de l'attitude de l'arm�e napolitaine; c'est la pens�e que des centaines, des milliers d'officiers de cette arm�e se r�signent au d�shonneur qui p�se sur leur front, au m�pris de l'�tranger, � la mal�diction qu'un peuple de fr�res lance contre eux, au r�le de machines, d'esclaves salari�s, de bourreaux de la tyrannie, quand une libre aspiration, un moment d'�nergie vraiment italienne pourraient les couvrir d'une b�n�diction fraternelle, les �lever au r�le de lib�rateurs et de h�ros...

�Pourquoi l'arm�e napolitaine, dans un tel �tat de choses, reste-t-elle inactive? Pourquoi, morte en apparence � tout sentiment de devoir, � tout culte de religion, � tout orgueil de renomm�e, vit-elle sans gloire, suspecte � la patrie, m�pris�e des �trangers, avec la honte �ternelle d'avoir � ses c�t�s des mercenaires appel�s � la surveiller et qui sont mieux trait�s qu'elle?

�Le serment pr�t�!... aujourd'hui c'est une question a d�cid�e. Le serment du soldat n'est pas pr�t� � �l'homme, mais � l’�tat, � la patrie, au drapeau.

L'homme re�oit le serment � titre d'interm�diaire, comme celui a qui repr�sente le d�p�t d'honneur et de devoir dont ce drapeau est l'embl�me. S'il meurt, le drapeau reste �ternel; un autre se l�ve pour le repr�senter. S'il trahit, viole, d�shonore le d�p�t qui lui est confi�, il appartient � l'arm�e, en vertu du serment pr�t�, de le mettre de c�t� et de rendre l'�clat et la gloire au drapeau. L'arm�e jure fid�lit� � la patrie et non � l'homme ou pouvoir qui la repr�sente temporaire�ment. Le serment � l'homme est un serment du �moyen �ge: c'est un serment d'esclave 1�.

Ce document explique ensuite fort longuement que la patrie du Napolitain est l'Italie, et que le drapeau du soldat est le drapeau national italien. Mazzini croit qu'il suffirait de la r�volte d'un r�giment pour �lectriser l'Italie, et il ajoute: �Mais les jours passent et les journaux du royaume n'apportent que honte et actes de f�rocit�. La terre des Vulcains semble froide, st�rilis�e � jamais; les hommes � �mes fortement tremp�es que Naples a toujours donn�s � l'Italie n'ont pas de successeurs. Et n�anmoins ne d�sesp�rez pas...�.

Apr�s avoir lu cette pi�ce, on s'explique les bruits que les correspondances r�volutionnaires ont si souvent r�pandus sur des sympt�mes et des faits d'insubordination qui se seraient manifest�s dans les rangs de l'arm�e napolitaine. Il est �vident que la tactique des agitateurs consiste � aider leur propagande par les rumeurs du dehors. Quand ils parlent du m�contentement de l'arm�e, de sa jalousie contre les troupes suisses, il est bien certain qu'ils s'inspirent du manifeste Mazzini beaucoup plus que de la r�alit� des faits.

1 Pi�ces justificatives, document n� 1. Cette pi�ce est sign�e Giuseppe Mazzini, et porte la date de Londres. 1855.

Les correspondances saisies dans l'affaire Mignona prouvent que les agents r�volutionnaires ont fait des tentatives dans l'aim�e, �Silvio (dit une lettre en partie chiffr�e) se plaint � moi du manque de moyens pour faire des pros�lytes parmi les troupes. Il m'explique qu'il a beaucoup tent� et qu'il en a fait plusieurs; mais par manque de moyens qui le missent � m�me de faire des politesses, il n'a rien pu faire de mieux. Par charit�, concours aussi et oblige, par de bonnes ou de mauvaises paroles, � te donner au moins des �-comptes. Pour le moment, je n'ai pas cru devoir faire conna�tre � Peppina notre m�thode d'�crire, �parce que je crains qu'il ne s'�gare, vu que nous �avons � lutter contre des obstacles et des dangers multipli�s 1.� On a saisi aussi une seconde proclamation � l'arm�e, bien moins �nergique que celle de Mazzini et qui ne porte pas de signature 2.

Rien n'est plus curieux � �tudier que cette correspondance, car elle permet de suivre les men�es tortueuses de la r�volution, d'�tudier ses moyens d'action et de reconna�tre l'impuissance de ses tentatives. L'organisation � laquelle se rattache le proc�s Mignona ne para�t pas remonter plus haut que les premiers mois de 4855, et c'est peu apr�s que la police en a eu connaissance et a arr�t� quelques-uns des associ�s:

�Le comit� national de Londres, dit une des lettres, �tait tr�s-f�ch� de n'avoir aucune correspondance directe avec Naples.

1 La lettre � laquelle appartiennent ces lignes porte la date du il juillet 1855 et a �t� saisie sur l'accus� Mignona. Elle est en partie chiffr�e, renferme des passages �nigmatiques et beaucoup de mots auxquels les initi�s attachent un sens de convention. Pi�ces justificatives, document n� 3.

2 Pi�ces justificatives, document n� 2.

Il s'est adress� � divers citoyens napolitains qui sont � G�nes et en qui il avait pleine confiance pour chercher tous les moyens d'organiser cette correspondance. J'ai pris volontairement cette charge comme ami de L�opold, et mon nom est Carlo Pisacane. Je suis n� et j'ai �t� �lev� � Naples: ainsi vous ne pouvez me conna�tre. Mais c'est assez! Qui que je sois, je suis un de ceux qui d�sirent ardemment que le peuple comprenne sa force et ses droits �et fasse la r�volution pour son propre compte.�

Il para�t que les conspirateurs ont organis� un syst�me de correspondance entre gens qui ne se connaissent pas et qui, en cas d'arrestation, ne peuvent pas d�noncer leurs complices. C'est ce qui ressort du passage suivant de la m�me lettre:

�Il vous a �t� seulement demand� de faire conna�tre num�riquement sur combien d'amis vous pouvez compte ter. Personne ne vous a demand� les noms. Celui qui �crit a pleine confiance en L�opold, L�opold en vous, vous en vos amis et ainsi de suite. L'avantage de ne pas se conna�tre est clair. Ainsi, moi qui vous �cris sans conna�tre votre nom ni celui de vos amis, je ne pourrais, si j'�tais un mauvais sujet, vous faire aucun mal; de m�me que, de votre c�t�, vous ne pourriez me d�noncer, puisque vous ne me connaissez pas.�

Dans une autre lettre, on trouve des renseignements sur les mots d'ordre, leur usage et les circonstances ou il faut les changer. Ind�pendamment des caract�res chiffr�s et du style �nigmatique, les lettres sont sign�es de noms de femmes, comme B�atrice, Maria et autres.

On y parle beaucoup de cousines, de sœurs, de tantes et m�me d'amour; mais le voile myst�rieux et quelquefois imp�n�trable de cette correspondance ne sert qu'� en faire ressortir le caract�re criminel. Ainsi, une lettre trouv�e sur l'accus� Mignona et sign�e de sa cousine tr�s-affectionn�e Mar. Cand, commence ainsi:

�J'ai re�u hier ta lettre du 3 et je te r�ponds aussit�t. Il y a retard dans l'arriv�e de nos lettres; mais, pour le moment, ce Retard est in�vitable. Je t'ai adress� une lettre le 2 courant, dont Silvio m'a accus� r�ception en date du 7. Par elle, je t'ai envoy� une adresse aux patriotes des Provinces qui, d'apr�s mon �avis et celui de m�s compagnes, doit servir de programme � la r�volution.... Je t'ai envoy� aussi une lettre pour Stella, et j'esp�re que tu auras r�ussi � la lui faire parvenir.... J'ai d�j� appris de ma compagne Raffaela que son fr�re Alexandre t'avait fait passer deux de ses lettres jusqu'au 26 juin dernier. Alexandre pourra mieux que tout autre satisfaire tes d�sirs, parce qu'il est plus �nergique et plus positif. S'il t'a �crit de la sorte, c'est par suite rie sa maladie, de l'abandon dans lequel il s'est trouv� et du manque de relations, circonstances qui avaient produit un temps d'arr�t dans l'emploi de l'argent. Tu verras qu'il te contenter a. Ind�pendamment de lui, il est n�cessaire d'adresser, au nom du Comit�, d'autres lettres eux individus suivants 1....�

Cet extrait donne un faible aper�u de ce genre de correspondance. On trouve dans cette lettre une liste de noms �crits en chiffres. Ce sont ceux d'hommes s�rs, auxquels on peut s'adresser en toute confiance. Le nombre est d'une trentaine dans diff�rentes localit�s.

1 Document n� 3.

Il est sp�cialement recommand�, lorsque la r�volution commencera, de bien se garder de prononcer le nom de Mazzini, �ce serait tout perdre;� ce qui prouve �videmment que ce prince de la d�mocratie est peu populaire. Mais lorsque tout sera fini, alors �on prononcera la derni�re parole. L'unique mot d'ordre doit �tre celui que je t'ai souvent r�p�t�, et l'unique drapeau doit �tre 4e national r�volutionnaire�

Je cite une derni�re lettre qui pourra servir � �clairer les partisans des amnisties. Qu'ils se demandent s'il serait prudent, s'il serait permis de montrer de la Cl�mence envers des hommes comme ceux dont la lettre suivante exprime les sentiments? Elle est �crite par un condamn� politique du bagne de Procida, et figure parmi les pi�ces saisies dans le proc�s:

�Cher fr�re,

�J'ai re�u avec bien du plaisir une de tes lettres. Il y avait si longtemps que je vivais sans rien savoir de toi! Je ne t'en faisais pas de reproches, car je comprends ta position... le lis en m�ditant ce que tu �m'�cris sur nos affaires. C'est trop! Instrument aveugle aux mains de quelques hommes rus�s, le peuple n'a jamais su profiter des r�volutions qu'il a accomplies au prix de son sang. La main de fer qui p�se sur nous, sataniquement coalis�e avec le pr�jug� religieux, a toujours cherch� � s'opposer � l'�ducation du peuple, car l'ignorance, qui engendre tous les vices, est incarn�e au despotisme. Jusqu'� ce jour le mot peuple n'a pas r�veill� les vives impressions que doit produire ce grand nom... Mais le g�ant � mille t�tes s'est r�veill� et demande � conqu�rir ses droits... Une r�volution men�e avec unit� d'action ne peut jamais avorter.

Et nous, nous caressons d'ici la pens�e de son succ�s et nous le pressons de nos vœux. Vous �tes bienheureux, vous qui pouvez travailler activement au triomphe d'une si belle cause. Quant � nous, que d'inffames cha�nes retiennent, nous faisons cependant, moi et mes amis, tout notre possible pour apporter une pierre � l'�difice. Mon fr�re, tu dois mener une vie bien fatigante; mais la r�signation est le propre des �mes qui ont foi. Si tu souffres, tu esp�res... Mes amis d'ici te saluent. Tous partagent mes sentiments et esp�rent vous serrer dans un saint embrassement. Ma sant� est bonne, et je suis fier de ma cha�ne 1...�

Est-ce que des hommes imbus de tels principes, qui, du fond d'un bagne, tiennent un pareil langage et expriment de telles esp�rances, ne fourniraient pas, aussit�t mis en libert�, des soldats � l'�meute et des bras arm�s contre le pouvoir? Des hommes qui, apr�s plusieurs ann�es de captivit�, sont anim�s de ce fanatisme et se disent si fiers de leur cha�ne, peuvent-ils �tre class�s dans la cat�gorie des esprits �gar�s et non pervertis?

Las limites dans lesquelles je suis oblig� de me renfermer ne permettent pas de citer plus longuement tout ce qu'il y aurait d'int�ressant et d'instructif � extraire de cette correspondance. Les passages que j'ai reproduits ou analys�s doivent suffire pour �tablir, par les preuves les plus irr�cusables, que. la r�volution, qui a dans le comit� de Londres son centre d'action, dirige ses efforts du c�t� de Naples, travaille � y semer l'agitation, y envoie de l'argent pour s�duire l'arm�e, pour �garer les populations, pour reprendre l'œuvre

1 Document n�  9.

qui, gr�ce � l'�nergie du roi et � la fid�lit� de l'arm�e, a �chou� en 1848.

Le gouvernement a entre les mains les pi�ces de conviction. On est arriv�, par une instruction lente et minutieuse et par des expertises multipli�es, � d�m�ler le jargon myst�rieux de cette correspondance, � mettre de l'accord entre les mots qui semblaient n'avoir pas de liaison. On a trouv� par un des accus�s la clef de l'�criture chiffr�e, et c'est ainsi que l'on est parvenu � pr�ciser les faits qui ont motiv� l'arrestation d'une trentaine de personnes compromises, sur lesquelles onze ont comparu en justice, accus�es de conspiration ayant pour objet de renverser le gouvernement. La r�volution et les journaux crieraient moins fort contre le roi de Naples et son despotisme, s'il laissait le champ libre � ceux qui travaillent � le d�tr�ner.

La presse r�volutionnaire a cherch� � faire ressortir l'invraisemblance du complot par la qualit� m�me des accus�s. Quels rapports, a-t-on dit, peuvent exister entre une religieuse et des for�ats, entre le bagne et la cellule d'un moine augustin? Et ceux qui faisaient cette remarqueraient raison; mais ils raisonnaient sur le r�cit de la presse anglaise, qui �tait un v�ritable roman.

Nous dirons, en ce qui regarde la qualit� des accus�s, qu'il n'y a jamais eu parmi eux de religieuse. L'accus�e Antoinette Pace, a qui on a donn� cette qualit�, fort loin d'�tre religieuse, �tait la fianc�e d'un condamn� politique du bagne de Procida.

Il n'y avait pas non plus, parmi les accus�s, de for�ats pour crimes communs, comme on l'a pr�tendu, mais bien quatre condamn�s politiques qui, de l'int�rieur du bagne,

entretenaient des rapports suivis avec les conspirateurs du dehors. Les autres accus�s �taient deux eccl�siastiques, un religieux augustin, un petit propri�taire et deux hommes de loi, probablement des avocats sans cause. La liaison dont l'invraisemblance frappait d'abord les esprits R�tablit tout naturellement quand on sait, ainsi que cela ressort des faits de la cause, que la demoiselle Pace, en allant voir son fianc� � Procida, faisait le service des correspondances criminelles, et cherchait � suppl�er par ses intrigues � l'absence de celui qui attendait d'une r�volution le recouvrement de sa libert�.

Ce qui affligeait davantage, c'�tait de trouver sur le banc des accus�s deux pr�tres et un religieux. Mais les correspondances saisies parlent beaucoup, sous le voile myst�rieux des chiffres, du pr�tre de Cicco (d'Acerra) et du pr�tre de Rose (de Cosenza). Ce dernier a avou� dans l'interrogatoire ses relations avec Mignona, et a dit l'avoir connu dans la cellule du p�re augustin Raffaele Ruggiero. Il r�sultait aussi des d�positions que plusieurs des accus�s avaient assist� aux r�unions chez. le P. Ruggiero pour prendre connaissance de correspondances et de proclamations criminelles. Il convient d'ajouter, contrairement � ce qui a �t� racont�, que, d�s l'ouverture du proc�s, il a �t� gard�, tant envers le religieux accus� qu'envers d�ux autres moines ses coreligionnaires, d'abord impliqu�s, tous les �gards dus � des hommes rev�tus d'un caract�re sacr�. Un rescrit royal en date du 5 ao�t avait soustrait les religieux � la d�pendance de la police, et le seul qui se trouvait en cause, Raffa�le Ruggiero, n'a jamais quitt� son couvent, o� il a �t� confi� � la garde de son sup�rieur. Le compte rendu des audiences de la Cour r�fute de la mani�re la plus compl�te les r�cits mensongers mis en circulation.

Ce proc�s-verbal prouve que si deux religieux ont retrac� � l'audience publique leurs d�positions ant�rieures contre un des accus�s, leur confr�re, le pr�sident de la Cour n'a pas manqu� de faire remarquer que les violences attribu�es sans preuve � uri*fonctionnaire de police n'avaient pas l'ombre de v�rit�.

Le proc�s-verbal des audiences constate en outre que le moine Louis, en se plaignant � son sup�rieur des violences commises par ordre du commissaire Campagna, ne lui a jamais dit un seul mot des menaces de bastonnade. Le seul religieux en cause, Raffaele Ruggiero, s'il a �t� emprisonn�, n'a pas quitt� son couvent.

Comment e�t-il �t� possible de commettre des actes de violence envers des hommes consign�s chez eux et confi�s � la surveillance de leur sup�rieur? On pourrait pousser plus loin la r�futation des calomnies anglaises, et prouver qu� la proc�dure napolitaine, qui est celle de la France, ne conna�t pas de question pr�alable. Durant l'instruction d'un proc�s, on ne torture pas les inculp�s pour leur arracher des aveux. Toutes les histoires de bastonnades administr�es � des accus�s sont simplement impossibles.

Ces faits ont �t� relat�s et discut�s dans les premi�res s�ances de la Cour, et, d�s le mois de septembre 1856, j'en avais fait l'objet d'un article 1. Mon seul but a �t� de montrer, par des documents incontestables, que la r�volution est � l'œuvre; qu'elle concentre particuli�rement son action sur le royaume de Naples; que ses agents cherchent � y semer le m�contentement, l'esprit de r�volte, et par cons�quent qu'il n'y a pas � s'�tonner beaucoup de voir

1 L'Univers, n� du 7 d�cembre 1856.

le gouvernement traduire devant les tribunaux des hommes  sur lesquels p�se la pr�somption d'avoir travaill� � le renverser. Les journaux anglais cependant n'ont pas h�sit� � prononcer du haut de leur arrogance que, quelle que f�t la d�cision ult�rieure de la Cour criminelle, elle serait injuste et ill�gale.

Cette d�cision a �t� rendue le 2 octobre 1856.

La Cour a d�clar� qu'il n'y a pas eu de conspiration, mais seulement projet de conspiration. En cons�quence, les accus�s Ventre, Mauro et de Angelis'ont �t� condamn�s � douze ann�es de fers aux pr�sides, comme r�cidivistes; Mignona � l'exil perp�tuel du royaume; le pr�tre de Cicco � deux ann�es de prison, pour n'avoir pas r�v�l� le projet de conspiration dont il avait eu connaissance. Le p�re Raffa�le Ruggiero, moine augustin, a �t� condamn� � une ann�e de prison pour avoir r�pandu la d�saffection contre le gouvernement. Comme il n'existait pas de charges, suffisantes contre Avitabile, Mortali, Palmieri, le pr�tre de Rosa et la demoiselle Pace, ces accus�s ont �t� acquitt�s par la formule non constat.

IV

Le Moniteur universel a publi� les pi�ces suivantes, dans son num�ro du 25 octobre 1856:

M. le baron Brenier, ministre pl�nipotentiaire de l'Empereur pr�s la cour des Deux-Siciles, a communiqu�, le 21 de ce mois, au Gouvernement napolitain, les instructions qui lui prescrivent d'interrompre les relations officielles, et de quitter Naples avec tout le personnel de sa l�gation. Nous publions, ci-apr�s, les pi�ces qui ont �t� �chang�es � l'occasion de l'incident qui a amen� cette rupture: elles permettront d'appr�cier la l�gitimit� et la convenance de la r�solution prise par le gouvernement de l'Empereur dans cette circonstance.


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N� 1.

M. le comte Walewski � M. le baron Brenier, � Naples.

Paris, 21 mai 1856.

Monsieur le baron, j'ai eu l'honneur de vous faire part des l�gitimes pr�occupations qui se sont manifest�es au sein du Congr�s de Paris. Je crois devoir revenir aujourd'hui sur ce point, afin de d�terminer d'une mani�re exacte le sens et la port�e de cet incident en ce qui concerne le royaume des Deux-Siciles.

Ainsi que vous l'aurez remarqu�, les pl�nipotentiaires r�unis � Paris se sont montr�s tous �galement p�n�tr�s des sentiments de respect qui animent leurs gouvernements pour l'ind�pendance des autres �tats, et nul d'entre eux n'a eu la pens�e de provoquer une ing�rence ou une manifestation de nature � y porter atteinte. Le gouvernement des Deux-Siciles ne saurait se m�prendre sur nos v�ritables intentions; mais il reconna�tra avec nous, nous aimons � le penser, que les repr�sentants des grandes puissances de l'Europe ne pouvaient, en concluant la paix, se montrer indiff�rents en pr�sence de certaines situations qui leur ont sembl� propres � compromettre leur œuvre dans un avenir plus ou moins prochain. C'est uniquement en se pla�ant sur ce terrain que le Congr�s a �t� naturellement amen� � s'enqu�rir des causes qui entretiennent en Italie un �tat de choses dont la gravit� ne pouvait lui �chapper.

Le maintien de l'ordre dans la P�ninsule italienne est une des conditions essentielles de la stabilit� de la paix; il est donc de l'int�r�t et m�me du devoir de toutes les puissances de ne n�gliger aucun soin ni aucun effort pour pr�venir le retour de toute agitation dans cette partie de l'Europe. A cet �gard, les pl�nipotentiaires ont �t� unanimes. Mais comment atteindre ce r�sultat? Ce ne peut �tre, �videmment, par des moyens dont les faits nous r�v�lent chaque jour l'insuffisance. La compression a des rigueurs auxquelles il n'est opportun de recourir que lorsqu'elles sont imp�rieusement command�es par des n�cessit�s urgentes; autrement, loin de ramener la paix et la confiance,

on provoqua de nouveaux dangers en fournissant � la propagande r�volutionnaire de nouveaux �l�ments de succ�s. C'est ainsi que le gouvernement de Naples se m�prend, selon nous, dans le choix des moyens destin�s � maintenir la tranquillit� dans ses �tats, et il nous para�t urgent qu'il s'arr�te dans la fausse voie o� il est engag�. Nous croyons superflu de lui indiquer les mesures propres � atteindre le but qu'il a sans doute en vue: il trouvera, soit dans une amnistie sagement con�ue et loyalement appliqu�e, soit dans la r�forme de l'administration de la justice, les dispositions appropri�es aux n�cessit�s que noua nous bornons � lui signaler.

Nous avons la conviction que la situation actuelle � Naples, comme en Sicile, constitue un p�ril s�rieux pour le repos de l'Italie, et ce p�ril, mena�ant la paix de l'Europe, devait n�cessairement fixer l'attention du gouvernement de l'Empereur; il nous imposait, dans tous les cas, un devoir, celui d'�veiller la sollicitude de l'Europe et la pr�voyance des �tats plus directement int�ress�s � conjurer des �ventualit�s d�plorables. Nous avons rempli ce devoir en prenant l'initiative au sein du Congr�s, nous le remplissons �galement en faisant appel � l'esprit de conservation du gouvernement des Deux-Siciles lui-m�me, qui t�moignerait de ses bonnes intentions en nous donnant connaissance des dispositions qu'il jugerait convenable d'adopter.

Comme vous le voyez, les motifs qui nous commandent la d�marche qui vous est confi�e, et dont vous aurez � vous acquitter de concert avec le ministre de Sa Majest� Britannique, sont parfaitement l�gitimes; ils sont puis�s dans l'int�r�t collectif de tous les �tats europ�ens, et nous sommes autoris�s � croire d�s lors

qu'on se r�soudra, � Naples, � les prendre eu s�rieuse consid�ration. En s'abstenant de tenir compte de nos avertissements, on s'exposerait � nuire aux sentiment dont le gouvernement de l'Empereur n'a cess� de se montrer anim� envers la cour des Deux-Siciles, et � provoquer, par cons�quent, un refroidissement regrettable.

Vous voudrez bien, Monsieur le baron, donner lecture et laisser copie de �jette d�p�che au ministre des affaires �trang�res de Sa Majest� Sicilienne.

Recevez, etc.

Sign�: Walewsu.

N� 2.

(Traduction.)

M. le commandeur Carafa � M. le marquis Antonini, � Paris.

Naples, le 30 juin 1856.

Monsieur le marquis,

Vous connaissez d�j�, par ma d�p�che du 7 de ce mois, n� 378, le r�sum� de la communication qui m'a �t� faite par l'envoy� de France, qui m'a remis en m�me temps, apr�s m'en avoir donn� lecture, la copie d'une d�p�che � lui adress�e � cet effet par son gouvernement,

Vous verrez, par la copie du document fran�ais, que je crois utile de vous renvoyer ci-incluse, que le gouvernement imp�rial a entendu d�terminer, en en faisant l'application aux �tats du roi, le sens et la port�e des pr�occupations qu'il dit s'�tre manifest�es au sein des conf�rences qui ont eu lieu pour la paix, et dans lesquelles les pl�nipotentiaires se sont tous montr�s �galement p�n�tr�s

des sentiments de respect qui animent leurs gouvernements pour l'ind�pendance des autres �tats.

Le comte Walewski, en protestant qu'on ne saurait douter des v�ritables intentions de la France � notre �gard, a cru devoir, dans l'int�r�t de la conservation de la paix, sugg�rer la n�cessit� de pr�venir le retour de toute agitation en Italie; ce qui, selon lui, ne saurait �tre obtenu qu'en adoptant des mesures d'administration int�rieure jug�es propres � �loigner les p�rils auxquels l'exposerait un syst�me de rigueur et qui fournirait de nouveaux �l�ments de succ�s � la propagande r�volutionnaire, en augmentant le m�contentement.

En agissant dans un sens contraire au principe respect� par toutes les puissances, le gouvernement fran�ais croit devoir sugg�rer que notre administration int�rieure devrait subir des changements qu'il dit �tre superflu d'indiquer, en ne laissant pas toutefois de pr�ciser de quelle nature doivent �tre ceux qu'il appartient au gouvernement du roi de trouver comme �tant propres � assurer la conservation de la paix.

On ne peut comprendre comment le gouvernement imp�rial, qui se dit bien inform� de la situation des �tats du roi, peut justifier l'inadmissible ing�rence qu'il prend dans nos affaires par la n�cessit� urgente des r�formes, � d�faut desquelles il est convaincu que l'�tat actuel des choses � Naples et dans la Sicile constituerait un grave p�ril pour le repos de l'Italie.

Aucun gouvernement n'a le droit de s'ing�rer dans l'administration int�rieure d'un autre �tat, et surtout dans celle de la justice.

Le moyen imagin� pour maintenir la paix, r�primer et pr�venir les mouvements r�volutionnaires, est celui-l� m�me qui am�ne les r�volutions. Et si quelque d�sordre public pouvait avoir lieu, soit ici, soit en Sicile, il serait pr�cis�ment suscit� par Un tel moyen; et il le provoquerait en surexcitant tous les sentiments r�volutionnaires, non-seulement dans les �tats du roi, niais encore dans toute l'Italie, par cette protection inopportune accord�e aux principaux agitateurs.

Le roi, notre ma�tre, a, de tout temps, exerc� sa cl�mence souveraine envers un grand nombre de ses sujets coupables ou �gar�s, en commuant leur peine ou en les rappelant de l'exil, et son cœur bienfaisant �prouve le plus grand chagrin de voir que la plupart des hommes de cette esp�ce sont incorrigibles, de sorte que si notre auguste ma�tre a pu, par le pass�, user de sa cl�mence, il est actuellement, bien malgr� lui, contraint, dans l'int�r�t du bien public, de ne plus l'exercer, par suite de l'agitation produite en Italie par les suggestions mal calcul�es des gouvernements dont les ennemis de l'ordre se sentent prot�g�s.

Si le calme le plus parfait r�gne aujourd'hui dans les �tats du roi o� la r�volution a toujours trouv�, dans le d�vouement des peuples pour leur souverain et dans la fermet� du gouvernement, le plus puissant obstacle � ses tentatives de d�sordre, il est �galement certain que les m�contents ne manqueraient pas de r�ussir dans leurs men�es audacieuses pour donner cours aux folles esp�rances con�ues dans le but de plonger de nouveau le pays dans le d�sordre et la consternation.

Le gouvernement du roi, qui �vite scrupuleusement de s'ing�rer dans les affaires des autres �tats, entend �tre le seul juge

des besoins de son royaume � l'effet d'assurer la paix, qui ne sera pas troubl�e ai les malintentionn�s, priv�s de tout appui, se trouvent comprim�s par les lois et la force du gouvernement; et c'est de cette mani�re seulement qu'on �loignera pour toujours k p�ril de nouvelles convulsions pouvant compromettre la paix de l'Italie, et que le cœur bienfaisant du roi, notre ma�tre, pourra trouver l'opportunit� et la convenance d'exercer encore sa cl�mence habituelle.

Vous �tes autoris�, Monsieur le marquis, � donner lecture de cette d�p�che � M. le comte Walewski et � Jui en laisser une copie en r�ponse � sa susdite communication.

Sign�; Carafa.

N� 3.

(Traduction.)

M. le commandeur Carafa � M. le baron Brenier,

� Naples.

Des rapports, venus de Paris et de Vienne, ont appris � Sa Majest� le roi, auguste souverain du soussign� charg� du portefeuille des affaires �trang�res, l'impression d�sagr�able produite sur le gouvernement imp�rial et sur Sa Majest� l'empereur des Fran�ais, par la r�ponse du gouvernement des Deux-Siciles aux communications faites � Naples, de la part des gouvernements fran�ais et anglais, par le chevalier Temple et par le baron Brenier, envoy� extraordinaire et ministre pl�nipotentiaire de Sa Majest� l'empereur Napol�on, r�ponse adress�e au marquis Antonini, et que celui-ci re�ut Tordre de communiquer � S. Etc. le comte Walewski, de m�me que le prince Carini � lord Clarendon.

On n'a jamais pu avoir la pens�e, dans la d�p�che du 80 juin dernier, d'imputer au gouvernement fran�ais des tendances qui ne seraient pas conformes aux garanties qu'il a donn�es en tant de circonstances � l'Europe, et si le gouvernement imp�rial a pu voir une pareille imputation dans ladite d�p�che, on en �prouve le plus vif d�plaisir.

Le gouvernement de France, comme celui de Naples et comme tout autre, n'aime pas les r�volutions, et sur ce point l'accord est parfait, encore que l'on puisse diff�rer sur les moyens de les pr�venir.

Le gouvernement du roi a vu dans les conseils donn�s par la France et dict�s par sa sollicitude pour la tranquillit� de l'Europe, qtti pourrait �tre compromise par des troubles en Italie, une nouvelle preuve de l'int�r�t que l'empereur Napol�on a certainement voulu montrer au roi de Naples; mais, quant � l'efficacit� des mesures � prendre et � leur opportunit� pour obtenir la tranquillit� du pays, ce n'�tait certainement pas trop pr�tendre que d'en r�server le choix et l'application au roi, juge le�plus ind�pendant et le plus �clair� des conditions de gouvernement qui conviennent � son royaume; il ne peut exister de dissentiment d'opinion � cet �gard, puisque les puissances ont elles-m�mes proclam� ce principe.

Il est inutile de rappeler, dans cette circonstance, que le royaume de Naples a �t� le premier � reprendre sa tranquillit� apr�s les tristes �v�nements pass�s, sans secours ext�rieur et par la seule action du gouvernement du roi.

On est toujours reconnaissant � des amis pour leurs conseils; mais les amis eux-m�mes doivent comprendre qu'on ne peut indiff�remment appliquer � un pays ce qui convient � un autre.

On peut se confier toujours dans la sagesse du roi qui est en position de conna�tre, mieux que tout autre, le temps,. les circonstances et l'opportunit�; et certes cette libert� d'action indispensable, le gouvernement imp�rial n'a jamais pu nanquer de la reconna�tre.

Le gouvernement des Deux-Siciles d�sire vivement effacer toute impression d�sagr�able produite dans l'esprit du gouvernement imp�rial par la r�ponse communiqu�e par le marquis Antonini..

Il met le plus grand empressement non-seulement � conserver avec le gouvernement de Sa Majest� l'empereur la plus cordiale et sinc�re intelligence, mais encore � resserrer toujours davantage les liens de l'amiti� existant heureusement entre les deux souverains, qui ne peuvent qu'�tre parfaitement d'accord pour marcher unis vers le noble but d� l'ordre et de la tranquillit� de leurs pays, en entretenant toujours les plus amicales communications pour ce qui peut int�resser cet objet commun.

Le soussign� profite, etc., etc.

Sign�: Carafa.

Naples, le 26 ao�t 1856.

N� 4.

M. le comte Walewski � M. le baron Brenier, � Naples.

Paris, le 12 octobre 1855.

Monsieur le baron, le gouvernement de l'Empereur voit avec peine que le gouvernement des Deux-Siciles ne semble pas dispos� � modifier son attitude et � donner satisfaction aux vœux que nous lui avons exprim�s.

Je ne reviendrai pas sur les consid�rations qui avaient inspir� au gouvernement de Sa Majest� Imp�riale la d�marche dont les termes se trouvent consign�s dans ma d�p�che du 21 mai dernier. Je crois pouvoir dire qu'il n'est pas un seul des cabinets de l'Europe qui n'ait rendu justice � la loyaut� comme � la pr�voyance des conseils que nous avons fait entendre � Naples. Il n'en est pas un qui ne sache que nous n'avons �t� guid�s, dans cette circonstance, par aucun sentiment hostile, mais que nous avons agi uniquement dans une haute pens�e de conservation et d'int�r�t g�n�ral dont l'expression n'avait, certes, rien de blessant pour le gouvernement auquel nous nous adressions.

Le gouvernement de l'Empereur regrette, Monsieur le baron, que ses intentions aient �t� m�connues, et que la r�ponse du cabinet de Naples ait �t� empreinte, dans les formes aussi bien que dans le fond, d'un sentiment que je m'abstiens de qualifier, mais qui est bien peu en harmonie avec les dispositions qui ont inspir� notre propre d�marche.

Nous nous �tions flatt�s que le temps qui s'est �coul� depuis la date de notre communication aurait pu modifier les premi�res impressions du gouvernement des Deux-Siciles, et que, ramen� par la r�flexion � des appr�ciations plus justes, il aurait senti de lui-m�me l'opportunit� d'entrer dans une voie que son propre int�r�t et le bien de son peuple devaient l'inviter � suivre plus encore que nos conseils.

Notre attente a �t� tromp�e. M. le commandeur Carafa, il est vrai, vous a adress�, le 26 ao�t dernier, une nouvelle communication con�ue dans des termes plus conciliants; mais, sur le fond des choses, elle n'est pas plus satisfaisante que la pr�c�dente.

En pr�sence d'une situation que nous aurions sinc�rement � cœur d'�viter, le gouvernement de l'Empereur, d'accord avec celui de Sa Majest� Britannique, a jug� qu'il ne lui �tait pas permis, aussi longtemps que cette situation ne serait pas modifi�e, de maintenir sur le m�me pied que par le pass� ses relations avec le gouvernement des Deux-Siciles.

Vous voudrez donc bien, Monsieur le baron, � la r�ception de la pr�sente d�p�che, vous mettre en mesure de quitter Naples avec tout le personnel de votre l�gation. La mission d'Angleterre re�oit de semblables instructions. Vous remettrez au consul de Sa Majest� Imp�riale les archives de la l�gation.

Toutefois, et afin d'assurer �ventuellement une protection efficace aux sujets fran�ais r�sidant dans le royaume des Deux-Siciles, une escadre fran�aise se tiendra � Toulon, o� elle sera � port�e de recevoir les ordres qu'il y aurait lieu de lui transmettre dans le cas oh il deviendrait n�cessaire de lui confier, dans l'int�r�t de nos nationaux, le soin de suppl�er � l'absence d'une protection officielle. Afin de pourvoir en temps opportun � une semblable �ventualit�, ses instructions prescriront au commandant de cette escadre de charger, de temps en temps, un des b�timents plac�s sous ses ordres de visiter les ports de Naples et de Sicile, o� le car pitaine de ce navire se mettra en communication avec nos consuls. Dans un but analogue, le gouvernement de Sa Majest� Britannique compte faire stationner une escadre dans le port de Malte.

Vous voudrez bien, Monsieur le baron, donner lecture de cette d�p�che � M. le commandeur Carafa et lui en laisser copie.

Recevez, etc.

Sign�: Walewski.

TABLE DES MATI�RES.

INTRODUCTION.

Origine du d�saccord avec les Deux-Siciles, I. — Des reproches dress�s au gouvernement de Naples, II. — La valeur des protocoles du Congr�s de Paris jug�e par M. Gladstone, III. — Des conseils donn�s an roi de Naples, V. — Opinion de lord Clarendon sur l'amnistie, VII. — Le principe de non intervention et l'exception invoqu�e contre Naples, X. — Des raisons tir�es de l'int�r�t de l'humanit� et des circonstances qui menacent la tranquillit� de l'Italie, XI. — Un tort de Naples vis � vis de l'Europe, XII. — Coup d'œil r�trospectif sur le r�gne de Ferdinand II, XIII. — Des conseils donn�s au roi des Deux-Siciles en 1831, XIV. — La conduite de Sa Majest� en 1848, XV. — De la cl�mence du Roi et des actes de gr�ces accord�s depuis 1840, XVI. — Du nombre des prisonniers politiques � la date du Ier janvier 1857, XIX. — Du trait� avec la R�publique Argentine, XX. — Situation int�rieure des Deux-Siciles, XXI. — Les finances, XXI. — Les imp�ts, XXI. — Le commerce et l'industrie, XXIII. — L'agriculture et la propri�t�, XXXIV. — Des subsistances et objets de consommation, XXIV. — Du bien-�tre des populations, XXV. — Am�liorations r�alis�es depuis la rupture des relations diplomatiques, XXVI. — R�forme de la police, XXVIII.

— Des mesures projet�es, XXIX. — Des clameurs int�ress�es de la R�volution, XXXII. — De l'agitation r�volutionnaire, XXXIII. — Liaison de l'attentat contre la vie du Roi avec la tentative de soul�vement en Sicile, XXXIII. — Rapport de ce qui se dit � Londres et de ce qui se fait � Naples, XXXIV. — Le Morning-Post sur l'attentat de Milano, XXXV. — Le Morning-Post sur l'insurrection de Sicile, XXXVII. — Impuissance et d�couragement de la r�volution, XL. — L'exp�rience �claire l'opinion publique en Angleterre, XLI. — Un rapprochement devenu possible, XLI. — R�sum� des faits qui peuvent mettre fin au d�saccord, XLII. — L'erreur de l'Angleterre en 1856 comme en 1838, XLIV. — Opinion de M. Thiers sur le roi de Naples, XLV. — Du r�le civilisateur de la France, XLVI.

LETTRE A G. BOWYER ESQ., MEMBRE DU PARLEMENT.

La diplomatie anglaise � Naples. — Pi�ces officielles communiqu�es aux deux Chambres du Parlement. — Les d�p�ches de sir W. Temple et de M. Petre. —Circonstances qui ont amen� la rupture des relations diplomatiques avec la France et l'Angleterre. — Les d�p�ches s'occupent surtout de faits relatifs � l'administration int�rieure du royaume. — Jugement de lord Derby sur la politique de lord Palmerston envers Naples. — Opinion de sir Robert Peel sur la mission de la diplomatie. — Analyse raisonn�e des d�p�ches et notes diplomatiques n� 1 � 47. — De la valeur de ces documents. — Opinion de lord Derby sur cette correspondance. — La politique de la France diff�re de celle de l'Angleterre, et son concours ne sert qu'� mod�rer les emportements de son alli�e........................................................   1

APPENDICE................................................................................. 67












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